"Ils se font trop d'argent": Donald Trump accuse les compagnies pétrolières américaines de profiter de la guerre en Iran

Aux États-Unis, Donald Trump s'en est pris aux grandes compagnies pétrolières américaines, lundi 3 août. Le président américain accuse ExxonMobil et Chevron de profiter de la guerre au Moyen-Orient pour engranger des bénéfices records. Le chef de l'État leur a réclamé une baisse des prix à la pompe.

Août 5, 2026 - 09:12
"Ils se font trop d'argent": Donald Trump accuse les compagnies pétrolières américaines de profiter de la guerre en Iran
Le président Donald Trump écoute lors d'une réunion consacrée aux familles de militaires, dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le lundi 3 août 2026, à Washington, aux États-Unis. Photo AP/Alex Brandon

"Cela ne me plaît pas. Ils sont en train de faire trop d'argent. En profitant des pénuries, ils se font trop d'argent", a déclaré le président américain, Donald Trump, à la presse, depuis la Maison Blanche. Vendredi 31 juillet, les deux groupes ont publié leurs résultats du deuxième trimestre. Le bénéfice net d'ExxonMobil a plus que doublé sur la période, à 14,5 milliards de dollars, contre 7,1 milliards un an plus tôt. Celui de Chevron a atteint 12,1 milliards de dollars, cinq fois plus qu'un an auparavant, une hausse de près de 400% selon CNBC.

Se présentant comme "un ardent défenseur de la libre entreprise", Donald Trump a cité les deux groupes parmi ceux ayant le plus profité des conséquences de la guerre au Moyen-Orient, initiée fin février par des frappes américaines et israéliennes en Iran, le 28 février selon CNBC. "Lorsque vous voyez qu'une entreprise a multiplié par douze fois ce qu'elle générait l'année précédente, elle se doit d'en redonner une partie au public", a-t-il insisté. Les géants pétroliers "ont tout intérêt à baisser les prix à la pompe", a-t-il ajouté.

Les deux groupes ont pourtant pris soin de ne pas établir de lien entre la hausse de leurs revenus et le conflit en cours. Le patron d'ExxonMobil a, par exemple, expliqué que la flambée des prix à la pompe tenait avant tout à un déficit de capacités de raffinage, prévenant que la facture resterait sans doute élevée encore quelque temps.

Chevron dans le viseur

Le président américain s'en est aussi pris nommément, au PDG de Chevron, Mike Wirth, à qui il reproche de ne pas avoir salué, lors d'une interview télévisée, le rôle de son administration dans le soutien aux compagnies pétrolières, notamment dans la reconstitution d'un marché au Venezuela, affirme BFMTV. 

"La seule chose qu'il a commodément oublié de mentionner, c'est que sans le génie, la clairvoyance, la force et la stabilité de l'Administration TRUMP, l'industrie pétrolière, et notre pays lui-même, seraient MORTS!", a écrit le président américain sur Truth Social. Il ajoute: "À titre d'exemple, ils ont expulsé Mike et Chevron du Venezuela, mais maintenant, ils sont de retour, bien plus grands et plus forts que jamais, et s'attendent à faire fortune!", avant d'élargir son avertissement à l'ensemble du secteur. "Cela vaut également pour les autres compagnies pétrolières… et faites BAISSER vos prix de détail à la consommation!, MAINTENANT!", a-t-il conclu.

Un enjeu électoral à trois mois des midterms

La hausse des prix de l'énergie est le principal moteur de l'inflation depuis le début de l'année aux Etats-Unis, et le pouvoir d'achat figure parmi les principales préoccupations des Américains à tout juste trois mois des élections de mi-mandat de novembre. L'inflation américaine, qui avait atteint son plus haut niveau en trois ans en mai, avait pourtant commencé à ralentir en juin, à 3,7% sur un an, selon BFMTV.

Le sujet est devenu hautement politique, les démocrates cherchant à capitaliser sur le ressenti des Américains en la matière, alors même que Donald Trump avait promis de réduire le coût de la vie durant sa campagne en vue de sa réélection, en 2024. "Les prix des carburants feraient bien de commencer à baisser beaucoup plus rapidement que ce que je vois", avait-il déjà écrit le 24 juin sur les réseaux sociaux, au moment où un cessez-le-feu au Moyen-Orient faisait chuter les cours.

La hausse des prix de l’essence et les inquiétudes liées au coût de la vie constituent un risque politique majeur pour le Parti républicain à l’approche des midterms, où Donald Trump pourrait perdre sa majorité à la Chambre des représentants, voire même le contrôle du Sénat. 

Le conflit au Moyen-Orient bloque quasiment complètement le trafic du détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement environ 20% du pétrole mondial. Il affecte également la production et a provoqué des dégâts sur des infrastructures, notamment au Qatar. Téhéran a, par ailleurs, essayé d’étouffer les exportations de pétrole via ce détroit, provoquant la perturbation de l’approvisionnement la plus importante jamais enregistrée, selon CNBC.

Prix du baril en hausse, profits records

Depuis les frappes du 28 février, les prix mondiaux du brut ont grimpé d'environ 20%, selon CNBC. Le baril américain s'est négocié en moyenne à 92 dollars entre avril et juin, soit 27% de plus qu'au premier trimestre, tandis que l'essence coûtait 4,10 dollars le gallon lundi 3 août, contre 2,98 dollars fin février avant le conflit, selon les données AAA citées par CNBC.

Le prix mondial du pétrole a toutefois chuté après l'annulation par Donald Trump d'une "attaque massive" prévue contre l'Iran ce week-end, une baisse qui ne s'est pas nécessairement répercutée à la pompe. Les résultats publiés la semaine dernière par ExxonMobil, Chevron, mais aussi Valero Energy et Marathon Petroleum, ont mis en évidence les gains tirés par les compagnies pétrolières américaines de la hausse des prix du brut et des marges de raffinage après le conflit avec l'Iran. Valero Energy a ainsi annoncé son bénéfice trimestriel le plus élevé depuis la crise énergétique de 2022, provoquée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie, tandis que Chevron a enregistré son meilleur résultat trimestriel en six ans.

Les déclarations du président américain ont eu des effets en Bourse, dès lundi. L’action Chevron a cédé près de 2% et celle d'ExxonMobil a légèrement reculé, selon CNBC. Les deux valeurs étaient déjà sous pression dans la matinée, les cours du brut ayant chuté d'environ 5% sur fond d'espoirs d'un dialogue entre Washington et Téhéran susceptible d'éviter une nouvelle escalade.

[Source : TV5Monde]