Symbole de la crise de l’emploi, l’apprentissage poursuit son recul

Le nombre de contrats signés par des apprentis ne cesse de baisser depuis 2024. En cause : la dégradation de la conjoncture, mais aussi la baisse des aides publiques.

Juil 8, 2026 - 17:16
Symbole de la crise de l’emploi, l’apprentissage poursuit son recul
Au centre de formation d’apprentis, à Bondoufle (Essonne), le 27 septembre 2018. GEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP

C’est probablement la fin de l’un des symboles de la bonne santé de l’emploi post-Covid-19. Largement soutenu financièrement par les pouvoirs publics, l’apprentissage avait atteint un pic en 2024, avec 891 000 contrats signés cette année-là. Mais, après un recul à 847 000 entrées en 2025, les prévisions s’assombrissent : entre le premier semestre 2023 et le premier semestre 2026, le volume d’offres a chuté de 20 %, selon France Travail.

La campagne 2026 marque une accélération de la tendance. Sur Hellowork, les offres d’apprentissage ont chuté de 7 % entre le premier semestre 2025 et le premier semestre 2026. Du côté du site de recherche d’emploi Indeed, où sont publiées la majorité des offres de l’année, la baisse est même de 25,6 % sur la période de janvier à mai 2026 par rapport à la même période de 2025.

Outre un marché de l’emploi atone et une conjoncture économique maussade, la baisse des aides explique ce recul progressif. Après une première série de mesures au printemps 2025, l’aide exceptionnelle à l’embauche d’apprentis a été révisée par décret à la suite de l’adoption de la loi de finances pour 2026, et ces changements s’appliquent aux contrats conclus depuis le 8 mars 2026. L’aide unique ne baisse pas pour les apprentis préparant une certification de niveau bac ou infrabac, et reste à 5 000 euros pour les entreprises de moins de 250 salariés et à 2 000 euros pour les autres, mais est réduite pour les niveaux de diplômes supérieurs, chutant à 2 000 euros pour les PME et à 750 euros pour les grandes entreprises, lorsque le diplôme est de niveau licence ou master.

« Sur le volume d’aide aux employeurs, on revient à peu près au niveau de 2019. Ce qui a coûté cher et expliqué le phénomène, c’est le non-ciblage des aides et l’explosion des apprentis de master, rappelle l’économiste Bruno Coquet, président du cabinet d’études UNO et auteur d’une note sur l’apprentissage, début mai, pour l’Observatoire français des conjonctures économiques. L’appel d’air a attiré beaucoup de centres de formation des apprentis et d’universités qui se sont mis à l’apprentissage, avec des taux de marge élevés. »

Report vers les stages

Certains secteurs, ayant bénéficié du boom des contrats chez les étudiants en licence ou en master, voient donc un retour de bâton violent à la suite de la baisse des aides : côté Hellowork, les offres en ressources humaines baissent de 35 %. Sur Indeed, les offres dans le marketing, les médias et la communication, et la création, reculent de près de 40 %.

Après une baisse de 15 % des offres d’alternance en 2025, JobTeaser, plateforme destinée aux diplômés du supérieur, observe un nouveau recul au premier semestre 2026, mais qui n’est que de 3 %. Si les PME ont été les premières à réduire leurs recrutements en apprentissage – et c’est toujours le cas –, les grandes entreprises se sont aussi mises à réduire la voilure. La plateforme observe un report vers les stages, bien moins protecteurs et rémunérateurs que l’apprentissage pour les jeunes.

Le rapport de force tourne à l’avantage des entreprises, parfois face à une masse de candidats qui ont un accord avec une formation, mais conditionné à l’obtention d’une entreprise d’accueil. Le nombre de candidatures par offre d’apprentissage grimpe de 11 % en un an chez JobTeaser. Selon Indeed, l’informatique et les ressources humaines restent parmi les filières les plus convoitées, tandis que plusieurs métiers techniques ou de terrain attirent moins de candidats que la moyenne.

Ainsi, dans les métiers couverts par l’opérateur de compétences des entreprises de proximité, qui finance les contrats d’apprentissage sur un spectre potentiel de 442 000 entreprises, en particulier des TPE, les contrats d’apprentissage ont baissé en moyenne de 2 % en 2025 par rapport à 2024, mais certains métiers résistent, comme les services à la personne (+ 14 %), la boucherie et les cabinets dentaires (+ 5 %), et le notariat (+ 57 %), là où l’immobilier, l’habillement et la pharmacie reculent.

[Source : Le Monde]