Face à la concurrence du PSG, le Paris FC au défi de la construction d’une base populaire
Les deux clubs de la capitale se retrouvent sur le terrain, dimanche, pour la première fois depuis la montée du PFC en Ligue 1. Alors que son encombrant voisin jouit d’une popularité sans précédent, le promu tente, lui, d’élargir sa base de supporteurs.
Un simple élément de langage peut parfois en dire long. Antoine Arnault n’a jamais caché son attachement au Paris Saint-Germain (PSG), mais en évoquant la « corbeille » du Parc des Princes, cette partie du stade où les invités VIP les plus importants s’installent – aujourd’hui mieux connue sous le nom de « carré » –, le fils de l’homme le plus riche de France a rappelé qu’il est un fin connaisseur et fan de longue date du club.
C’est précisément à cet endroit qu’Antoine Arnault, dont la famille a acquis la majorité des parts du Paris FC (PFC) en novembre 2024, prendra place, dimanche 4 janvier, en clôture de la 17e journée du championnat de France de football, pour assister au premier derby entre les deux équipes de la capitale depuis la saison 1978-1979. « Désormais, je suis supporteur du PFC et même plus que supporteur », assurait l’homme d’affaires, le 8 décembre. Avant de concéder : « Ce match aura tout de même une saveur particulière. »
Ce jour-là, Antoine Arnault présentait aux médias le projet d’agrandissement du centre d’entraînement de son équipe, à Orly (Val-de-Marne), une étape supplémentaire de son développement. Pour continuer de croître, le promu aux grandes ambitions, 14ᵉ de Ligue 1 à l’entame de cette 17e journée, doit se constituer une base populaire et attirer de nouveaux fans, à l’instar de son propriétaire ou de Pierre Ferracci avant lui. « J’ai aussi été abonné [au PSG], mais ça passe. On l’oublie un peu tout en le respectant », souriait, lors de ce même point presse, le président du PFC depuis 2012.
Leur profil d’ancien inconditionnel des champions de France n’est cependant pas celui que cherche à fidéliser la deuxième équipe de Paris. « Il ne faut pas opposer le PSG et le PFC. Eux, c’est eux, nous, c’est nous. Je crois que nous sommes en train de construire, doucement mais sûrement, cette base populaire et authentique qui correspond à l’esprit du PFC », estime Jean-Marc Gallot, directeur général du club, qui a pris ses quartiers l’été dernier au stade Jean-Bouin… à moins de 45 mètres du Parc des Princes.
Une politique tarifaire abordable
Dans sa quête de nouveaux publics, la deuxième équipe de la capitale cherche un chemin parallèle à celui de son encombrant voisin, dont la popularité n’a jamais été aussi importante que depuis son sacre européen en mai 2025. La formation entraînée par Stéphane Gilli entend notamment profiter de l’immensité du bassin francilien. « Il y a douze millions de personnes en Ile-de-France, donc je suis convaincu qu’il y a largement de quoi remplir Jean-Bouin », insistait d’ailleurs Pierre Rabadan, adjoint aux sports à la mairie de Paris, quelques semaines après l’annonce du rachat du PFC.
De fait, depuis le début de la saison, l’affluence moyenne dans l’antre du promu est encourageante, avec 17 091 spectateurs par match, sur les 19 600 places que compte son écrin. La politique de gratuité, instaurée en novembre 2023 par le PFC au stade Charléty, avait déjà permis d’attirer de nouveaux fidèles et de doubler le nombre de personnes présentes dans les tribunes lors des rencontres de Ligue 2.
Cette opération a été largement réduite après l’arrivée dans l’élite, mais le club pratique une politique tarifaire abordable, comparée notamment à celle en vigueur au Parc des Princes. « On souhaite donner l’opportunité à des familles et des personnes, qui ne pouvaient pas se le permettre jusqu’à présent, d’aller voir des matchs de Ligue 1 », assure Jean-Marc Gallot, qui souligne que le PFC a rapidement trouvé, dans l’été, ses 7 000 abonnés pour la saison en cours.
« Créer des habitudes, une histoire commune »
Cette démarcation dans l’accès au football de haut niveau permet au promu de compenser son « nomadisme » – il a occupé plusieurs stades dans Paris avant de s’installer dans l’ouest de la capitale, à Jean-Bouin – et une « histoire sportive pas très claire pour le grand public », estime Ludovic Lestrelin, enseignant à l’université de Caen-Normandie et auteur du livre Sociologie des supporters (La Découverte, 2022).
Au-delà de l’accent que le PFC souhaite mettre sur la formation des jeunes joueurs franciliens et sur sa section féminine, le chercheur estime qu’il peut miser sur un autre élément différenciant : « Le PSG a déjà tout gagné, c’est presque trop facile d’être supporteur. En rejoignant le PFC, il y a cette idée d’accompagner un projet en construction, ce qui est intéressant. L’enjeu pour le club est désormais de créer des habitudes, une culture commune. »
Celle-ci permettrait à l’équipe détenue par la famille Arnault d’éviter de se retrouver entourée par des fans des équipes adverses sur ses propres terres, comme lors des matchs contre l’Olympique lyonnais, le 29 octobre, et contre le Stade rennais, le 7 novembre. Les aficionados rhodaniens et bretons avaient ainsi pris place en dehors du parcage visiteurs, à plusieurs endroits du stade Jean-Bouin. « A nous de construire une base de fans absolus du PFC pour laisser moins de place aux Parisiens originaires de province », admet Jean-Marc Gallot.
Des incidents entre supporteurs du PFC
En ce sens, la croissance des deux principaux groupes de supporteurs, les Ultras Lutetia et le Old Clan, qui ont multiplié par plus de quatre leurs effectifs avec la montée en Ligue 1, a été bien perçue. Mais une violente bagarre entre quelques membres des deux entités, lors du match au Havre, le 7 décembre, a entamé cet élan positif. Le PFC a condamné ces agissements et obtenu des interdictions de stade pour certains des fans impliqués. Le Old Clan s’étant mis en sommeil à la suite de ces incidents, la direction du club parisien souhaite « normaliser » les relations pour que les deux groupes puissent à nouveau soutenir leur équipe à Jean-Bouin.
Afin d’accompagner la montée en puissance du PFC, qu’elle souhaite progressive, la famille Arnault a opéré plusieurs ajustements dans l’organigramme du club ces derniers mois, à l’instar de l’arrivée de Jean-Marc Gallot, début novembre. Les nouveaux propriétaires peuvent également compter sur les conseils de personnalités inattendues, comme Valérie Pécresse, candidate malheureuse du parti Les Républicains à l’élection présidentielle de 2022.
Présente au centre d’entraînement du PFC, le 8 décembre, pour représenter la région Ile-de-France qu’elle préside, cette dernière émettait une suggestion : agrandir le logo du club, présent sur les terrains, pour qu’il soit visible depuis les avions qui atterrissent à l’aéroport d’Orly. Une idée comme une autre pour tenter de faire décoller la popularité de l’équipe qui évolue pour l’instant dans l’ombre du PSG.