« Des filles comme il faut », de Nadia Daam : un premier roman féministe grinçant, sur les traces de femmes ayant volontairement disparu

La journaliste et autrice signe un texte drôle et féroce sur les questionnements féministes actuels, sans jamais ridiculiser le combat.

Juin 1, 2026 - 07:34
« Des filles comme il faut », de Nadia Daam : un premier roman féministe grinçant, sur les traces de femmes ayant volontairement disparu
Nadia Daam, à Paris, en janvier 2026. SIMONÉ EUSEBIO

Ce qu’il y a peut-être de plus séduisant, dans le premier roman de Nadia Daam, est le peu de précautions dont son féminisme s’embarrasse pour ne pas être tout à fait « comme il faut ». La férocité joyeuse avec laquelle la journaliste, chroniqueuse, autrice du récit remarqué La Gosse (Grasset, 2024), règle son compte à la « pureté militante » et à ses exigences, ainsi qu’à l’opportunisme « réseaux sociaux compatible » de certaines « influenceuses » stars du mouvement. Le tout sans cesser pour autant de prendre au sérieux les espérances dont ce dernier est porteur, l’importance des causes qu’il défend ou la colère qui crépite sous la lutte. Des filles comme il faut déploie tout au long de ses 400 pages son humour narquois avec un sens de l’observation et de la formule qui ne ridiculise jamais le combat.

Il y est question de nombreux sujets animant les féministes trentenaires et quadragénaires aujourd’hui : la charge mentale, les violences obstétricales, le « gaslighting » (cette pratique qui consiste à amener quelqu’un, mais préférablement une femme, à douter de ses propres perceptions, au point de faire vaciller sa santé mentale), le harcèlement pratiqué par les masculinistes…

Autant de thèmes largement traités dans les podcasts où, depuis une dizaine d’années, se réinvente l’activisme antipatriarcal. C’est d’ailleurs d’un podcast que tout part : celui que la narratrice, Blanche, mère de famille trentenaire, en déshérence professionnelle et en proie à un sérieux problème d’alcoolisme, doit réaliser pour son amie-patronne-Némésis, Athéna.

Marques de valises

Son titre ? « On se lève et on se casse », fameuse phrase de Virginie Despentes, galvaudée à force d’être brandie. Son objet ? Les femmes qui ont faussé compagnie à leur vie de famille – elles seraient mille, en France, chaque année, à s’évaporer ainsi. Athéna a trouvé que ça changeait des programmes sur les féminicides (« pas assez innovant en termes de proposition éditoriale »). Et puis, en matière de sponsors, cela ouvrait la voie aux marques de valises et autres compagnies d’aviation low cost. Voilà Blanche partie à Sélestat (Bas-Rhin), où elle a grandi et d’où s’est volatilisée Martha Blom, qui fut sa professeure de français au lycée.

Si l’enquête se traîne un peu, et si l’intrigue aurait sans doute mérité d’être resserrée ici et là, le roman emporte le morceau par son éloge des femmes ni « puissantes » ni « comme il faut », qui font avec leur histoire, les circonstances, leurs défauts, par sa drôlerie et par sa manière, en refusant les poses obligées et les formules psittacistes, de rappeler la vitalité et la liberté aux fondements du féminisme.

Signalons, de la même autrice, la parution de « La Gosse », illustré par Cati Baur, Rue de Sèvres, 136 p., 20 €.

[Source : Le Monde]