Coupe du monde 2026 : Didier Deschamps fait ses adieux à l’équipe de France sur une défaite spectaculaire
Le sélectionneur des Bleus quitte ses fonctions sur un échec face à l’Angleterre (4-6), samedi, lors du match pour la troisième place de la Coupe du monde. Non sans avoir su replacer l’équipe de France au sommet du football mondial.
Il est 20 h 34 à Miami (2 h 34 à Paris), en Floride, quand Didier Deschamps achève sa conférence de presse, samedi 18 juillet, sa toute dernière en tant que sélectionneur de l’équipe de France de football, sous les applaudissements de son auditoire. Dans un sourire, le Basque de 57 ans vient, quelques instants plus tôt, de rappeler qu’il « aime toujours avoir le mot de la fin ». « Je vous souhaite le meilleur et comme le meilleur est toujours à venir, c’est devant vous », lance-t-il pour conclure ses quatorze années à la tête des Bleus.
On ignore encore si la maxime s’appliquera à la sélection tricolore, qui va désormais devoir avancer sans son « DD ». Pour sa dernière journée en fonctions, samedi, le double champion du monde – comme joueur puis comme entraîneur –, a vécu un kaléidoscope d’émotions. Quelques messages émouvants – « j’en ai reçu deux ou trois où je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer » –, la nostalgie de l’ultime causerie et une folie pour terminer : une défaite contre l’Angleterre (4-6) lors du match pour la troisième place de la 23e Coupe du monde, à l’issue de la rencontre la plus spectaculaire de ce tournoi.
Le 185e et dernier match de Didier Deschamps comme sélectionneur des Bleus aura été l’un des plus ébouriffants et indécis de son mandat, de quoi le maintenir sous pression jusqu’à la toute fin du match. Après le revers contre l’Espagne en demi-finales (0-2), il s’en va sur deux défaites, ce qui fait offense à son bilan. Mais sa sortie est plus qu’honorable. Elle aurait pu être catastrophique, au regard de la première période de ses joueurs.
Quatre buts en première période, tous marqués par les Anglais. Six buts en seconde période, quatre au crédit des Français et encore deux pour les Three Lions. Le match pour la 3e place de la Coupe du monde de football aura été totalement débridé. Dès la 3e minute, Declan Rice a ouvert la marque, Ezri Konsa l’imitant à la 18e et Bukayo Saka enfonçant le clou (37e, 45e + 1). Les Bleus sont malgré tout revenus à 4-3, grâce à Kylian Mbappé (48e, 66e) et Bradley Barcola (54e). Mais Bukayo Saka a une nouvelle fois trouvé le chemin des filets (87e) et même si Ousmane Dembélé a marqué à son tour (90e + 6), Jude Bellingham a définitivement clos le match (90e + 8).
Ces quarante-cinq premières minutes furent désastreuses. Dans les tribunes du Hard Rock Stadium, les 1 200 supporteurs français ont subi un calvaire, assistant impuissants à un festival des Anglais, auteurs de quatre buts. Entré avec le sourire sur la pelouse avant le coup d’envoi, Didier Deschamps l’avait rapidement perdu et alternait, sur son banc, entre bouillonnement intérieur, agacement et dépit.
