Au 79ᵉ Festival de Locarno, un défilé de stars de cinéma et de nouveaux visages en quête du Léopard d’or
La manifestation suisse, qui se tient du 5 au 15 août, rend notamment hommage à Isabella Rossellini, Virginie Efira et Asia Argento, et accueille à nouveau le réalisateur sud-coréen Hong Sang-soo en compétition.
Le défricheur festival de Locarno, en Suisse, ne fait rien comme les autres grandes manifestations que sont Cannes, Venise ou Berlin. Lors de la 79e édition, qui se tient du 5 au 15 août, la plupart des stars invitées sur les rives du lac Majeur ne viendront pas défendre un film en compétition – à l’exception notamment de Monica Bellucci, à l’affiche de Ketticè, de l’Italien Giovanni Tortorici, en lice donc pour le Léopard d’or.
Certaines vedettes recevront un prix ou un hommage pour leur carrière (Isabella Rossellini, Asia Argento, Virginie Efira, etc.), d’autres présenteront une œuvre issue d’une section parallèle – telle Ingrid Caven (née en 1938, actrice entre autres de Fassbinder), héroïne du documentaire d’Albert Serra, Seize moments de ma vie, sélectionné à Fuori Concorso, la section consacrée aux nouveaux langages du cinéma.
Quant à Isabelle Huppert et Sandrine Kiberlain, elles accompagneront la première mondiale du film Ni vue, ni connue (hors compétition), de Marc Fitoussi, dans lequel elles tiennent les rôles principaux. La comédie sera projetée sur la Piazza Grande, immense cinéma en plein air pouvant accueillir plusieurs milliers de spectateurs.
Effet de tremplin
La manifestation dirigée par le directeur artistique Giona A. Nazzaro tente de conjuguer cinéma populaire et œuvres audacieuses, révélant les cinéastes de demain. Tous les films ne sortiront pas en salles, mais la sélection locarnaise fait l’effet d’un tremplin, permettant aux auteurs de sillonner ensuite des festivals du monde entier.
En 2025, le jury présidé par le Franco-Cambodgien Rithy Panh avait décerné le Léopard d’or à Un été en hiver (sortie prévue en mars 2027), du Japonais Sho Miyake (La Beauté du geste, 2023), peu identifié du grand public. Cette année, c’est au tour du Belge Fabrice du Welz de piloter le jury de la compétition.

Parmi les cinéastes des dix-sept longs métrages en lice pour la statuette fauve, le plus connu est sans conteste Hong Sang-soo. Familier de Locarno, le Sud-Coréen avait reçu en 2015 le Léopard d’or avec Un jour avec, un jour sans. Auteur d’une trentaine de longs-métrages minimalistes, le sexagénaire fait son retour avec Nowhere to Lay My Eyes, où l’on retrouve les acteurs fétiches Kim Min-hee (par ailleurs compagne du réalisateur) et Kwon Hae-hyo. Kim Min-hee campe une jeune femme rendant visite à sa mère qu’elle n’a pas vue depuis longtemps – en 2024, à Locarno, la comédienne recevait le prix d’interprétation pour By The Stream, du même Hong Sang-soo.
De même, vingt ans après avoir remporté le Léopard d’or avec son premier long-métrage, Les Etats nordiques (2006, inédit en France), le Canadien Denis Côté revient avec Violence du corps de l’autre. La Française Sarah Leonor (Ceux de la nuit, 2023) fait son entrée dans la compétition avec D’ici là, réunissant au casting Frank Beauvais (réalisateur du chef-d’œuvre Ne croyez surtout pas que je hurle, 2019), Laetitia Dosch et Dimitri Doré.
Identité et frontières
Signalons encore Objet a, d’Ann Oren, cinéaste et plasticienne israélienne, basée à Berlin, repérée pour son bluffant premier long-métrage, Piaffe (2022, inédit en France), déjà en compétition à Locarno. O Jacaré, du réalisateur suisse d’origine portugaise Basil da Cunha (O Fim do Mundo, 2022), est le nouvel opus d’une série de films tournés avec les habitants du quartier Reboleira de Lisbonne. Enfin, Je me réveille rarement en rêvant, de l’Allemande Isabelle Stever, suit un couple ukrainien queer, et travaille les questions d’identité et de frontières, au moment de l’invasion à grande échelle de la Russie, en 2022.
Il faudra être attentif aux œuvres sélectionnées dans les sections parallèles, autre lieu de découvertes. Dans l’écrin de « Cineasti del Presente », citons notamment Revolutionaries Never Die, du Palestinien Mohanad Yaqubi, autour de la figure de la cinéaste et reporter de guerre libanaise Jocelyne Saab (1948-2019), et de la résonance de son œuvre avec l’époque contemporaine ; mais aussi La Nuit, de l’artiste franco-britannique Béatrice Gibson, déambulation de six femmes dans Paris.

Le Français François-Jacques Ossang, dont l’œuvre revisite le polar et l’anticipation, mais aussi la poésie du muet, a fréquenté plus d’une fois Locarno, où il a obtenu le prix de la mise en scène en 2017 avec 9 Doigts. Il dévoilera cette année le court-métrage Tombe des rêves (Fuori Concorso), avec Alexis Manenti, Elvire, Pascal Greggory, et le compositeur Rurik Sallé.
Pour finir, la rétrospective intitulée « Rouge et noir. La gauche hollywoodienne et la liste noire », sous le commissariat du cinéaste iranien Ehsan Khoshbakht, apportera une touche politique, ainsi qu’un écho à l’actualité la plus contemporaine. En une cinquantaine de films, « Rouge et noir » revisite une période de résistance artistique farouche (avec des films d’Elia Kazan, de Joseph Losey, de Luis Buñuel, d’Ida Lupino, d’Elmer Clifton…) alors que durant la guerre froide, aux Etats-Unis, des voix d’extrême droite dénonçaient l’infiltration du communisme à Hollywood.
[Source : Le Monde]