Guerre en Iran: les États-Unis sont-ils en manque de munitions après cinq mois de guerre contre le régime iranien?

Pour la deuxième nuit consécutive, aucun bombardement américain n'a été signalé en Iran, ce dimanche 26 juillet à l'aube. Des médias américains avancent l'hypothèse d'un possible manque de munitions des États-Unis après bientôt cinq mois de guerre.

Juil 27, 2026 - 12:44
Guerre en Iran: les États-Unis sont-ils en manque de munitions après cinq mois de guerre contre le régime iranien?
Le président Donald Trump s'exprime depuis le Bureau ovale de la Maison Blanche, vendredi 24 juillet 2026, à Washington. AP Photo / Rod Lamkey, Jr.

Après deux semaines de frappes intensives sur l'Iran, pour la deuxième nuit consécutive, la situation semble s'apaiser entre les États-Unis et le régime iranien, ce dimanche 26 juillet, alors même que le président Donald Trump a dit vendredi ne pas exclure des bombardements encore plus importants.

De son côté, l'Iran n'a revendiqué aucune attaque contre ses voisins du Golfe alliés de Washington, et ces derniers n'ont fait état d'aucune alerte nocturne. "Comme notre stratégie est essentiellement basée sur la riposte, nous avons également interrompu nos opérations", a commenté le porte-parole de l'armée iranienne Mohammad Akraminia.

Tout en menaçant l'Iran, Donald Trump assure que le dialogue avec Téhéran n'est pas rompu alors que le cessez-le-feu conclu en avril a été rompu il y a deux semaines. "En fait, on leur parle en ce moment", a-t-il dit au sujet des dirigeants iraniens. "Je pense qu'ils deviennent de plus en plus sérieux au fil des jours, peut-être pour une raison évidente", a-t-il ajouté, en allusion aux bombardements américains.

Selon le New York Times, qui cite deux sources proches du dossier, le gouvernement américain s'inquiète de l'affaiblissement du stock de systèmes d'interception de missiles Patriot et d'autres équipements défensifs protégeant les pays du Golfe, ciblés par l'Iran en représailles aux attaques américaines. 

En effet, le général Dan Caine, chef d'état-major des armées, a averti en privé que la reprise d'opérations militaires majeures contre l'Iran était envisageable, mais qu'elle réduirait dangereusement le nombre d'intercepteurs disponibles pour le Commandement central des forces armées (Centcom), responsable des opérations au Moyen-Orient, ont indiqué des responsables. Le journal fait également état de craintes d'escalade du conflit.

Interrogé ce dimanche sur NBC News pour savoir si le président américain avait décidé de renoncer à une nouvelle escalade en Iran, Mike Waltz a répondu: "Je n'irais pas jusque-là. Le président garde toutes les options sur la table." "Ce que fait le président en ce moment, (...) c'est laisser de la place aux négociations. Les négociations se poursuivent", a ajouté l'ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies. "Une grande partie des stocks de l'armée a été entamée" au cours des "quatre ou cinq dernières années", en raison des livraisons à l'Ukraine et des opérations américaines contre les Houthis du Yémen pendant la présidence de Joe Biden, a affirmé Mike Waltz.

Mais, a-t-il ensuite assuré, l'armée américaine dispose "de tout ce dont elle a besoin pour mener cette campagne avec toute l'efficacité requise". "En fait, davantage de ressources vont être déployées dans la région", a-t-il aussi affirmé, estimant que ceux qui avaient divulgué des informations concernant un manque possible de munitions "mériteraient d'être en prison".

Une situation "difficile et instable"

Avant la réunion du vendredi 24 juillet, Donald Trump avait indiqué que l'armée était prête à lancer des assauts plus importants si on lui en donnait l'ordre, tout en laissant la porte ouverte à une solution diplomatique.

