« Jupiter », un film déjanté avec Georges Perec sorti de l’oubli : « Il y a des idées à chaque scène, même si ce sont des idées folles »
L’hommage que consacre cet automne la Bibliothèque nationale de France à l’auteur de « La Vie mode d’emploi » a permis la redécouverte du film « Jupiter », dans lequel il a joué. Cet ovni cinématographique, réalisé par Jean-Pierre Prévost à l’été 1970, respire l’esprit libertaire et révolutionnaire de Mai 68.
Impossible de le rater. Des cheveux un peu fous, une barbichette, des yeux rieurs et de mauvaises dents. C’est bien lui, Georges Perec (1936-1982), qui se trouve coincé là, dans un sous-sol sombre, entre la chaudière et la machinerie de l’ascenseur. Un aviateur azimuté a bloqué l’installation, et pris les habitants de l’immeuble en otage sous prétexte de les protéger d’un virus meurtrier, le « Mironton 27 ».
Costume brun et chemise blanche, le prisonnier Perec interroge son geôlier sur un ton grandiloquent : « A la fin, monsieur, me direz-vous la raison de tout ceci ? Est-ce un kidnapping, monsieur ? » Il hausse la voix, angoissé : « Seriez-vous un dangereux révolutionnaire ? » Face à lui, l’aviateur, joué par le plasticien Daniel Pommereulle, reste muet, de grosses lunettes vissées sur le crâne.
Une scène décalée, au milieu d’un film improbable. Son titre, Jupiter, renvoie au dieu romain qui gouverne la Terre et le Ciel. L’épopée de ce long-métrage millésimé 1971 constitue pourtant l’inverse exact de tout rêve de maîtrise ou de puissance. Le scénario ? Déjanté dès l’écriture, rarement respecté ensuite. Le casting ? Un détonnant mélange d’acteurs professionnels et de jeunes artistes ou intellectuels venus à titre amical, à l’image du peintre Martial Raysse et des écrivains Robert Pinget, Maurice Pons et Georges Perec, donc. Le tournage ? Foutraque. Le montage ? Epique. Le résultat ? Beau, piquant et bizarroïde.
« Un film mal fait, constate d’emblée Georges Perec, dans un texte de 1971. Il ne respecte pas les règles, il ne se donne pas des airs de tragédie grecque, il n’essaie pas d’être bien ficelé. Au contraire, il semble tout faire pour être le plus embrouillé possible. »
Au bout du compte, un flop complet. Deux projections pour les amis, et c’est à peu près tout. Aucune sortie en salle, malgré une tentative aux Etats-Unis. Puis cinquante ans d’oubli total. On croyait les images à jamais perdues. Jusqu’à ce que quelques passionnés de Perec mènent l’enquête sur cet ovni, le seul film dans lequel joue le futur auteur de La Vie mode d’emploi (P.O.L, 1978). Et que ceux-ci finissent par dénicher les précieuses bobines. Miracle : le fantôme Jupiter sort à présent de l’ombre.
« Bombe du temps »
Ce film invisible doit être enfin présenté le 14 octobre dans le cadre d’une vaste exposition sur Georges Perec prévue à la BNF, à Paris. Son réalisateur, Jean-Pierre Prévost, a pu le revoir quelques mois avant de mourir, le 24 mars, à 83 ans. Il était ravi de cette renaissance inattendue de Jupiter, et dépité que tant de témoins de cette aventure aient déjà rendu l’âme. « Ils sont tous morts… Je sais pas pourquoi ils veulent tous mourir », glissait-il, pince-sans-rire, à M Le magazine du Monde en janvier.
