Cristiano Ronaldo, icône fragilisée, amorce timidement son retour en grâce en Coupe du monde
Vivement critiqué après son premier match, le capitaine portugais a inscrit un doublé, mardi 23 juin, et contribué à la large victoire (5-0) de sa sélection face à l’Ouzbékistan. Il est le premier joueur à avoir marqué lors de six Coupes du monde.
Allait-on assister à la chute fatale ou à la rédemption de l’icône lusitanienne Cristiano Ronaldo ? Telle était la question qui planait sur la rencontre entre le Portugal et l’Ouzbékistan, mardi 23 juin à Houston (Texas), pour la deuxième journée de la phase de groupes de la Coupe du monde 2026. Et, sans éteindre les controverses et les critiques très vives autour de son rôle de capitaine titulaire de la Seleçao das Quinas, l’attaquant de 41 ans (et 138 jours) s’est donné un peu d’air en étant, par son doublé, l’un des artisans du large succès (5-0) de sa formation face à la très friable sélection d’Asie centrale, novice dans le tournoi planétaire.
Sans faire injure à l’Ouzbékistan, 58e nation au classement de la Fédération internationale de football (FIFA), il convient de relativiser la performance de Cristiano Ronaldo, auteur dans le Texas de ses neuvième et dixième buts en Coupe du monde. Sur le plan statistique, le quintuple Ballon d’or dépasse d’une réalisation son défunt compatriote Eusebio (9 buts lors de l’édition 1966), mais il est aujourd’hui devancé de huit unités par son éternel rival argentin Lionel Messi, 38 ans, et meilleur canonnier de l’histoire du tournoi. En revanche, le natif de Madère est le premier joueur à avoir marqué à chacune de ses six participations à la compétition.
Symboliquement, Cristiano Ronaldo – que les médias européens qualifient régulièrement de « préretraité » depuis qu’il a rejoint en 2023 Al-Nassr, dans le très lucratif championnat d’Arabie saoudite – a amorcé timidement son retour en grâce en faisant trembler les filets quand le Portugal en avait besoin. Deuxième joueur le plus âgé du Mondial 2026 derrière le gardien écossais Craig Gordon (43 ans), « CR7 » était particulièrement attendu au tournant après sa pâle performance – aucun tir cadré – contre la République démocratique du Congo (1-1), le 17 juin. Cette entrée en lice ratée avait conduit journalistes et supporteurs portugais à remettre une nouvelle fois en cause le statut d’indéboulonnable titulaire du quadragénaire.
Depuis son intronisation en 2023, le sélectionneur Roberto Martinez n’a jamais retiré sa confiance à son avant-centre. « Ça n’a aucun sens de laisser sur le banc le meilleur buteur du football mondial lors d’un match où l’on a besoin de buts », a balayé, avant le match, le technicien espagnol, les yeux rivés sur les folles statistiques de Ronaldo. Ce dernier n’est-il pas, à ce jour, l’homme le plus capé et le plus efficace de l’histoire du football international (230 sélections pour 145 réalisations), capable de porter le Portugal jusqu’au sacre en Ligue des nations en 2025 ?
Climat de défiance
Prudent, Roberto Martinez n’a pas souhaité imiter son prédécesseur, Fernando Santos. Ce dernier avait eu l’audace de reléguer l’icône vieillissante sur le banc des remplaçants, lors des huitièmes et quarts de finale du Mondial 2022, au Qatar. Un crime de lèse-majesté aux yeux de « CR7 », sacré à l’Euro 2016, alors que la sélection a été éliminée sans gloire par le Maroc, aux portes du dernier carré du tournoi.
Signe du climat de défiance du moment, l’idole fragilisée a d’abord été accueillie, au Houston Stadium, par quelques sifflets lors de l’échauffement. Le visage crispé, le vétéran a clairement fait son âge lorsqu’il a raté, d’un cheveu, un joli centre venu de la gauche dès l’entame du match. Après six minutes, ses vieilles cannes n’ont pas tremblé quand il a ouvert le score d’une belle demi-volée du pied droit.
Taxé d’individualisme, le capitaine portugais a su, cette fois, faire preuve d’altruisme au quart d’heure de jeu. Les jambes écartées, il a fait mine de vouloir tirer un coup franc aux abords de la surface, laissant, in fine, son partenaire Nuno Mendes expédier un missile et doubler le score. Avant la mi-temps, d’une subtile frappe croisée, l’enfant de Funchal a triplé la mise, bien décalé par Bruno Fernandes. La star a alors célébré son but en exécutant, les bras tendus, sa traditionnelle chorégraphie agrémentée de son fameux cri de rage : « Siuuu ».
Mais au Houston Stadium, Ronaldo a aussi fait sa diva, obnubilée par sa propre marque et sa légende. Malgré quelques belles inspirations, l’icône a beaucoup marché, souvent râlé et a parfois donné l’impression de peiner à se démarquer. Loin du niveau affiché par les vraies stars de l’équipe : le trio du Paris-Saint-Germain formé par l’arrière gauche Nuno Mendes et les milieux Joao Neves et Vitinha.
« Une bonne réponse » aux critiques
Elu homme du match, deuxième plus vieux joueur derrière le Camerounais Roger Milla (42 ans, en 1994) à marquer lors d’un Mondial, Cristiano Ronaldo a considéré que sa performance était « une bonne réponse » aux critiques : « Ça a été une semaine très difficile, une semaine où l’opinion publique a été très dure surtout avec moi et l’entraîneur, mais c’est toujours comme ça. Je trace ma route. J’ai vingt-trois ans de carrière et, à chaque fois que les choses vont bien, “c’est Cristiano”, et quand ça va mal, “il est fini, il est vieux”. Ce sera toujours comme ça. »
En conférence de presse, Roberto Martinez a pris la défense de son capitaine, « un modèle, une icône expérimentée, une référence » qui doit son incroyable carrière à la « combinaison de la génétique et du travail. » Le sélectionneur de l’Ouzbékistan, Fabio Cannavaro, est, lui aussi venu à la rescousse du joueur. « Il fait partie de l’histoire, a loué l’ex-défenseur italien. Si vous lui laissez le moindre centimètre dans la surface, vous êtes mort. »
Pour Cristiano Ronaldo et ses partenaires, la marche sera plus haute, samedi 27 juin, contre la Colombie, à Miami (Floride), pour la dernière journée de la phase de groupes. Dans cette finale du groupe K, le vétéran, en pleine opération rachat, devra prouver qu’il est bel et bien sur le chemin de la rédemption.
[Source: Le Monde]