Les forêts d'Afrique centrale sont-elles en proie à des mégafeux d'après la carte mondiale des incendies de la NASA?

La NASA, l'agence spatiale américaine, publie en temps réel une carte mondiale des incendies. On peut y voir notamment les feux de forêts en France et en Espagne. Le rouge des incendies couvre aussi entièrement l'Afrique centrale et australe. Mais contrairement à ce qui se passe en Europe de l'Ouest, ces incendies sont volontaires.

Juil 30, 2026 - 10:00
Les forêts d'Afrique centrale sont-elles en proie à des mégafeux d'après la carte mondiale des incendies de la NASA?
Capture d'écran de la carte mondiale des incendies de la NASA. L'Afrique centrale et Madagascar apparaissent en rouge.

Selon la carte de la NASA, plus de 65.000 incendies sont en cours sur la planète. On y trouve des mégafeux dans une partie du Canada, les foyers des régions de Madrid et de Valence, de Gironde en France mais également en Europe du nord en Écosse. Les incendies qui ont ravagé une partie du nord de l'Algérie et de la Tunisie sont également répertoriés. 

Sur cette carte du monde de la NASA, ces incendies sont des points rouges. Et puis on observe cette immense tache rouge sur une grande partie de l'Afrique centrale et de l'Afrique australe, suggérant des feux d'une ampleur inédite sur cette partie du continent africain. Sont concernés des pays comme la RD Congo, l'Angola, la Zambie, la Tanzanie, le Malawi, le Mozambique ou Madagascar. 

L'agriculture sur brûlis

En fait, en grande majorité, il ne s'agit pas de mégafeux mais d'une successions de petits foyers sur des surfaces qui ne dépassent pas souvent les 0,5 hectares. Des agriculteurs, des paysans, décident de défricher souvent une partie de la forêt tropicale.  Il s'agit de ce que l'on appelle l'agriculture itinérante sur brûlis. 

Cette méthode de subsistance consiste d'abord à couper la forêt, sa végétation dans un premier temps. Puis on laisse, les branches, les feuilles, les herbes, ce que l'on appelle la biomasse, sécher. Lorsque cette biomasse est sèche après plusieurs semaines, les agriculteurs y mettent le feu. Le feu part très vite mais il reste contrôlé. Les cendres permettent de libérer des nutriments, des engrais pour la future culture du sol, notamment de la potasse et du phosphate. On y sème quelques fois du manioc lorsque la cendre est encore chaude. 

La parcelle est cultivée puis abandonnée ou mise en jachère. Mais la forêt peut mettre du temps à se régénérer. Le paysan doit alors brûler une autre parcelle de la forêt. Contrairement à ce qui se passe en Europe ou au Canada ou en Méditerranée, ces feux, qui ont lieu lors de la saison sèche, sont assumées par les populations locales. 

Amazon fôret

Illustration d'une agriculture sur brûlis dans la fôret de l'Amazonie le 6 septembre 2023. La végétation a été coupée avant d'être brulée (AP Photo/Edmar Barros).

Des millions de paysans allument alors de petits foyers en même temps sur toute la région. Et l’accumulation de ces points rouges sur la carte de la NASA donne l’illusion visuelle d’un immense brasier en continu. 

Cette agriculture sur brûlis, même si souvent le feu est sous contrôle, n'est pas sans causée des problèmes environnementaux. Selon la revue universitaire de sciences de l'environnement Vertigo, la RD Congo a perdu entre 2002 et 2024 plus de 7,5 millions d'hectares de forêt primaire. Face à la pression démographique dans le bassin du Congo, les temps de jachère ou de régénération des parcelles sont de plus en courts. Les sols s'épuisent, la surface de la forêt recule. 

C'est ce que souligne cette revue scientifique. La surface de la forêt du bassin du Congo recule. L'agriculture sur brûlis constitue la principale menace pour la forêt dans la région. Le territoire de Kamonia en RD Congo, qui fait 26.000 kilomètres carrés a perdu définitivement en 6 ans entre 2018 et 2024 plus de 900 kilomètre carrés de forêt, selon la revue scientifique Vertigo. 

La forêt du bassin du Congo est essentielle pourtant dans la lutte contre le changement climatique. Elle communément comparée au "poumon vert" de la planète, avec l'Amazonie. Elle couvre une superficie d'environ 2 millions de km2 sur plusieurs pays, dont une moitié en RD Congo, et le reste dans les pays voisins (Gabon, Congo, Cameroun et Centrafrique).

Foret au Gabon

Image de forêt de la réserve de Lope au Gabon, le 4 juillet 2001 (AP Photo/Saurabh Das). La forêt du bassin du Congo est le deuxième poumon vert de la planète.

Lors de la COP de 2019, le gouvernement de RD Congo s'était engagé à ce que la forêt reste à un peu plus de 60% du territoire du pays. Le tout nouveau président de la RD Congo Félix Tshisekedi avait alors lancé : "au rythme actuel d'accroissement de la population et de nos besoins en énergie, nos forêts sont menacées de disparition à l'horizon 2100". 

Selon l'ONG Global Forest Watch, de 2001 à 2025, la République Démocratique du Congo a perdu 8.1M ha de forêts primaires humides, ce qui représente 36% de sa perte totale de la couverture arborée au cours de la même période. 

[Source : TV5Monde]