Dans plusieurs textes, Georges Perec avait évoqué les « bombes du temps », un concept en vogue dans les années 1970. L’idée était de rassembler des objets courants et de les enfouir à destination des futurs archéologues. Entre 1974 et 1987, Andy Warhol a ainsi rempli 612 cartons de lettres, de journaux, de billets d’avion…, aujourd’hui conservés par le Musée Warhol de Pittsburgh. Jupiter, c’est exactement cela : voici l’air de 1970, soigneusement encapsulé, qui ressurgit cinquante-six ans plus tard, avec ses effluves libertaires, ses bouffées de marijuana, et quelques riffs de guitare électrique.

S’il faut choisir un point de départ pour cette histoire, une référence s’impose : la prise du théâtre parisien de l’Odéon, le 15 mai 1968. Un apprenti cinéaste de 26 ans, Jean-Pierre Prévost, se trouve sur place, caméra au poing, avec sa compagne, Mireille Bouillé, étudiante en histoire de l’art. Plus de 3 000 personnes envahissent les lieux, qui deviennent pour un mois une citadelle de la contestation. Venu de Caen quelques années plus tôt avec en poche une licence de mathématiques, le jeune homme en tire un film-reportage intitulé 9 mai-9 juin, son premier long-métrage.
Les maths, Jean-Pierre Prévost s’y était plongé pour faire plaisir à ses parents. Ils lui disaient : « Ton cinéma, c’est bien gentil, mais le jour où tu crèveras de faim, tu seras content de pouvoir enseigner ou être ingénieur. » Le cinéma l’emporte. Mais son reportage sur l’Odéon est interdit, sa projection « risquant de troubler l’ordre public ». Il lui vaut en outre d’être étiqueté « anarchiste » par les renseignements généraux. Recherché par la police, il se cache chez sa sœur. Sacré baptême !
« On voulait révolutionner le cinéma »
Cela ne refroidit pas Jean-Pierre Prévost, ni Mireille Bouillé. Très vite, le jeune couple se met à écrire un scénario de fiction, celui de Jupiter. « Une histoire d’amour entre les dieux de l’Olympe et de frêles créatures terriennes… à bord du Titanic ! », synthétise Prévost à l’époque. Impossible toutefois de résumer l’intrigue. Les scénaristes y ont injecté pêle-mêle les mythes grecs et la musique pop, Ingres et Picabia, l’assassinat du duc de Guise, l’amour, l’errance et la liberté.
Dans la première scène, un pseudo-chef de gare se tient debout, sur le quai, et déclame, effondré : « Ça y est, on a eu un accident, c’est le troisième en deux jours… Le voyage, on sait où ça commence, on ne sait pas où ça finit… » Déçu par son métier, il démissionne et se fait « nomade indépendant », tandis que sa fille Odalisque est enlevée par un certain Jupiter. Bref, tout déraille.
Les tableaux se succèdent sans grand souci de cohérence, comme si le réalisateur avait mélangé les séquences. Jupiter lui-même est interprété par plusieurs acteurs successifs, dont le peintre Martial Raysse, le comédien Jean-Pierre Kalfon, et le chanteur Evariste, qui vient alors d’enregistrer un 45-tours comportant deux titres, La Révolution et La Faute à Nanterre. « Pourquoi faudrait-il que seule une logique cartésienne soit acceptable ?, se défendait Jean-Pierre Prévost en janvier. C’est un film volontairement déconstruit. On voulait révolutionner le cinéma, dépasser la Nouvelle Vague ! »
Voyage au moulin d’Andé
N’ayant ni producteur, ni un centime pour tourner, le jeune cinéaste frappe à la porte du Centre national du cinéma (CNC). Son scénario sous le bras, il rend visite aux membres de la commission de l’avance sur recettes, qui acceptent de le recevoir. Il convainc ainsi Jacques Doniol-Valcroze, un réalisateur de la Nouvelle Vague et cofondateur des Cahiers du cinéma, de même que le sociologue Régis Hanrion, qui accepte même de tenir le rôle du chef de gare consterné.
