« La Bataille de Gaulle. J’écris ton nom », d’Antonin Baudry : dernier geste de bravoure avant la libération de Paris
Le deuxième volume du diptyque d’Antonin Baudry sillonne la période 1943 et 1944, orchestrant cette fois le combat de deux généraux, de Gaulle et Giraud, haut-commissaire en Afrique.
Six cent vingt mille spectateurs se sont déplacés, depuis le 3 juin – date de sortie de La Bataille de Gaulle. L’âge de fer– pour se remettre, en cette période incertaine, dans la simplicité tranchante de la geste gaullienne. Pour voir aussi comment l’acteur Simon Abkarian, qui l’incarne, descendrait un escalier d’une telle hauteur. Pour faire plus ample connaissance, possiblement, avec le réalisateur Antonin Baudry – auteur d’un premier long-métrage remarqué (Le Chant du loup, 2019), suspense emboîté dans un sous-marin nucléaire (genre rare en France) salué par 1,5 million de spectateurs.
Son défi gaullien, de plus grande ampleur encore, courait un réel danger artistique et commercial. Le box-office du premier volume, non négligeable en lui-même, laisse à cet égard un peu à désirer rapporté à un budget situé entre 70 millions et 100 millions d’euros.
Après L’Age de fer, qui se suspendait en 1942, J’écris ton nom – allusion au poème de Paul Eluard Liberté, paru clandestinement la même année – sillonne 1943 et 1944. On quittait le premier sur l’image forte du jeune résistant Fernand Bonnier de La Chapelle assassinant à Alger l’amiral Darlan le 24 décembre 1942, commandant en chef des forces françaises de Vichy. Et sur l’incertitude dans laquelle était toujours le général de Gaulle de se voir reconnu par les alliés comme le représentant légitime de la France libre.
Figure complexe
Le deuxième volume reconduit cette question, décidément centrale, du diptyque, avec cette fois comme antagoniste principal le général Giraud, devenu haut-commissaire en Afrique française, à la suite de l’assassinat de Darlan et de la prise d’Alger par les Américains.
Thierry Lhermitte, qu’on ne s’attendait pas à trouver dans de tels parages, prête à cette figure complexe une allure un peu falote qui ne trahit sans doute pas la vérité historique. Fidèle aux idéaux de la « révolution nationale » et à la personne du maréchal Pétain mais tenant d’une résistance à l’Allemagne nazie ; désavoué par Vichy, mais confortant les collaborateurs à leurs postes et la législation antisémite sous son mandat, ce militaire semble dépourvu de boussole politique et morale.
Naviguant à vue selon les circonstances, il s’était déjà heurté à de Gaulle, son subordonné durant la « drôle de guerre », et incarne, pour le président Roosevelt qui travaille à la reconfiguration d’une Europe à la main américaine, une solution moins farouche que celle du général de Gaulle pour représenter la France.
Approche polyphonique
J’écris ton nom est le récit du combat des deux généraux, tandis que les alliés les obligent à se réconcilier dans le cadre du Comité français de libération nationale créé le 3 juin 1943. Quoique en position de force en vertu de sa fonction, des troupes coloniales sous son commandement et du soutien de Roosevelt, Giraud, victime de sa fidélité à la « révolution nationale », sera laminé par de Gaulle, qui le contraindra à se démettre.
Centrale dans ce deuxième volet, cette joute ne s’en inscrit pas moins dans une approche polyphonique qui avance de front avec l’épopée militaire de Philippe Leclerc (Niels Schneider, en pose sacrificielle et hiératique) sur le terrain des armes, et l’œuvre clandestine de Jean Moulin (Félix Kysyl) à Lyon, chargé de fédérer la Résistance intérieure.
De quoi amplement rouler jusqu’à la libération de Paris, arrachée au général Eisenhower, par la division blindée de Leclerc, selon les opérations cardinales annoncées dès le premier volet. Héroïsation sans ombre des figures principales, lyrisme échevelé à grands flots de musique, de mouvements d’appareil et de gros plans extatiques, attraction pour le morceau de bravoure, le mot qui fait mouche, la tirade grand style. Soit, parmi nombre de films qui reviennent en ce moment sur la période par la porte étroite de l’abjection, un choix qui se distingue par sa simplicité, à l’heure où, comme le rappelle fort à propos le général anglais Bernard Montgomery dans le film : « Il semblerait qu’être français aujourd’hui soit une chose compliquée. »
Film français d’Antonin Baudry. Avec Simon Abkarian, Thierry Lhermitte, Simon Russell-Beale, Benoît Magimel, Mathieu Kassovitz, Niels Schneider, Karim Leklou (2 h 39). Sortie le vendredi 26 juin.
[Source : Le Monde]