Bras armé de l'Iran au cœur de l'Irak, qui sont ces milices chiites frappées par les États-Unis et l'Arabie saoudite?

L'Irak a été visé par des frappes des États-Unis et de l'Arabie saoudite, ce œmercredi 29 juillet au matin. L'armée américaine a précisé que des proxys iraniens étaient ciblés. Il s'agirait plus particulièrement des paramilitaires des Forces de mobilisation populaire (FPM), intégrés à l'armée irakienne.

Juil 30, 2026 - 09:51
Bras armé de l'Iran au cœur de l'Irak, qui sont ces milices chiites frappées par les États-Unis et l'Arabie saoudite?
Des membres des Forces de mobilisation populaire (FMP) assistent aux funérailles de combattants tués lors d'une frappe aérienne américaine, à Tal Afar, dans la province de Ninive, au nord de Bagdad, en Irak, le jeudi 2 avril 2026. (Photo Associated Press/Hadi Mizban

Les frappes des États-Unis et de l'Arabie saoudite ont visé l'Irak ce mercredi 29 juillet au matin. Elles ont été lancées en réponse aux dernières 72 heures, pendant lesquelles au moins 30 drones ont visé des infrastructures pétrolières saoudiennes, ainsi que des forces américaines, a affirmé le Commandement central de l'armée américaine (CENTCOM). Les proxys iraniens - des groupes armés non étatiques servant l'intérêt de l'Iran - ont obéi aux ordres du Corps des gardiens de la révolution iranien et ont frappé les intérêts américains et saoudiens, a estimé le CENTCOM.

Parmi ces proxys figurent les Unités ou Forces de mobilisation populaire (FMP). À majorité chiite, ce groupe de paramilitaires a affirmé ce mercredi avoir perdu au moins 20 de ses membres dans l'attaque américano-saoudienne. Le groupe a également déclaré au moins 32 blessés dans ses rangs, cité par la chaîne britannique BBC.

Le service de sécurité de l’État irakien infiltré par l’Iran

Les FMP sont une "coalition regroupant principalement des milices musulmanes chiites, officiellement intégrée aux forces armées irakiennes", a détaillé la BBC, qui parle d'une "coalition de plusieurs groupes soutenus par l'Iran, eux-mêmes intégrés au réseau de forces supplétives que Téhéran utilise depuis des années pour servir ses intérêts au Moyen-Orient". Selon nos confrères, ce n'est pas la première fois que les FMP s'en prennent aux forces ou aux intérêts américains en Irak. Leur objectif est de pousser au départ du pays de l'armée américaine. En face, les États-Unis ont "régulièrement riposté". 

L'Iran a démenti être derrière les attaques de drones contre les intérêts américains et saoudiens, parlant d'une "grave erreur de calcul" de la part des États-Unis, a rapporté l'agence de presse britannique Reuters. De son côté, le Premier ministre irakien, Ali al-Zaidi a annoncé l'ouverture d'une enquête pour identifier les auteurs des attaques de drones lancées depuis le territoire irakien. 

Les FMP sont décrits par l'Institut sur l'étude de la guerre américain (ISW) comme un"service de sécurité de l’État irakien infiltré par l’Iran, qui s’en sert pour exercer une influence considérable en Irak". Ces paramilitaires soutenus par l'Iran permettent à Téhéran "de poursuivre ses objectifs en Irak tout en dissimulant son implication réelle dans les affaires intérieures du pays", a estimé le groupe de réflexion. 

La crainte d'une guerre civile en Irak 

Initialement créés pour venir à bout de l'État islamique en Irak et au Levant, les Forces de mobilisation populaire (FMP) sont peu à peu devenues une structure regroupant des milices chiites liées de manière étroite à l'Iran. Aujourd'hui, certaines d'entre elles sont inscrites sur la liste américaine des organisations terroristes étrangères. 

On leur impute également la mort de centaines de militaires américains en Irak, entre 2003 et 2011, précise l'ISW. Les FMP sont placées directement sous l'autorité du Premier ministre irakien. "Dans les faits, toutefois, une grande partie des milices composant les FMP ainsi que leurs principaux dirigeants demeurent davantage redevables à l'Iran qu'au gouvernement irakien", relève l'ISW. 

Mais comment le tir massif de drones n'a-t-il pas été repéré par l'État irakien? Pour Slimane Zeghidour, éditorialiste à TV5MONDE, l'État peut voir tout ce qu'il se passe sur son territoire, mais ne "peut pas ou ne veut pas" forcément intervenir, par crainte d'une "guerre civile", les chiites étant la communauté majoritaire en Irak. 

"Tu t'attaques aux milices chiites en Irak, tu t'attaques à la majorité de la population", estime Slimane Zeghidour, qui rappelle que les chiites irakiens ont toujours été opprimés par la minorité sunnite et par les Kurdes. D'autre part, les chiites irakiens voient l'Iran comme leur "protecteur", en cas de grabuge. 

[Source: TV5Monde]