Pour plaider sa cause auprès d’un troisième représentant du CNC, Maurice Pons, Jean-Pierre Prévost fait le voyage jusqu’au moulin d’Andé, un lieu de création pour les artistes dans l’Eure. Sur place, Prévost fait la connaissance des autres familiers de l’endroit, dont Georges Perec, qui vit alors une histoire d’amour tourmentée avec la maîtresse des lieux, Suzanne Lipinska. Et puis, il tombe en arrêt devant le moulin lui-même, cadre, déjà, de plusieurs films, en particulier Jules et Jim (1962), de François Truffaut. C’est décidé : si Jupiter voit le jour, il sera tourné en partie à Andé. Christine Lipinska, la fille de Suzanne, sera embauchée comme stagiaire, elle qui rêve de devenir réalisatrice.
Fort de ces appuis et du parrainage du réalisateur Alain Resnais, qu’il a rencontré à Caen, Jean-Pierre Prévost remporte la précieuse avance du CNC début 1970. Un chèque de 300 000 francs, l’équivalent de 387 000 euros aujourd’hui. La même enveloppe que celle attribuée cette année-là à Abel Gance pour ficeler une ultime version de son Napoléon.Pierre Richard et Jacques Demy n’obtiennent pas beaucoup plus (400 000 francs), l’un pour Le Distrait (1970), l’autre pour Peau d’âne (1970).
Cet argent obtenu, Serge Roullet, un élève du cinéaste Robert Bresson, accepte de devenir le producteur du film, avec l’appui de sa femme, la photographe Janine Niépce, lointaine descendante de l’inventeur de la photographie, Nicéphore Niépce. Jean-Pierre Prévost s’installe dans le garage de leur domicile parisien pour les préparatifs. Et vogue la galère…
« Nous étions tous défoncés »
Le tournage, durant l’été 1970, se révèle très rock’n’roll. Le premier matin, Christine Lipinska retrouve deux autres petites mains du projet, le couturier Julien Delli Fiori et Olivier Castro, un des meneurs étudiants de Mai 68, aux Trois Obus, une brasserie de la porte de Saint-Cloud. Direction, Andé. « On a accroché mon foulard noir à un rétroviseur, pour qu’il flotte au vent comme un drapeau anarchiste, et parié qu’à chaque bistrot où on s’arrêterait, on boirait un calva cul sec, se souvient Julien Delli Fiori, devenu homme de radio puis peintre, ce qu’il est toujours, à 83 ans. On a fait trois bistrots comme ça… »
Moteur ! Sur place, le trio retrouve quelques vieux routiers, comme les inusables seconds rôles Lucien Raimbourg et Georgette Anys, qui incarne une grand-mère vampire, mais surtout une flopée d’amateurs. A l’instar de Claude Givaudan, un marchand d’art qui interprète le duc de Guise, et accepte qu’une séquence soit tournée dans sa galerie parisienne. Il la retrouvera le lendemain dévastée par les feux de Bengale utilisés pour éclairer la scène… « Aucun de nous n’était là par hasard, note Julien Delli Fiori. Nous étions tous plus ou moins des enfants de Mai 68. »

Autre surprise : le premier assistant s’éprend d’une comédienne, et tous deux quittent le navire. « C’est grâce à cette défection que, de stagiaire, j’ai été propulsée assistante, à 19 ans », raconte Christine Lipinska, toujours cinéaste. Elle déniche des lieux de tournage autour d’Andé. Une autre partie du film se déroule près de chez Robert Pinget, sur les bords du Cher. Le rôle de la jeune assistante consiste surtout à s’assurer que les acteurs arrivent bien sur le plateau : « Comme tout le monde fumait des joints, c’était cool, peace and love, mais quand je frappais à 8 heures du matin aux portes des chambres, puis à 9 heures, puis à 10 heures, certains étaient toujours endormis… »
Une autre fois, un mauvais mélange fumette-alcool cloue au lit le réalisateur et interrompt le tournage pour trois jours. « Nous étions tous défoncés », résume Martial Raysse. Un soir, de jeunes acteurs allument des bougies dans leur chambre d’hôtel, et provoquent un début d’incendie qui oblige toute l’équipe à faire ses valises le lendemain.
