« Putain de chat ! », sur Arte : une série d’animation à l’humour griffant
Adaptée de la bande dessinée à succès de Lapuss’ et Tartuff, la série en traduit fidèlement le graphisme et l’esprit.
Oubliez la vision doucereuse du petit chat mignon qui ronronne : Moustique – c’est son nom – est un Putain de chat !, expression titre de la bande dessinée créée en 2016 par Lapuss’ et Tartuff, publiée chez Kennes. Un chat noir, bien sûr, qu’un gentil humain câlin recueille un matin dans une boîte en carton. A ses risques et périls : canapé éventré, ordi noyé, chaussettes Burlington déchiquetées…
Dès lors, en effet, ce n’est pas le félin qui vit chez l’humain, mais l’inverse. Et l’animal va tout faire pour asservir celui qu’il affuble de surnoms divers – « l’endive », « crâne d’œuf » –, afin de le réduire à l’exécution de fonctions basiques, comme donner des croquettes, ouvrir la porte ou nettoyer la litière. Source inépuisable de situations cocasses, cette inversion des rôles dans le duo est à l’origine du succès de la BD – 500 000 exemplaires vendus en 12 tomes, confirme l’éditeur Dimitri Kennes.
Devenue phénomène de librairie, dix ans plus tard, la collection est portée à l’écran et diffusée sur Arte. Un pari risqué qui se révèle gagnant, sur tous les tableaux. Graphiquement d’abord : en gardant le trait épuré, le décor parfois juste ébauché, et le noir et blanc, la réalisation reste fidèle au papier. Le format très court, ensuite, de trois minutes maximum, colle parfaitement au rythme des gags de la BD. En bonus enfin, le recours à la fine fleur de l’humour belge pour donner voix aux personnages.
A commencer par GuiHome – en tournée à partir de la rentrée en France, en Suisse et en Belgique – que beaucoup vont découvrir dans le rôle du diabolique Moustique. Et Alex Vizorek, présentateur du jeu Quitte ou double et chroniqueur sur RTL, qui prête sa voix à l’humain, prénommé Stéphane, comme Lapuss’. Faut-il y voir un indice autobiographique ?
Cynisme et humour
Certaines scènes respirent en tout cas le vécu. Quand le chat se frotte avec insistance contre les jambes de son maître – pardon, son esclave – pour réclamer sa pâtée, au risque de le faire tomber. De même, le comportement jaloux du matou, en présence de Charlène, l’amoureuse de Stéphane, est bien observé.
Celles et ceux qui ont cohabité un jour avec un chat se reconnaîtront à de multiples reprises. Quelques messages leur sont d’ailleurs adressés, notamment au sujet des croquettes bon marché, critiquées à plusieurs reprises. Ou, plus subtilement, sur la vie de couple, lorsque Moustique déclare, presque détaché : « Et ça s’étonne d’être encore célibataire. »

La surinterprétation de l’incompréhension humain-félin est réjouissante. « Tu veux un câlin ? », demande ainsi tendrement Stéphane en tendant la main vers l’animal, quand ce dernier miaule « Tu te crois chez toi ? » et se carapate.Mais par son cynisme et son humour, ce « putain de chat » devrait séduire au-delà des propriétaires de quelque 16,6 millions de félins en France (Odoxa 2024). Psychédélique et déroutant, l’épisode Chat perché dépasse ainsi largement le cadre du vécu animal.
D’autres moquent les manies de notre société, comme la pratique du yoga, ou la quête du « summer body ». On touche enfin à l’universel avec la tentation de la liberté, représentée au fil de la série par la « chatte de la casse » et la voix gouailleuse de l’humoriste Sarah Grosjean. Mais, la liberté, c’est aussi renoncer au confort de la domestication et à l’affection, malgré tout, d’un humain.
Putain de chat !, réalisé par Christophe Gautry (Fr.-Be., 2026, 30 x 3 min). Sur Arte, jusqu’au 28 août, du lundi au vendredi à 20 h 50 ; sur YouTube « Courts toujours » et sur Arte.tv.
[Source : Le Monde]