Coupe du monde 2026 : l’Angleterre de Jude Bellingham met fin au rêve du Mexique
En infériorité numérique, les Three Lions se sont imposés (3-2), dimanche, au stade Azteca de Mexico, face au pays coorganisateur du tournoi. Ils affronteront les Norvégiens en quarts de finale.
Et le public du stade Azteca de Mexico, médusé, s’est tu. Soudainement. L’arbitre de la rencontre venait de donner le coup de sifflet final, enterrant les derniers espoirs des supporteurs mexicains. En supériorité numérique durant plus de quarante minutes en seconde période, la sélection du pays coorganisateur (avec les Etats-Unis et le Canada) de la Coupe du monde de football 2026 a été éliminée (3-2) par l’Angleterre, dimanche 5 juillet, en huitièmes de finale du tournoi. C’est la fin d’un rêve pour 130 millions de Mexicains.
Au centre du terrain, les joueurs d’El Tri étaient inconsolables. Ce fut un torrent de larmes. Icône au Mexique, le gardien vétéran (40 ans) Guillermo « Memo » Ochoa, qui participait à son sixième Mondial, s’est caché le visage dans son survêtement vert pour pleurer.
Lentement, les protégés du sélectionneur Javier Aguirre ont ensuite fait le tour de la pelouse pour applaudir leurs aficionados dans une atmosphère de deuil. Avant de regagner, hagards, les vestiaires. Le tube Wonderwall, du groupe mancunien Oasis, a alors résonné dans la mythique enceinte, repris en chœur par les supporteurs anglais.
Constellée de soixante écrans géants, la mégalopole de Mexico ne sera donc pas le théâtre de la grande fête tant attendue. Les drapeaux tricolores frappés de l’aigle ont été rapidement rangés sur les grandes artères de la capitale. « Nous n’avons pas été capables de donner aux gens une nuit supplémentaire de bonheur », a regretté, ému, Javier Aguirre, en conférence de presse. La vague de ferveur qui a déferlé sur le pays et sa capitale depuis la victoire (2-0) d’El Tri contre l’Equateur, le 1er juillet, en seizièmes de finale, a été brisée sèchement par l’Angleterre de Jude Bellingham et de Harry Kane.
Vent de folie dans l’enceinte
Intenable, le premier a plongé l’Azteca dans la stupeur en inscrivant un doublé en première période. Le second, passeur décisif sur la deuxième réalisation de sa sélection, a inscrit un penalty à l’heure de jeu et conforté l’avance au score des Three Lions.
Le soutien inconditionnel de ses 80 000 supporteurs n’a pas suffi à porter le Mexique. Mené (2-0) contre le cours du jeu, El Tri a réduit l’écart, avant la mi-temps, grâce à son inévitable artificier Julian Quiñones, auteur d’une frappe rageuse sous la barre. L’expulsion, en début de seconde période, de l’Anglais Jarell Quansah, pour un tacle assassin, a rallumé la flamme dans les tribunes vertigineuses de l’Azteca.

Puis le scénario du match s’est emballé. Le penalty inscrit à la 69e minute par Raul Jimenez a ramené son équipe à portée des Three Lions et un vent de folie a soufflé dans l’enceinte. Dans une ambiance survoltée, El Tri a poussé pour arracher l’égalisation, multiplié les débordements et s’est entêté à centrer très fort devant la cage du gardien anglais Jordan Pickford, déterminant sur sa ligne. Sans parvenir à trouver la faille alors que le sablier s’écoulait.
Cette défaite, la première en onze matchs de Coupe du monde disputés par El Tri à l’Azteca, est d’autant plus douloureuse pour les Mexicains que ce match était le dernier des treize programmés dans le pays lors du tournoi. Un lot de consolation au regard des 78 rencontres organisées par les Etats-Unis. « Nous n’aurons pas une longue nuit de sommeil, a soupiré Javier Aguirre, qui quitte ses fonctions de sélectionneur. Je pars fièrement. Nous avons livré cinq matchs formidables sur le territoire national et avons formé une famille. »
« On a dû se battre »
La montée en puissance de ses joueurs, au fil des matchs, avait suscité un fol espoir au Mexique. A l’Azteca, une chanson du défunt chanteur mexicain Juan Gabriel, Hasta que te conocí (« avant de te rencontrer »), était devenue l’hymne rassembleur et officieux de la sélection. Un nouveau slogan, scandé par les supporteurs mexicains, symbolisait une forme de rêve collectif : « ¿Y si sí ? ¿Y si sí ? » (« et si ça arrivait vraiment ? »)
Las. Des erreurs défensives et une forme de naïveté sur la pelouse ont causé le revers d’El Tri. La malédiction plane encore sur le Mexique, qui n’a pas réussi à atteindre les quarts de finale, comme il l’avait fait lors des éditions 1970 et 1986, organisées à domicile. En outre, la forteresse de l’Azteca, perchée à 2 200 mètres d’altitude, est tombée : El Tri n’y avait plus perdu depuis 2013.
Si la sélection au maillot vert dit adieu à « son » tournoi, l’Angleterre poursuit sa route. Sans faire forcément de bruit à ce stade. En quarts, les Three Lions affronteront, à Miami, samedi 11 juillet, la Norvège du buteur Erling Haaland, tombeuse (2-1) du Brésil en huitièmes.
Au centre de presse de l’Azteca, le sélectionneur allemand des Three Lions, Thomas Tuchel a loué la « solide mentalité » de ses joueurs « contre le pays coorganisateur, une solide équipe mexicaine ». « Ce fut la plus belle soirée de ma carrière avec la sélection anglaise », a affirmé Jude Bellingham, la rampe de lancement des Three Lions, après cette victoire âprement acquise à Mexico, sous une pluie « so british ».
« C’était un match de folie. On a dû se battre, a ajouté Harry Kane, le capitaine anglais, auteur à l’Azteca de son sixième but du tournoi, soit une unité de moins que le trio de tête composé de l’Argentin Lionel Messi, du Français Kylian Mbappé et d’Erling Haaland. Malgré les circonstances, tout ce qui jouait contre nous, on a trouvé le moyen de s’en sortir. »
Reste à savoir si les Three Lions feront preuve de la même résilience contre la Norvège. L’Angleterre attend de décrocher son deuxième titre mondial depuis 1966. Une période de disette qui s’étire depuis maintenant soixante ans.
[Source : Le Monde]