Le maintien du brevet en dépit de la canicule suscite la colère des équipes éducatives : « L’épreuve a bien eu lieu, mais dans de mauvaises conditions »

Quelque 850 000 élèves de 3ᵉ, déjà épuisés par une semaine de chaleur, ont passé, vendredi, l’épreuve de français dans des classes où il pouvait faire jusqu’à 35 °C, au risque de créer des ruptures d’égalité en fonction des établissements.

Juin 29, 2026 - 09:41
Le maintien du brevet en dépit de la canicule suscite la colère des équipes éducatives : « L’épreuve a bien eu lieu, mais dans de mauvaises conditions »
Des collégiens révisent le brevet des collèges dans une salle climatisée ouverte au public, dans la mairie du 17ᵉ arrondissement de Paris, le 25 juin 2026. ALICE SACCO / REUTERS

La première épreuve du brevet des collèges s’est donc bien tenue, malgré la canicule historique qui écrase la France depuis plus d’une semaine. Quelque 850 000 élèves de 3ᵉ ont passé, vendredi 26 juin au matin, leur écrit de français, l’examen ayant été maintenu, avec quelques aménagements d’organisation.

Le ministre de l’éducation nationale, Edouard Geffray, avait notamment donné la possibilité de laisser deux « pauses fraîcheur » de quinze minutes entre les différents exercices. « Un examen national avec épreuve unique, sur une journée donnée, on essaye quand même de le maintenir, en l’occurrence le matin, c’est ce qui m’a conduit à le faire », a-t-il défendu sur BFM-TV, assurant que « tous les élèves » avaient passé leur examen. Il a reconnu que les conditions de passation étaient « objectivement difficiles », mais a dit « ne pas regretter » le maintien d’une épreuve dont il estimait le report trop contraignant pour les élèves et l’éducation nationale.

Dans les collèges, la diversité des conditions dans lesquelles s’est déroulée l’épreuve est à l’image des disparités territoriales concernant l’état du bâti scolaire et des équipements fournis par les collectivités. Ceux qui le pouvaient ont installé les élèves dans les zones les plus fraîches de leur établissement, parfois dans les sous-sols, dans les couloirs, voire à l’extérieur. Certains étaient dotés de climatiseurs. Beaucoup d’autres ont travaillé dans des pièces surchauffées depuis une semaine, où la température excédait 30 °C, voire 35 °C.

Des cas de malaise

Plusieurs témoignages d’enseignants, relayés par les organisations syndicales, ont fait cas de malaises parmi les élèves, voire parmi les surveillants. Edouard Geffray a confirmé « quelques situations », mais « dans des proportions très comparables aux sessions précédentes ». Quelques établissements ont également dû accueillir les candidats sans électricité en raison de la chaleur : au moins deux collèges des Yvelines ont subi cette situation. « Les conditions étaient épouvantables dans de nombreuses académies et tous les chefs d’établissement n’ont pas pu appliquer les directives du ministre », fustige Nicolas Carli-Basset, principal de collège et membre du bureau national d’Indépendance & Direction-FO.

« On a maintenu cette épreuve comme s’il ne se passait rien, elle a bien eu lieu, mais dans de mauvaises conditions », résume Alex Berasategui, principal au Chesnay (Yvelines) et secrétaire départemental du SNPDEN-UNSA. Il n’a pas pu respecter la jauge à 15 élèves par salle faute de pièces à l’atmosphère « acceptable » et de surveillants en nombre suffisant. Son établissement n’avait pas assez de ventilateurs, certains enseignants ont même apporté les leurs. Il n’a pas non plus organisé de « pause fraîcheur », de peur de trop allonger la durée de l’épreuve, notamment pour les élèves bénéficiant de tiers-temps. Ils auraient terminé à 13 h 30 passées, alors que le mercure affichait 37 °C à l’extérieur.

Le principal d’un collège parisien, qui a souhaité rester anonyme, a relevé de son côté de 35 °C à 36 °C vers 11 heures dans les salles d’examen. « On avait cinq ou six ventilateurs par pièce et de l’eau, mais les températures restent extrêmes pour les élèves et les surveillants », regrette-t-il. Lui avait prévu une longue pause de trente minutes, durant laquelle les adolescents ont pu se rendre dans la cour, où les équipes avaient installé un brumisateur. « Nous n’avons eu aucun malaise, mais les élèves avaient trop chaud et étaient fatigués après cette semaine de canicule, où ils n’ont de surcroît pas bien pu réviser », déplore le chef d’établissement. En écho à beaucoup d’autres, il s’interroge : « Etait-ce vraiment nécessaire ? »

Incompréhension des syndicats

Dans les rangs des organisations syndicales et des parents d’élèves, la colère était palpable en amont de l’examen, et l’incompréhension domine toujours. La majorité d’entre elles avait demandé d’annuler ou de décaler l’épreuve de français, comme l’avait décidé le ministère de l’éducation nationale en juin 2019, lors d’une canicule pourtant de moindre intensité. La FCPE Paris avait saisi le tribunal administratif jeudi soir pour demander un report.

« On a fait passer un examen à des adolescents qui étaient physiquement diminués, voire en difficulté, du fait de la chaleur », s’insurge Sophie Vénétitay, du SNES-FSU, dénonçant en outre une « rupture manifeste d’égalité » entre les élèves, qui n’ont pas tous été placés dans les mêmes conditions. « Il y a eu une forme d’entêtement du ministère qui a conduit à ces situations extrêmes », abonde Jérôme Fournier, du Syndicat des enseignants-UNSA. Lætitia Aresu, de la CFDT-EFRP, déplore également que « la santé des élèves et des personnels de l’éducation soit passée après le maintien du calendrier des examens », tandis que Jean-Rémi Girard, du Snalc, dénonce « un véritable scandale ».

La Rue de Grenelle souhaite désormais travailler sur un réaménagement des examens pour la session 2027 afin de tenir compte de la nouvelle donne climatique – une demande formulée pas les enseignants et les parents d’élèves depuis 2019.

[Source: Le Monde]