Ses joueurs, qui avaient annoncé ces derniers jours vouloir respecter le maillot malgré l’intérêt tout relatif de la rencontre et, surtout, vouloir honorer le sélectionneur, avaient mal choisi leur jour pour réaliser la pire entame de l’ère Deschamps. « On est entrés de manière honteuse dans la première mi-temps. J’ai vu des comportements de certains joueurs que je n’avais jamais vus jusqu’ici, lançait Adrien Rabiot à la fin de la rencontre, au micro de BeIN Sports. On ne peut pas se contenter de bâcler. Sur la première mi-temps, les comportements étaient assez inadmissibles. »
Dans le vestiaire, à la pause, Didier Deschamps a poussé son dernier coup de gueule avant de procéder à quatre changements. « J’aurais pu en changer huit [des joueurs] », a-t-il fait savoir à l’issue du match. « Le coach a fait un discours exceptionnel pour permettre à tout le monde de se reconcentrer, a déclaré Aurélien Tchouaméni, resté sur le banc. Il a parlé d’orgueil et de devoir, et de tout donner pour le maillot de l’équipe de France. C’est ce qui a été fait. »
En réaxant Michael Olise et en faisant entrer, entre autres, un Dayot Upamecano survolté qui a sonné la révolte, Didier Deschamps s’est offert un ultime coaching gagnant, mais finalement insuffisant. Les Bleus étaient pourtant revenus à un but des Anglais (3-4), notamment grâce à un doublé de Kylian Mbappé, nouveau meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde (22 réalisations), avec une unité de plus que l’Argentin Lionel Messi – qui disputera la finale, dimanche, contre l’Espagne.
« C’est bien que l’équipe ait eu cette réaction et soit passée tout près de quelque chose qui aurait été encore plus beau », s’est satisfait le sélectionneur, qui a peut-être perçu, en fin de match, le soutien du public du Hard Rock Stadium. « Si, se puede » (« oui, c’est possible »), hurlaient les hispanophones présents dans les tribunes, comme pour réclamer une prolongation et davantage de spectacle. Avant la rencontre, les places se monnayaient 500 dollars (environ 437 euros) et les personnes présentes en ont eu pour leur argent.
Le dernier but, inscrit à la 90e + 8 minutes de jeu par l’Anglais Jude Bellingham, a conclu le festival, auquel ont grandement contribué Kylian Mbappé, Michael Olise, Bradley Barcola et Ousmane Dembélé en seconde période. Cette association de bienfaiteurs, installée lors de ce Mondial, a symbolisé en 2026 le pragmatisme de Didier Deschamps. Souvent défensif, le Basque a prouvé qu’il pouvait être un entraîneur attiré par l’offensive.
« Une trace indélébile »
Il a consacré vingt-cinq ans de sa vie professionnelle à la sélection tricolore, entre sa carrière de joueur et d’entraîneur, et a replacé celle-ci au sommet de la hiérarchie du football mondial après sa prise de fonctions, en 2012. « J’ai cette fierté, avec mon staff, d’avoir été au service de l’équipe de France, pendant longtemps, peut-être trop longtemps selon certains, et d’avoir su la maintenir tout là-haut », a-t-il assuré après la rencontre. A Miami, il a aussi évoqué l’importance du titre mondial de 2018.
En sept compétitions internationales, il n’en a remporté qu’une, mais il a offert aux Bleus une régularité exceptionnelle au plus haut niveau. « Il laisse une trace indélébile. (…) On retiendra sa classe et ses victoires. Je pense qu’il a fait vibrer le peuple français », saluait Aurélien Tchouaméni, après le match contre les Three Lions.
Salué par ses ouailles et plusieurs joueurs anglais à l’issue de la rencontre, sur la pelouse du Hard Rock Stadium, Didier Deschamps avait peut-être en tête le match retour des barrages pour la Coupe du monde 2014, remporté face à l’Ukraine (3-0) un soir de novembre 2013. « On était à la limite, confiait au Monde son fidèle adjoint, Guy Stéphan, avant le Mondial. Si on ne gagne pas ce match retour, on n’est pas sûrs de continuer. »
Ce « tournant », comme l’a décrit le désormais ex-sélectionneur, samedi, a été plus que bénéfique, en ce qu’il a permis à « DD » de poursuivre sa mission à la tête de l’équipe de France. Pour celle-ci, la suite ne fait que peu de doute : le nom de son successeur, Zinédine Zidane, devrait être officialisé dans les prochaines semaines. Pour Didier Deschamps, elle apparaît moins limpide. La retraite ? Il l’exclut, pour l’heure. Un club ou une sélection ? Il ne s’interdit rien mais ignore encore de quoi son avenir sera fait, concentré sur l’essentiel : « Prendre soin des [s]iens », après avoir « beaucoup donné » aux Bleus.
[Source : Le Monde]