Téhéran: troisième jour d'obsèques nationales pour Ali Khamenei, inhumation jeudi à Machhad
À Téhéran, une marée humaine a défilé lundi 6 juillet, pour le troisième jour des obsèques nationales de l'ancien guide suprême Ali Khamenei, mort le 28 février dans les bombardements israélo-américains. Le cortège a été comparé aux funérailles de l'ayatollah Khomeini en 1989, par la télévision d'État.
Les artères étaient noires de monde sur plusieurs kilomètres, à Téhéran. La télévision d'État iranienne a estimé à plusieurs millions le nombre de participants, un événement comparable, selon elle, aux funérailles de 1989 de l'ayatollah Rouhollah Khomeini, fondateur de la République islamique.
Après 40 jours de bombardements israélo-américains, dans lesquels l'ayatollah a péri le 28 février, le pouvoir iranien avait appelé les habitants à participer en masse à ces funérailles pour défier “ses ennemis jurés”.
“Tout le monde parle de vengeance”, a témoigné Gholamreza Khanbabaei, 58 ans, déjà présent en 1989. “Il le faut, sinon plus tard ce sera pire”, a ajouté cet homme.
Mojtaba Khamenei, le grand absent
Le cercueil d'Ali Khamenei, qui a présidé aux destinées du pays pendant plus de trois décennies jusqu'à sa mort à 86 ans, a d'abord été exposé au public pendant deux jours à la Grande Mosalla, un site religieux et politique de Téhéran, avant de cheminer lundi dans la capitale, recouvert de fleurs et de l'emblématique turban noir du guide suprême, au milieu d'une nuée de drapeaux, de slogans et d'affiches réclamant “la tête” des dirigeants américains Donald Trump et Benjamin Netanyahu.
Melika Nourian, étudiante de 22 ans, a dit être venue “pour montrer à tous les peuples du monde combien nous l'aimions et combien nous sommes attachés au système, au peuple et à la République islamique”. Elle place désormais ses espoirs en Mojtaba Khamenei, fils et successeur de l'ancien guide suprême. Blessé au début de la guerre, le dirigeant de 56 ans est invisible depuis sa nomination et n'a fait aucune apparition au troisième jour de cet hommage de six jours.
La procession a duré de 10 à 12 heures par des températures dépassant les 35°C sur un trajet long de 20 km, alors que l'espace aérien est totalement fermé pour cette journée décrétée fériée.
“L'exemple donné par le martyr a montré à tous que le plus grand atout de l'Iran, c'est son peuple et son unité”, a écrit sur X le président iranien Massoud Pezeshkian, présent lundi dans la procession tout comme le chef de la diplomatie Abbas Araghchi. L'ancien chef d'État Mahmoud Ahmadinejad, qui entretenait des relations difficiles avec Ali Khamenei et n'avait pas été vu à la Mosalla, a également participé au défilé.
Le camion à toit ouvert transportant la dépouille de l'ancien guide suprême et celles de ses proches tués avec lui fin février, une de ses filles, un gendre, une belle-fille et une petite-fille âgée de 14 mois d'après les autorités, est escorté par des forces de sécurité à pied pour éviter tout incident.
Le chaos des funérailles de Khomenei en 1989
Le 6 juin 1989, une foule en transe avait pris d'assaut le cortège funéraire du précédent guide suprême Rouhollah Khomeini. Le linceul avait été déchiré et le corps était tombé à terre. C'est finalement par hélicoptère que le corps avait été transféré pour être inhumé dans un cimetière près de Téhéran, avec plusieurs heures de retard.
Selon l'agence officielle Irna, pas moins de 10 millions de personnes avaient afflué et les mouvements de foule avaient fait plus de dix morts et plus de 10 000 blessés.
Après la procession, le cercueil doit faire escale à Qom puis dans des sanctuaires en Irak, où vit une importante communauté chiite. L'inhumation aura lieu jeudi dans la ville sainte de Machhad, dans le nord-est de l'Iran, dont Ali Khamenei était originaire. Les funérailles, initialement prévues en mars, avaient été reportées en raison de la guerre.
Des appels à la vengeance
Les plus hauts responsables iraniens et les frères du nouveau guide suprême sont apparus publiquement dimanche pour assister aux prières funéraires. Leur présence témoigne de la confiance du peuple iranien quant à sa sécurité, alors que l'Iran s'oppose aux exigences américaines dans les négociations visant à mettre un terme définitif à la guerre.
Des foules de plusieurs centaines de milliers de personnes ont encore une fois scandé “Mort à l'Amérique” et “Mort à Israël”, réclamant vengeance après l'attentat du 28 février. Certains extrémistes ont même appelé à l'assassinat du président américain. Le nouveau guide suprême, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, n'a pas encore assisté aux cérémonies funéraires. Il serait en fuite après avoir été blessé lors du raid aérien qui a coûté la vie à son père.
Au plus fort du conflit, avant le cessez-le-feu d'avril, Israël a ciblé de hauts dirigeants, utilisant vraisemblablement leur présence publique pour consolider leur position dans au moins un cas. Le pays a également menacé de tuer le fils de l'ancien guide suprême. Les États-Unis poursuivent quant à eux les négociations avec l'Iran visant à rouvrir pleinement le détroit d'Ormuz et à mettre un terme à son programme nucléaire controversé.
[Source : TV5Monde]