Cristiano Ronaldo ou « l’ombre triste d’un grand footballeur », selon la presse internationale
Titulaire pour l’entrée en lice du Portugal face à la République démocratique du Congo (1-1), mercredi 17 juin, l’attaquant de 41 ans concentre les critiques après sa piètre prestation.
Il ne manque qu’une Coupe du monde à son riche palmarès. Cristiano Ronaldo, 41 ans et 143 buts en 229 sélections, a presque tout gagné. Mercredi 17 juin, il a débuté un nouveau Mondial et rejoint ainsi son rival argentin Lionel Messi dans le club très fermé des joueurs qui ont disputé six fois la compétition. Mais, titularisé à la pointe de l’attaque portugaise face à la République démocratique du Congo (RDC), pour le premier match du groupe K, le quintuple Ballon d’or a donné à la presse internationale le spectacle d’un joueur rattrapé par son âge et déconnecté de son équipe.
Depuis les tribunes, des supporteurs congolais l’ont chambré en scandant « Messi ! Messi ! » Sur le terrain, l’attaquant d’Al-Nassr (Arabie saoudite) n’a touché que 25 ballons et tenté trois tirs, sans jamais les cadrer. C’est son plus faible total sur quatre-vingt-dix minutes dans un grand tournoi avec la Seleçao. Et si l’on ajoute qu’il n’a remporté qu’un seul de ses duels… Ronaldo n’est plus que l’« ombre triste du grand footballeur qu’il a été », titre le média nord-américain The Athletic. « Peu mobile sur le front de l’attaque si ce n’est pour reculer, s’éloigner de la surface et toucher le ballon – sans conséquence – dans des zones qui ne représentaient de danger pour personne, on voyait Cristiano de temps en temps, mais il restait en réalité invisible », écrit l’hebdomadaire lisboète Expresso, qui le juge « inoffensif ».
« Derrière ce néant, il y a un nom : celui de Mbemba et de la muraille congolaise qu’il a orchestrée, refusant à la Seleçao le moindre espace dans la surface », souligne le média numérique Beto depuis Kinshasa. Si le capitaine de la RDC a fait un match plein, la presse anglophone et hispanophone met en cause les choix et l’attitude du capitaine portugais. Pour le quotidien madrilène As, Cristiano Ronaldo était davantage « obsédé par l’envie de satisfaire le public », qui l’a acclamé à chaque fois qu’il a touché le ballon, que par « la possibilité de marquer ».
« Pour son premier tir, le joueur de 41 ans a manqué le cadre alors qu’il aurait dû laisser le ballon à Bruno Fernandes, démarqué derrière lui et visiblement agacé », relève le quotidien britannique The Independent. A l’issue de la rencontre, l’attaquant portugais a aussi été le premier à regagner les vestiaires, seul, pendant que ses coéquipiers applaudissaient leurs supporteurs depuis le rond central. The Athletic se garde d’y voir un geste délibéré, mais considère que « la métaphore » de son « inutilité auprès de ses coéquipiers » n’était « pas particulièrement subtile ».
« La foi ne suffit pas »
Le média nord-américain déplace cependant une partie de la responsabilité de cette contre-performance vers Roberto Martinez, le sélectionneur du Portugal. Il « continue d’aligner un joueur de 41 ans qui se contente de se promener sur le terrain sans représenter de menace offensive, en tant que fer de lance d’un groupe d’ailiers et de milieux de terrain parmi les plus talentueux de la Coupe du monde », regrette-t-il.
« Les grands noms de cette équipe du Portugal quittaient le terrain les uns après les autres. Tous sauf un », ironise Marca, quotidien sportif espagnol. Au Portugal, Publico estime que la Seleçao est restée « prisonnière », notamment, « de sa foi en Ronaldo ». « Or, la foi ne suffit pas – encore moins avec le Ronaldo d’aujourd’hui ». Cette sélection « ne donne pas le sentiment d’une équipe heureuse », observe de son côté le quotidien britannique The Times, et il est « impossible » de « dissocier cette tension de Ronaldo, dont les exigences sur mesure obligent cette équipe à se réorganiser pour le servir. »
Le contraste avec Lionel Messi, auteur la veille d’un triplé contre l’Algérie lors de la victoire de l’Argentine (3-0), est cruel et nourrit encore davantage les critiques. « L’Argentin a démontré que son talent est intemporel », écrit The Times, tandis que le match nul portugais a illustré, selon le journal, la difficulté de gagner une Coupe du monde « avec une équipe composée de dix hommes et d’une statue ».
Aussi sévère que puisse se montrer la presse internationale, elle reconnaît volontiers à l’attaquant d’Al-Nassr une capacité encore stupéfiante : celle de déplacer les foules. A 41 ans, il est encore capable « de remplir à lui seul des stades comme celui de Houston », qui compte près de 68 000 places, relève As. Dès l’échauffement, des milliers de spectateurs « ont repris le “siuuu” popularisé par le joueur [qui célèbre par un grand “oui” ces buts] », relate Expresso, qui a également noté que son nom a ensuite été scandé dès la première minute. Sur son compte Instagram, Ronaldo a envoyé un message à ses 666 millions de followers : « Ce n’était pas le début que nous voulions, mais c’est loin d’être terminé. Tête haute, pensons déjà au prochain match. »
[Source : Le Monde]