Le Kurdistan irakien s'impose comme un pont diplomatique essentiel entre les États-Unis et l'Iran
Le Kurdistan irakien s'impose progressivement comme un maillon diplomatique essentiel entre les États-Unis et l'Iran
La Région du Kurdistan irakien occupe une position unique, à la croisée de plusieurs États puissants et de tendances régionales, ce qui lui permet de jouer un rôle important au-delà de la taille de cette région autonome.
Il est rare que des États ou des régions autonomes jouent un rôle aussi important dans les relations internationales et la stabilité régionale.
Selon Iran International, « le président du Kurdistan irakien, Nechirvan Barzani, a joué un rôle dans la transmission de messages entre les États-Unis et l’Iran ainsi que dans les efforts visant à apaiser les tensions, a confirmé dimanche un porte-parole à Iran International ».
Il s’agit là d’un développement important. Cela confirme les informations rapportées par Axios, selon lesquelles « à la mi-mai, les négociateurs américains qui tentaient de conclure un accord avec l’Iran pour mettre fin à la guerre se sont heurtés à un problème : ils ne pouvaient pas savoir si leurs interlocuteurs à la table des négociations parlaient réellement au nom du puissant Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ».
Cet article indiquait que l’administration Trump « avait contourné les négociateurs iraniens et pris directement contact avec les dirigeants du CGRI. La personne qu’ils ont choisie pour cette voie de communication parallèle était Nechirvan Barzani, le président de la région du Kurdistan en Irak, qui disposait d’un atout que très peu d’autres possèdent : la confiance tant des dirigeants américains que de ceux du CGRI. »
Le rôle diplomatique régional de Barzani
Barzani est un dirigeant hautement compétent qui a occupé la présidence de la région du Kurdistan (GRK) pendant la majeure partie de la dernière décennie. Il est depuis longtemps considéré comme une personnalité qui privilégie la diplomatie et le travail discret en coulisses.
Barzani s’est souvent efforcé de promouvoir les intérêts de la région par le biais du développement économique. Il est arrivé au pouvoir alors que la région subissait des pressions de la part de l’Iran et de Bagdad. Cela faisait suite à un référendum sur l’indépendance qui avait isolé le GRK.
Aujourd’hui, le GRK entretient de bonnes relations avec la Turquie, Bagdad, les États-Unis, les pays du Golfe, l’Europe et de nombreux autres pays. Elle entretient également des liens relativement satisfaisants avec l’Iran.
Ces liens sont mis à l’épreuve par le fait que l’Iran a soutenu plus de 1 000 attaques contre la région du Kurdistan. Barzani s’est efforcé d’empêcher ces attaques sans pour autant aggraver les tensions. Ce que l’on sait désormais, c’est que Nechirvan Barzani jouait également un rôle en coulisses pour tenter d’apaiser les tensions dans la région.
Comme l’a noté Iran International, « cette confirmation fait suite à un précédent rapport d’Axios selon lequel l’administration Trump s’était tournée vers Barzani en mai pour établir un canal direct avec les dirigeants des Gardiens de la Révolution iraniens ».
« L’un des principes constants de la politique de Barzani est que les problèmes et les désaccords doivent être résolus par le dialogue et les négociations », a déclaré un porte-parole du GRK, Dilshad Shahab.
« La région du Kurdistan irakien, avant la guerre, pendant la guerre et après, a toujours insisté sur le fait que le dialogue et les négociations constituent le seul moyen de résoudre les différends et les tensions existants », a-t-il ajouté, selon Iran International.
« Un responsable du Gouvernement régional du Kurdistan a par ailleurs déclaré à Iran International que Barzani avait été sollicité pour jouer ce rôle en raison de ses bonnes relations tant avec les États-Unis qu’avec l’Iran. »
Barzani a dû fuir avec sa famille lorsqu’il était plus jeune, quittant l’Irak pour s’installer en Iran en raison de la répression dont faisaient l’objet les Kurdes. Il a fait ses études en Iran et connaît très bien ce pays. Les Kurdes constituent une importante minorité présente en Irak, en Syrie, en Iran et en Turquie. À ce titre, la région du Kurdistan irakien fait office de pivot entre la Turquie, l’Iran et l’Irak.
Le rôle du Kurdistan en Syrie et en Turquie
Barzani a joué un rôle non seulement dans la collaboration avec les États-Unis et l’Iran, mais aussi dans les efforts visant à apaiser les tensions en Syrie. En Syrie, les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes sont censées s’intégrer aux forces de sécurité du nouveau gouvernement syrien. Cependant, ce processus s’est avéré semé d’embûches.
La Région du Kurdistan irakien est intervenue pour aider à apaiser les tensions en Syrie. L’un des problèmes réside dans le fait que la branche politique des FDS avait souvent réprimé les groupes kurdes liés au GRK. Le principal parti du GRK est le PDK, dirigé par la famille Barzani. Les FDS et leur branche politique avaient une orientation politique d’extrême gauche et étaient accusées d’être liées au PKK.
Le PKK et le PDK sont rivaux : le PDK prône une politique kurde plus nationaliste et centriste, contrairement au PKK, issu de la gauche extrême communiste. Le GRK et le PDK entretiennent des relations amicales avec la Turquie, tandis qu’Ankara considère le PKK comme un groupe terroriste.
Tout cela a son importance car Barzani a joué un rôle dans les efforts visant à apaiser ces tensions en Syrie ainsi que dans le nord de l’Irak, où l’armée turque mène des opérations contre le PKK. Le PKK est censé déposer les armes et se dissoudre.
À ce titre, la région du Kurdistan a aujourd’hui un rôle à jouer non seulement pour apaiser les tensions avec la Turquie, mais aussi en Syrie et en Iran. Elle a également un rôle à jouer pour soutenir la tentative de Bagdad de désarmer les milices soutenues par l’Iran. Par conséquent, Barzani, et dans une plus large mesure la région qu’il dirige, peuvent constituer un élément clé pour la paix dans la région.
[Source : Seth Frantzman The Jerusalem Post - traduit par EDGE news]