Vers la fin du « chiqué » au football ? L’Angleterre teste une solution
Alors que les exemples de gardiens feignant des blessures pour gagner du temps ou obtenir des temps morts tactiques semblent se multiplier, la fédération anglaise va instaurer une nouvelle règle pour éradiquer le phénomène.
« Tout le monde sait pourquoi il était par terre. » Le 29 novembre 2025, Daniel Farke, l’entraîneur de Leeds, avait regretté le comportement du gardien de Manchester City, Gianluigi Donnarumma, l’accusant de « tordre les règles ». Alors que Leeds poussait pour égaliser face à une équipe adverse quelque peu désemparée, le portier des Citizens s’était assis sur le terrain, provoquant un arrêt de jeu de deux minutes.
En football, la rencontre ne peut pas reprendre sans gardien. L’arbitre et les joueurs doivent donc attendre qu’il retrouve sa place ou qu’il soit remplacé. Ces secondes cruciales sont parfois utilisées pour casser le rythme ou provoquer des temps morts tactiques.
C’est ce qui s’était produit en ce mois de novembre. L’entraîneur de Manchester City, Pep Guardiola, avait profité de l’interruption pour faire passer de nouvelles consignes à ses joueurs, avant que son gardien ne se relève sans le moindre souci apparent et ne finisse le match. « Ça ne contrevient pas aux règles, c’est intelligent, avait reconnu Daniel Farke, désabusé. Nous ne pouvons rien faire. »
Gianluigi Donnarumma et Manchester City sont loin d’être les seuls à avoir agi de la sorte la saison passée. Lors de la conférence de presse d’après match, un journaliste soulignait que Tottenham ou encore l’équipe nationale anglaise avaient agi de la même façon un peu plus tôt. En décembre 2025, l’ancien joueur Gary Neville, devenu commentateur,avait suggéré que le gardien de Newcastle s’était mis au sol à la demande d’un de ses coéquipiers qui relayait les ordres de son entraîneur. En mars, Arsenal et son gardien, David Raya étaient, à leur tour, accusés d’avoir feint des blessurespour gagner du temps. Lors de la demi-finale de la Coupe d’Angleterre, c’est le gardien de Chelsea qui avait été hué par les supporteurs de Leeds après qu’il se fut assis sur le terrain. Il avait ensuite repris sa place et avait fini le match, remporté par les Blues (1-0).
« C’est aux autorités de trouver une solution », avait réclamé Daniel Farke, en conférence de presse après le match perdu contre Manchester City (2-3). Le message semble être passé. La Fédération anglaise de football (FA) a fait savoir, lundi 27 juillet, qu’elle avait reçu l’accord de l’International Football Association Board (IFAB), l’organe garant des lois du football, pour instaurer dans ses compétitions une nouvelle règle pour la saison à venir « afin de préserver le rythme et la fluidité des matchs ». Un dispositif testé dès samedi 1er août, lors d’une rencontre du tour préliminaire de la Coupe de la Ligue anglaise (Carabao Cup), entre Tranmere et Rochdale.
Un possible « changement permanent »
Désormais, si le match est arrêté en raison d’une blessure de gardien, l’entraîneur devra choisir quel joueur de champ devra quitter le terrain immédiatement. Ce joueur ne pourra refaire son entrée qu’une minute après la reprise du jeu afin de « s’assurer que les vraies blessures continuent de recevoir des soins médicaux appropriés, tout en éliminant tout avantage sportif potentiel lié aux interruptions de jeu », détaille la fédération anglaise. Selon Sky Sports, si aucun joueur n’est désigné, c’est le capitaine qui devra quitter le terrain.
Des exceptions sont cependant garanties : aucun joueur n’aura besoin de quitter le terrain si l’arbitre avait préalablement signalé une faute sur le gardien en question, si celui-ci reste au sol après une collision avec un autre joueur ou s’il saigne.
La BBC rappelle que le président de la commission des arbitres de la Fédération internationale de football, l’Italien Pierluigi Collina, avait d’ailleurs, dès février, fait de la question des fausses blessures de gardiens une de ses priorités, dans un contexte de chasse générale aux minutes de jeu effectives perdues. Mais l’ancien arbitre international avait tenté de le résoudre d’une autre façon : en empêchant les joueurs de s’approcher de la zone technique dévolue aux entraîneurs pendant les arrêts de jeu. « L’efficacité de la mesure prêtait à discussion », estime le média britannique, rappelant que l’introduction de « pauses fraîcheur » instaurait par défaut des pauses tactiques de trois minutes au milieu de chaque période.
« Avec un peu de chance, nous verrons disparaître toutes ces absurdités, et la nouvelle réglementation fera disparaître le problème en douceur », se réjouit The Athletic. Le site sportif note cependant que cela pourrait avoir des conséquences inattendues et imagine un scénario ou un gardien vraiment blessé en viendrait à refuser l’intervention de l’équipe médicale pour éviter de jouer avec un homme en moins, avant de concéder un but, alors qu’il est diminué. Selon la BBC, l’IFAB suivra l’efficacité de cette nouvelle mesure au fil de la saison. En cas de succès, « cela pourrait amener un changement permanent et mondial de la règle à partir de la saison 2027-2028 ».
[Source : Le Monde]