Jean-Pierre Kalfon et les Crouille Marteau
Et puis, il y a le cas Jean-Pierre Kalfon. Une vraie gueule de cinéma. En 1970, il a déjà fait l’acteur pour Claude Lelouch, Jean-Luc Godard, Jacques Rivette et quelques autres. Sur le papier, c’est lui, la tête d’affiche de Jupiter.Aujourd’hui, quand on lui parle de ce rôle, un « oh » incrédule sort de sa bouche, reste quelques secondes en suspension, et s’évapore : « J’étais la vedette du film, vous êtes sûr ? Non, j’y ai à peine participé… Avec mon groupe, on a juste joué de la musique pendant une ou deux scènes, dans ma mémoire. » Pas tout à fait faux.
Kalfon est alors dans une phase de sa vie où, de façon un peu inexplicable, il ne veut pas communiquer verbalement. Arrivé sur le tournage, il refuse ainsi de prononcer le moindre mot, la moindre ligne de son texte. Le brave Lucien Raimbourg, à qui il doit donner la réplique, appelle Prévost à l’aide, désespéré. Kalfon n’en démord pas. S’il accepte de s’exprimer, c’est seulement en musique, avec son groupe pré-punk, les Crouille Marteau. « On était tous un peu barrés, à l’époque », reconnaît-il à présent.
Au bout du compte, Kalfon se contente de tenir la guitare électrique. Et c’est le peintre Martial Raysse, dont Jean-Pierre Prévost a fait la connaissance dans une course cycliste quelques années plus tôt, qui se retrouve dans le rôle du personnage central. Un Jupiter fougueux et flamboyant.

Le montage ne se révèle guère plus aisé. Faute de professionnel, la tâche est confiée à une comédienne, trop imprégnée de haschich pour aller bien loin. Angus Trowbridge, qui a participé l’année précédente, en 1969, au film de John Lennon et Yoko Ono sur leur « Bed-In for Peace » de Montréal, prend la relève. Sans grand succès.
Il y a certes plein de trouvailles, une cène hippie, des comédiens qui se promènent nus, des foulards et des tuniques mauves comme s’il en pleuvait, un chauffeur de taxi portant lavallière, deux acteurs qui jouent le même rôle et lancent les mêmes tirades simultanément, une jolie ronde autour d’un harmonium en feu. Mais les scènes s’étirent, sans rythme et souvent sans raison.
« Les pérégrinations de ces hippies »
Sur le coup, Jean-Pierre Prévost se voit déjà filmer dès le printemps 1971 la suite de Jupiter, intitulée Les Indiens, en reprenant Jean-Pierre Kalfon et Pierre Clémenti (qui jouait un petit rôle). Sans oublier Christine Lipinska, dont il est tombé amoureux. En réalité, les premières projections douchent ses espoirs. « Vous arrive-t-il d’aller quelquefois au cinéma ? », lui lance avec mépris un fonctionnaire du CNC après avoir visionné ce film décidément hors norme.
« Il y a une certaine fraîcheur dans les pérégrinations de ces hippies, mais on ne sait pas trop où tout cela mène, à part quelques ébats bon enfant dans la nature », commente Variety, dans une des rarissimes critiques de Jupiter. Verdict du magazine professionnel américain : « Aucun potentiel commercial. »
Un nouveau montage, un peu resserré, est tenté par un vrai pro, Jacques Witta, qui vient d’œuvrer avec Françoise Garnault sur Slogan, le film de Pierre Grimblat sur le tournage duquel se sont rencontrés Serge Gainsbourg et Jane Birkin. Cela ne suffit pas. Aucun distributeur, aucun directeur de salle n’est intéressé. Le 5 mars 1971, sa date de sortie théorique, le film n’est visible nulle part.

