« On n’a peur de personne » : au Maroc, une nuit de fête avant d’affronter les Bleus en quarts de finale de la Coupe du monde 2026
La place Bab Boujloud de Fès a réuni samedi soir des milliers de supporteurs venus assister à la victoire des Lions de l’Atlas contre le Canada (3-0) en huitièmes de finale du Mondial. Avec déjà l’équipe de France en tête.
A l’entrée de la médina de Fès (Maroc), la place Bab Boujloud s’est transformée, samedi 4 juillet, en une immense fan-zone. Ils étaient près de 10 000 à s’y masser pour suivre le huitième de finale de la Coupe du monde entre le Maroc et le Canada, devant des écrans géants installés pour l’occasion.
Dès 16 heures, bien avant le coup d’envoi, les premiers supporteurs avaient commencé à affluer, sans se laisser décourager par le soleil écrasant et les 41 °C encore affichés en fin d’après-midi. Peu à peu, une vague rouge et verte a envahi la place. Drapeaux noués autour du cou, joues peintes, enfants perchés sur les épaules des adultes : la foule s’est densifiée au fil des heures.
A Fès, comme ailleurs dans le royaume, le football est une affaire sérieuse, une passion qui traverse les générations et les milieux sociaux. Le Mondial 2026 en offre une nouvelle démonstration.
Dès les premières minutes de jeu, chaque action des Lions de l’Atlas déclenche une vibration collective, et la foule se lève comme un seul homme. Lorsque le Maroc ouvre enfin le score grâce à Azzedine Ounahi (50e), après une première période difficile, Boujloud explose. Les supporteurs se serrent dans les bras, les enfants hurlent et des groupes traditionnels jouent de la musique.
Soraya (les personnes citées par leur prénom n’ont pas souhaité donner leur nom de famille), venue d’Amsterdam pour un road-trip à travers le Maroc avec un ami, découvre cette ferveur pour la première fois. « C’était super cool, j’ai adoré voir autant de gens réunis. Et surtout les enfants, ils vivaient le match comme des adultes. L’ambiance, la musique, les encouragements à chaque action… C’était vraiment beau à vivre », raconte-t-elle.
Une fête contagieuse
A ses côtés, Janni, 23 ans, originaire de Mannheim, en Allemagne, s’étonne : « Tout le monde crie, les enfants sont trop contents. On a rencontré des Marocains, on a célébré avec eux alors qu’on ne les connaissait pas. On s’est fait des amis. En arrivant dans le pays je ne savais pas que le foot coulait autant dans leurs veines, c’est beau de voir qu’ils vivent ça en communauté. »
Avec le troisième but de Soufiane Rahimi dans le temps additionnel, qui scelle définitivement le score (3-0), la délivrance est totale. Très vite, la fête déborde de la fan-zone pour envahir les rues avoisinantes. De la vieille médina à la ville nouvelle, les artères de Fès se transforment en cortèges improvisés. Files de voitures et de motos, klaxons incessants, chants et sifflets : la nuit appartient aux célébrations. Sur un toit, de jeunes supporteurs hurlent un slogan repris en chœur par la foule : « Observe le Lion, le Maroc fait peur à tout le monde ! »
Sur la large avenue qui descend vers le centre-ville, des familles se sont installées sur l’herbe pour un pique-nique improvisé, regardant passer les jeunes à moto, qui se donnent en spectacle, et les voitures qui avancent au pas. Des enfants aux personnes âgées, chacun prend part à la fête. Jusqu’aux chiens du quartier, parfois affublés de petits maillots du Maroc, qui semblent eux aussi happés par l’agitation.
Safaa El Jazzar et Aya Malki, deux adolescentes, savourent sans surprise. « On s’y attendait. Dima Maghrib ! [“vive le Maroc”] », lancent-elles, confiantes, avant de se projeter sur la suite de la compétition : « On espère aller jusqu’en finale, inchallah. » Drapés dans un drapeau rouge et vert, Bilel Zaar, Amine Mokhtari et Fayçal Mabrouki, âgés de 18 à 20 ans, affichent la même certitude : « On fait confiance à notre équipe nationale. Ils nous ont rendus fiers. Les prochains matchs vont être difficiles, mais nos Lions peuvent concurrencer toutes les équipes. »
« On sera au rendez-vous ! »
Car à mesure que la soirée avance, les discussions évoluent. La victoire face au Canada laisse place à une autre attente. Dans un café du centre-ville qui diffuse le match de la France contre le Paraguay, personne n’applaudit le but de Kylian Mbappé qui qualifie son équipe pour les quarts de finale. Les supporteurs des Lions auraient probablement préféré se confronter à l’Albirroja qu’aux Bleus, qui les ont déjà privés de la victoire en demi-finales du Mondial 2022.
L’espoir reste néanmoins intact. « France-Maroc ? Ça va être énorme, sourit Hassan Elalaoui, déjà tourné vers l’affiche à venir. On sait que ce sera difficile, mais on n’a peur de personne. S’ils jouent contre nous comme ils ont joué contre le Paraguay, on a tout pour les vaincre. Notre parcours, ce n’est pas de la chance, on doit se faire confiance. »
Dans les rues de la capitale spirituelle du royaume, et bien après la victoire de la France, la nuit s’étire sans perdre en intensité. Les chants reprennent, plus assurés encore. « On sera au rendez-vous ! », lance un homme en quittant un café. L’idée d’un nouvel exploit reste dans l’air de la nuit, alors que le pays se prépare à écrire la suite de son histoire, avec l’ambition assumée de faire au moins aussi bien qu’en 2022, sinon mieux.
[Source : Le Monde]