Toujours selon le New York Times, plusieurs responsables du Pentagone et commandants militaires américains ont indiqué en début de semaine que le président américain semblait favorable à l'approbation d'une première phase de bombardements en plusieurs étapes. Cette campagne viserait à neutraliser les radars côtiers, les lanceurs de missiles antinavires, une flotte de petites vedettes d'attaque iraniennes et d'autres sites qui, selon le Pentagone, contribuent aux attaques contre les navires commerciaux transitant par le détroit. Le Pentagone a dépêché en urgence des renforts, des armements et du matériel au Moyen-Orient ces derniers jours afin de se préparer à toute escalade. 

La chaîne CNN, citant une source du ministère de la Défense, a également affirmé que les opérations militaires contre l'Iran étaient "en pause", évoquant les mêmes raisons. Le risque de pertes civiles massives en Iran en cas de reprise des opérations militaires américaines d'envergure a également été évoqué, a indiqué une personne au fait du dossier. 

Au cours de la semaine écoulée, Trump a menacé des infrastructures civiles, notamment des routes, des ponts et des centrales électriques, dont le ciblage pourrait constituer des crimes de guerre. Selon cette source, de telles actions pourraient potentiellement entraîner la mort de nombreux Iraniens et plonger beaucoup d'autres dans la misère, privés d'électricité et de nourriture.

Les États-Unis sont dans une situation "difficile et instable" et cherchent probablement "une nouvelle stratégie", a estimé Mohammad Akraminia, le porte-parole de l'armée iranienne. À deux jours d'une visite à Washington de Benjamin Netanyahu, partisan d'une ligne dure, il a mis en garde les Américains: s'ils "se laissent à nouveau tromper" par Israël et "insistent pour continuer la guerre, particulièrement par des frappes aériennes, elle s'étendra géographiquement". Dans la capitale Téhéran, épargnée par les bombardements, la vie suit son cours normal, entre embouteillages habituels et vague de chaleur, selon l'équipe de l'AFP sur place.

Nouvelles discussions avec Oman et front yéménite

La guerre au Moyen-Orient a débuté le 28 février avec une campagne de bombardements israélo-américains contre l'Iran, et fait des milliers de morts dans la région. Elle a aussi ébranlé l'économie mondiale en bloquant le trafic dans le détroit d'Ormuz, entre l'Iran et la péninsule arabique, par lequel transitait avant-guerre un cinquième du commerce mondial des hydrocarbures.

La République islamique, qui verrouille cette stratégique voie maritime et veut faire payer le passage, a annoncé avoir tenu vendredi et samedi de nouvelles discussions avec Oman, dont les côtes bordent également le détroit, sur sa future gestion.

Un protocole d'accord signé le 17 juin par Washington et Téhéran, prévoyant l'ouverture d'un cycle de négociations de paix de 60 jours, a volé en éclats moins d'un mois après son entrée en vigueur. 

Le détroit d'Ormuz, rouvert à la faveur de la signature, est de nouveau contrôlé par l'Iran. Six navires ayant tenté de le traverser sans son autorisation ont été stoppés dans les dernières 24 heures, selon la télévision d'État. Et les États-Unis ont réimposé en représailles un blocus des ports iraniens.

Si une accalmie semble s'être installée depuis deux jours dans le Golfe, un nouveau front dans la guerre s'est ouvert avec la reprise le 13 juillet des hostilités entre l'Arabie saoudite et les rebelles Houthis du Yémen, soutenus par Téhéran. C'est le contrôle du ciel du pays qui a réveillé la discorde: l'Iran avait envoyé à Sanaa un avion transportant une délégation rebelle sans solliciter d'autorisation auprès de Ryad, contrairement à l'usage depuis dix ans, déclenchant des frappes attribuées au royaume sur l'aéroport de Sanaa. En retour, les Houthis ont attaqué le territoire saoudien pour la première fois depuis 2022. Ils ont notamment visé samedi des sites pétroliers.

Dans le même temps, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a appelé les belligérants au "dialogue", estimant qu'il n'existait "pas de solution militaire" dans ce conflit.

[Source : TV5Monde]