Georges Perec et l’architecte-philosophe Paul Virilio se fendent de textes de soutien afin de sauver ce qui peut l’être. « Enfin autre chose qu’une de ces sempiternelles histoires de flics ou de fesses qui font, paraît-il, les beaux jours des salles d’exclusivité ! », plaide Perec. En vain.
« J’étais tellement déçu des premières réactions que j’ai dit au reste du monde : “Vous ne méritez pas de voir mon film” », se remémorait Jean-Pierre Prévost en janvier. Le producteur Serge Roullet a mis trop peu d’argent personnel dans l’affaire pour se mobiliser au-delà du raisonnable. Mireille Bouillé part aux Etats-Unis avec une version sous-titrée du film et l’espoir de convaincre des distributeurs américains. Peut-être même de décrocher le soutien de John Lennon, espère-t-elle. Mais l’aventure n’aboutit qu’à un échec de plus, doublé d’un pénible imbroglio. Le nouveau compagnon de Mireille Bouillé, en manque d’argent, fait les poches des invités lors d’une soirée à l’ambassade de France, en usurpant l’identité de Jean-Pierre Prévost, qui se retrouve interdit de séjour aux Etats-Unis…
« Par chance, les archives n’ont pas été dispersées »
Puis Jupiter sombre pendant un demi-siècle. Jusqu’à ce que, en 2022, Jean-Luc Joly, le président de l’Association Georges Perec, commence à réfléchir avec Claire Lesage, conservatrice à la Bibliothèque nationale de France, à la future exposition consacrée à l’écrivain programmée pour l’automne 2026. Ils cherchent ce qu’ils pourraient montrer de neuf sur cette figure majeure de la littérature. Pourquoi pas Jupiter ?
De l’existence de ce long-métrage, Jean-Luc Joly n’a qu’un indice ténu : un photogramme extrait du film a été publié en 2001 par Paulette Perec, l’ex-épouse du romancier, dans son Portrait(s) de Georges Perec, édité par la BNF. On y voit Perec reflété dans un miroir. Cela prouve au moins que le tournage a bien eu lieu. Mais quid du film lui-même ? « Il se peut qu’il en subsiste encore une copie », conjecture David Bellos dans sa biographie Georges Perec. Une vie dans les mots (Seuil, 1994).
Contacté à l’époque, Jean-Pierre Prévost ne sait plus ce que sont devenues les bobines. Après le fiasco de son film et l’accueil très frais réservé au suivant, L’Homme du fleuve (1975), le réalisateur a lâché le cinéma pour la télévision, signant notamment des documentaires sur les poètes contemporains et des feuilletons comme Médecins de nuit. De Jupiter, peut-être reste-t-il des traces au laboratoire LTC, qui avait développé les pellicules et tiré les copies, glisse-t-il. Sauf que LTC a, depuis, changé de mains plusieurs fois, avant d’être liquidé en 2011.
Pourtant, bingo ! « Par chance, les archives de LTC jugées d’intérêt patrimonial n’ont pas été dispersées, mais transmises à Cité de mémoire, une structure spécialisée dans la collecte, la préservation et la sauvegarde des films, raconte Jean-Luc Joly. C’est comme cela que nous avons retrouvé tout le matériel original du film, et en bon état. »Avec le soutien financier du CNC, Jupiter est alors numérisé.
« Bien sûr, il y a quelques longueurs, mais aussi des idées à chaque scène, même si ce sont des idées folles, jugeait Jean-Pierre Prévost après avoir revu son film. C’est comme un poème en images : le spectateur doit se laisser aller, sans chercher le sens. Et puis, c’est toute ma jeunesse… » La « bombe du temps » aura-t-elle plus de succès cette année qu’en 1971 ? Réponse en octobre.
[Source : Le Monde]