Donald Trump se résout à frapper l’Iran pour préserver sa crédibilité

L’armée américaine a mené une action « proportionnée », le 9 juin au soir, en réponse à l’attaque qui a abattu un hélicoptère Apache près du détroit d’Ormuz. Mais le président des Etats-Unis, qui espère toujours un accord avec Téhéran, semble vouloir éviter l’escalade.

Juin 10, 2026 - 17:07
Donald Trump se résout à frapper l’Iran pour préserver sa crédibilité
L’USS « George-H.-W.-Bush », lors d’opérations aériennes nocturnes en mer d’Arabie, sur une photo publiée par le commandement central des Etats-Unis, le 7 juin 2026. UNITED STATES CENTRAL COMMAND VIA X

La ligne rouge était claire. Un dérapage iranien majeur ne pouvait être accepté par les Etats-Unis, malgré l’aspiration fébrile de la Maison Blanche à clore le conflit par la négociation. Lundi 8 juin, un hélicoptère américain Apache a été abattu, sans doute par un drone iranien Shahed, alors qu’il circulait dans le détroit d’Ormuz, au large des côtes d’Oman.

Mardi, le Pentagone a logiquement répliqué. « La mission est une réponse proportionnée à une agression iranienne injustifiée », a expliqué le commandement central de l’armée américaine. Téhéran, pour sa part, n’a pas revendiqué clairement l’opération contre l’hélicoptère. De part et d’autre, personne ne veut assumer la rupture des contacts diplomatiques, sans pour autant accepter des compromis suffisants pour les faire aboutir.

Selon le New York Times, s’appuyant sur des sources iraniennes, l’armée américaine aurait visé des bases navales et militaires, des radars et des batteries d’artillerie dans cinq emplacements sur la côte sud, au bord du détroit d’Ormuz, dont Bandar-e Abbas, la stratégique île de Qechm et Sirik. Après ces frappes, les gardiens de la révolution ont annoncé, tôt, mercredi 10 juin, avoir visé des bases américaines à Bahreïn et en Jordanie, où ils affirment avoir détruit des avions F-35 et « le centre de commandement militaire américain » d’Azraq.

A la mi-journée, mardi, Donald Trump avait confirmé sur son réseau Truth Social que les Iraniens avaient atteint l’hélicoptère Apache. Les deux pilotes étaient en sécurité et indemnes, après avoir passé deux heures dans l’eau, le temps d’être secourus. « Néanmoins, poursuivait le président, les Etats-Unis doivent, par nécessité, répondre à cette attaque. » Le manque d’enthousiasme était flagrant.

Donald Trump est victime de ses propres errements. Le voilà contraint de faire la guerre en ne l’aimant plus, pour préserver sa propre crédibilité, tout en refusant une franche escalade. Sa première réaction, confiée à un journaliste duWall Street Journal, était étonnante. « Ce n’était pas grave », dit-il au sujet de l’hélicoptère abattu.

Lundi soir, le président américain a tenu ses propos les plus clairement hostiles à une reprise franche de la guerre contre l’Iran, aux conséquences imprévisibles. « Si on y va et qu’on bombarde, ce qu’on pourrait faire très facilement si on veut, et qu’on passe encore deux ou trois semaines à bombarder, il ne leur restera plus rien, a déclaré Donald Trump.Mais le détroit ne sera pas ouvert pendant des mois. Si on fait les bombardements, vous savez, de nombreuses personnes vont mourir. Qui voudrait faire ça ? Pas moi. »

Multiplication des provocations

Selon un comptage non exhaustif effectué par la chaîne CNN, Donald Trump a déclaré à au moins à trente-huit reprises depuis la fin du mois de mars qu’un accord diplomatique, mettant fin à la guerre, était sur le point d’être conclu avec Téhéran. Le régime aspirerait à cela avec la force du désespoir, a-t-il répété. Dans un extrait d’une interview enregistrée sur la chaîne CBS, le vice-président, J. D. Vance, se montre bien plus prudent : « Je pense qu’un accord pourrait arriver dans la semaine à venir, mais un accord pourrait aussi intervenir d’ici à plusieurs mois. »

La réalité des dernières semaines est celle d’une multiplication des provocations et des attaques de l’Iran, pour tester les limites de la réponse adverse et étendre sa capacité de nuisance. Le 3 juin, des drones iraniens ont endommagé un aéroport au Koweït, quatre autres ont été abattus par l’armée américaine alors qu’ils étaient lancés en direction du détroit d’Ormuz. Des missiles balistiques ont été tirés contre Bahreïn et le Koweït, le 6 juin, avant d’être interceptés.

Dernière étape, et non des moindres : les tirs iraniens contre Israël, le 7 juin, en réponse aux frappes de l’Etat hébreu à Beyrouth, la capitale libanaise. Donald Trump a demandé au premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, de modérer sa réponse militaire. Le voilà lui-même contraint, mardi, de recourir à la force.

Président du cercle de réflexion conservateur pro-israélien Foundation for Defense of Democracies, Mark Dubowitz appelait dans la soirée à une offensive militaire plus vaste. « Le président Trump a raison de répondre, écrivait-il sur X.Mais la stratégie la plus efficace consiste à imposer – et à soutenir le droit d’Israël à imposer – des coûts exorbitants au régime à Téhéran et à son réseau terroriste. La leçon : la faiblesse perçue invite l’agression. La force restaure la dissuasion. L’escalade pour la désescalade. » Le ministre des affaires étrangères iranien, Abbas Araghtchi, avait un autre conseil à donner aux Etats-Unis, sur ce même réseau X : « Quittez la région, si vous voulez être en sécurité. »

[Source : Le Monde]