Championnats d’Europe de natation 2026 : Maxime Grousset, médaillé d’argent sur 100 m papillon, prend sa « revanche émotionnelle » sur Paris 2024

Deux ans après des Jeux décevants sur le plan individuel, le nageur français s’est offert une troisième médaille, jeudi, devant le public du Centre aquatique de Saint-Denis. Quelques minutes plus tard, Mary-Ambre Moluh s’est offert l’argent sur 50 m dos.

Août 15, 2026 - 06:23
Championnats d’Europe de natation 2026 : Maxime Grousset, médaillé d’argent sur 100 m papillon, prend sa « revanche émotionnelle » sur Paris 2024
Le nageur français Maxime Grousset, le 12 août 2026, en demi-finales du 100 m papillon aux championnats d’Europe, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). EMMA DA SILVA / AP PHOTO/EMMA DA SILVA

Et dire qu’il aurait pu tout simplement ne pas être là. Le Français Maxime Grousset a décroché, devant son public, une troisième médaille aux championnats d’Europe de natation à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) – sa deuxième en individuel –, en se classant 2e de la finale du 100 m papillon (49 s 70), remportée par le Hongrois Kristof Milak (49 s 48, record d’Europe). Après avoir glané l’argent au 50 m papillon, puis l’or, mardi, avec ses camarades du relais 4 × 100 m quatre nages mixte, le Néo-Calédonien s’est à nouveau illustré, jeudi 13 août, dans le bassin du Centre aquatique olympique (CAO).

Deux mois plus tôt, c’est plutôt le mauvais sort qui avait frappé le pensionnaire de l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), victime d’une fracture du deuxième métatarse du pied gauche, le 10 juin, après un banal entraînement. Cela pouvait obérer ses chances de participer à la compétition continentale à domicile, où le champion du monde en titre du 50 m et du 100 m papillon était particulièrement attendu. D’autant plus que le sprinteur de 27 ans « n’avait jamais nagé aussi vite », selon son entraîneur, Michel Chrétien.

« Cette fracture est arrivée au plus mauvais moment, déplorait alors le coach. Normalement, pour les championnats d’Europe, il devait être sur le toit [face à la concurrence]. Voilà, il est dans la mansarde… Ce sera pour la prochaine fois. » C’était compter sans le fait qu’en plus d’être un travailleur acharné, Maxime Grousset est un incorrigible optimiste. A raison.

« Préparation très différente »

Sur un pied, l’autre dans une botte orthopédique, le natif de Nouméa a fait preuve d’un sérieux que peu lui connaissaient, suivant à la lettre les recommandations de la cellule d’accompagnement créée pour l’occasion. « On s’est organisés avec tout mon staff, Michel Chrétien, ma coach de yoga, les kinés, les médecins, pour mettre en place la préparation, très différente de ce qu’on sait faire d’habitude », détaillait le principal intéressé, au moment de confirmer sa participation aux championnats d’Europe. Sans mesurer encore à quel point cela allait porter ses fruits.

Quelques jours avant son entrée en lice, Maxime Grousset répétait qu’il n’était pas à 100 %, « plutôt à 80 % », comme pour s’exonérer de sa responsabilité en cas de futures déconvenues chronométriques. Pour son plus grand bonheur et celui des supporteurs français, mais moins de ses adversaires, ses premiers coups de bras dans le bassin du Centre aquatique olympique lui ont donné tort.

A seulement un centième de seconde de son record personnel (22 s 49 contre 22 s 48), lors des séries et de la demi-finale du 50 m papillon, le Français n’a été dépassé que par le Russe sous bannière neutre Egor Kornev, qui, époustouflant, a signé la troisième meilleure performance de l’histoire sur la distance (22 s 36). Cela n’avait pas échappé au Hongrois Hubert Kos (4e) : « J’ai cru comprendre qu’il avait eu une blessure, mais il m’a l’air d’aller plutôt bien, disait-il en plaisantant. Quand on voit ses chronos, je pense plutôt qu’il n’a aucun problème. »

De fait, Maxime Grousset n’a pas manqué un podium depuis le début de la compétition. Même les non officiels, à savoir ceux des séries et des demi-finales. Mercredi, il avait réalisé le troisième meilleur temps du 100 m papillon (51 s 03, puis 50 s 78), derrière le Suisse Noè Ponti (50 s 47, puis 50 s 21) et le Hongrois Kristof Milak (50 s 81, puis 50 s 50), champion olympique 2024, à Paris.

« J’ai toujours la flamme »

Il y a un peu plus de deux ans, alors que la capitale française baignait dans l’effervescence de la grand-messe sportive mondiale et que le public local vibrait au gré des exploits de Léon Marchand, Maxime Grousset, présenté comme l’autre tête d’affiche de la natation tricolore, passait au travers de ses Jeux. La médaille de bronze obtenue avec le relais masculin du 4 × 100 m quatre nages n’avait pas réussi à effacer la déception.

« Je n’ai pas été très bon à Paris, et je vais tout faire pour ne pas réitérer la chose, déclarait-il avant les championnats d’Europe. Ce n’est plus la même perspective, mais j’ai toujours la flamme au fond de moi qui me dit de prendre ma revanche ici. » Pas dans la même piscine, ni devant autant de personnes – La Défense Arena, qui accueillait les épreuves olympiques de natation, comptait 17 000 spectateurs, contre 5 000 pour le CAO –, mais avec un statut différent.

Car, entre-temps, Maxime Grousset a confirmé son titre officieux de « roi du papillon », en décrochant, en 2025 à Singapour, l’or mondial sur les épreuves du 50 m et du 100 m, où il s’était par ailleurs emparé du record d’Europe (en 49 s 62). De quoi donner à cette envie de revanche une dimension plus « émotionnelle » que sportive, aux yeux de Michel Chrétien.

« Aux Jeux olympiques, il s’était mis dans sa bulle et il était imperméable à l’ambiance, rappelait son mentor, mardi. Je lui ai demandé de s’imprégner de cette folie, de cette force que dégage le public, et qu’il s’en serve pour caler sa respiration sur tous les applaudissements, les encouragements, plutôt que de se couper de tout. » Devant le public bruyamment enthousiaste du CAO, à l’unisson derrière son champion, Maxime Grousset n’avait aucune possibilité de s’isoler, jeudi soir. Et cela risque de durer : il lui reste encore le 50 m nage libre, l’épreuve reine, dont la finale se tient dimanche 16 août. Une distance sur laquelle il ne s’est jamais imposé.

[Source : Le Monde]