Le transfert de Thomas Ramos, dernier exemple d’un marché du rugby très singulier

L’arrière toulousain s’apprête à rejoindre le Racing 92, mais disputera une dernière saison avec le Stade toulousain en 2026-2027. Une situation courante dans l’Ovalie, où les transferts payants sont rares, mais les moyens de recruter, nombreux.

Août 8, 2026 - 14:49
Le transfert de Thomas Ramos, dernier exemple d’un marché du rugby très singulier
L’arrière Thomas Ramos lors du match de Champions Cup entre le Stade toulousain et Bristol, au stade Ernest-Wallon de Toulouse, le 4 avril 2026. MATTHIEU RONDEL / AFP

Un petit communiqué pour un gros tremblement de terre. Mardi 4 août, le Stade toulousain a annoncé sur ses réseaux sociaux le départ en 2027 de son arrière et buteur Thomas Ramos, qui partira « relever un nouveau défi sportif » du côté du Racing 92. Une mutation improbable pour le joueur de 31 ans, sextuple champion de France, destiné à terminer sa carrière là où elle avait commencé… et même à y prolonger le plaisir. « C’est un garçon brillant. Il pourrait prendre ma place et je pense qu’il la prendra dans pas longtemps », affirmait son entraîneur Ugo Mola en 2023, ravi de disposer d’un « coach du terrain » sur la pelouse.

L’histoire ne dit pas encore quelle direction prendra la vie professionnelle du natif de Mazamet (Tarn) quand sonnera l’heure de la retraite, ni s’il reviendra s’installer dans le Sud. En attendant, il lui reste quelques titres à viser avec le XV de France, le Racing 92 et… le Stade toulousain. Car s’il a bien paraphé un contrat de trois ans avec les Ciel et Blanc, Thomas Ramos restera chez les Rouge et Noir lors de la saison qui va débuter le 5 septembre.

C’est donc avec le maillot toulousain qu’il disputera les rencontres du championnat entre les deux clubs, les week-ends du 5 au 6 décembre et du 27 au 28 février 2027, ainsi que d’éventuels duels en phases finales de Top 14 ou de Coupe d’Europe. Des sentiments ambivalents pourraient le traverser avant ces rencontres. Il pourra les confier à David Mélé, l’un de ses coachs, s’il en ressent le besoin.

En 2018, celui qui était alors demi de mêlée de Grenoble disputait la finale de ProD2 – avec à la clé une place en Top 14 à la saison suivante – face à Perpignan… club qu’il s’apprêtait à rejoindre après avoir signé un contrat six mois plus tôt. « Ce que je veux, c’est être champion, pas que mon futur club le soit ! », assurait-il alors, avant de s’incliner. L’histoire s’était finalement bien terminée pour ses coéquipiers, promus la semaine suivante grâce à une victoire sur Oyonnax (Ain), lors d’un barrage d’accession.

Peu de transferts payants

Des cas comme ceux de Thomas Ramos ou David Mélé, l’histoire du rugby français en regorge. Contrairement au football, le calendrier de l’Ovalie n’est pas régi par des fenêtres de transfert strictes. Pour discuter avec un joueur, une seule règle : attendre qu’il soit dans la dernière année de son contrat. Dans le cas contraire, « l’accord écrit du président du club auquel [le joueur] est lié est obligatoire », indique la Ligue nationale de rugby (LNR).

Ce protocole vaut pour la France et pour tous les autres pays comme l’indique le World Rugby – la fédération internationale – dans son règlement. Difficile donc, en théorie, d’approcher un joueur lié pour plusieurs saisons avec une équipe. Ceux en obtenant l’autorisation ont l’opportunité rare d’anticiper le futur à long terme. Ou à très court terme, s’ils négocient un transfert payant pour racheter avec effet immédiat les dernières années de contrat.

Un système courant dans le monde du football, où les achats à coups de dizaines de millions d’euros sont quotidiens en période de mercato. Dans le rugby, ils sont bien moins habituels et ne dépassent jamais ou presque le million d’euros d’indemnités. L’un des derniers transferts d’envergure, celui de l’international Melvyn Jaminet de Perpignan à Toulouse en 2022, s’était conclu par un échec sportif et des amendes pour les Rouge et Noir, accusés d’avoir mis en place un montage financier pour contourner les règles du salary cap – la masse salariale maximale par club et par saison, fixée à 11 millions d’euros en 2026-2027 – dans l’opération.

Le total de ce plafond prenant en compte les sommes dépensées dans d’éventuels transferts payants, les dirigeants sont doublement réticents à sortir le chéquier. D’autant que même sans utiliser ce levier, la plupart des clubs s’en approchent déjà dangereusement. A l’image du Stade toulousain, qui n’a donc pas pu proposer un salaire mirobolant à Thomas Ramos pour tenter de le conserver.

Des jokers possibles

Outre les rachats de contrat, chaque club dispose d’un large arsenal pour faire évoluer son effectif. Le dispositif des « jokers médicaux » offre ainsi la possibilité de recruter deux joueurs par saison pour suppléer des blessés, et même plus s’ils évoluent en première ligne. « Le système retenu par la LNR poursuit un double objectif : préserver la stabilité des effectifs tout en permettant aux clubs de faire face aux aléas d’une saison sportive », indique la Ligue.

Ces chassés-croisés entre les clubs peuvent provoquer quelques situations étranges, comme celle vécue par Gaël Fickou en 2021. Alors au Stade français, ce dernier avait profité de sa dernière année de contrat pour sonder le marché et signer quatre ans au Racing 92 à partir de juillet. L’international tricolore avait finalement déménagé dans les Hauts-de-Seine avec deux mois d’avance, engagé en tant que joker médical après avoir été libéré de son engagement par le Stade français.

Les clubs peuvent aussi avoir recours aux précontrats, valant accord de principe entre une équipe et un joueur avant de signer un vrai engagement, parfois plusieurs mois plus tard. « Le terme de précontrat ne correspond pas à une catégorie juridique spécifique définie par le règlement de la LNR », note néanmoins la Ligue. Concrètement, ces précontrats n’engagent véritablement personne et peuvent être rompus aussi vite qu’ils ont été signés. Surtout quand ils sont paraphés tôt dans la saison, et que le statut du joueur évolue dans le club qu’il était décidé à quitter, lui donnant envie, finalement, de prolonger son bail.

[Source : Le Monde]