CAN 2025: vers de lourdes sanctions pour le Sénégal après la finale chaotique contre le Maroc?

La commission de discipline de la Confédération africaine de football (CAF) s'est réunie ce mardi 27 janvier pour examiner les incidents survenus lors de la finale de la CAN opposant le Sénégal au Maroc, neuf jours après la victoire des Lions de la Teranga face aux Lions de l’Atlas. Le sélectionneur Pape Thiaw, ainsi que certains joueurs sénégalais, pourraient faire l'objet de sanctions après avoir quitté la pelouse.

Jan 28, 2026 - 14:09
CAN 2025: vers de lourdes sanctions pour le Sénégal après la finale chaotique contre le Maroc?
Des supporters sénégalais affrontent les forces de sécurité après qu'un pénalty controversé a été accordé au Maroc en fin de match lors de la finale de la Coupe d'Afrique des nations entre le Sénégal et le Maroc à Rabat, Maroc, dimanche 18 janvier 2026. AP Photo/Youssef Loulidi

La commission de discipline de la CAF s'est penchée ce mardi 27 janvier sur le cas du Sénégal, champion d'Afrique en titre depuis sa victoire face au Maroc (1-0) le 18 janvier.L'instance examine notamment le comportement du sélectionneur Pape Thiaw, qui avait ordonné à ses joueurs de rentrer au vestiaire après le pénalty accordé au Maroc à la fin du temps réglementaire. C'est finalement Sadio Mané qui avait convaincu ses coéquipiers de revenir.

Le Maroc a déposé une plainte auprès de la CAF. La Fédération royale marocaine de football réclame des sanctions contre l'équipe sénégalaise pour leur comportement lors de cette finale houleuse. La décision de la commission de discipline est attendue prochainement.

Une finale chaotique à Rabat

C'est une image qui fait le tour du monde. Pape Thiaw ordonne à ses joueurs de rentrer au vestiaire dimanche 18 janvier. La finale de la CAN aurait pu se terminer sur cette séquence peu glorieuse pour le football africain.

Le match bascule dans le chaos. Des supporters sénégalais descendent sur la pelouse et tentent d'envahir le terrain pendant près de 15 minutes, retenus par des agents de sécurité. Les joueurs sénégalais sortent du terrain, à l'exception de Sadio Mané. L'ancien attaquant de Liverpool demande à ses coéquipiers de revenir sur la pelouse.

L'attaquant marocain Brahim Diaz s'apprête à tirer son pénalty dans une ambiance survoltée. Il rate son tir. Le Sénégal marque finalement au début de la prolongation et remporte le titre (1-0). Quinze stadiers ont fini à l'hôpital après les débordements, dont un dans un état grave, rappelle le journaliste marocain Saïd Amdaa sur le plateau de 64'.

"Il y aura forcément des sanctions"

Les sanctions possibles sont multiples selon Hervé Penot, journaliste à L'Équipe. Le sélectionneur Pape Thiaw pourrait écoper d'une suspension de banc de touche. Des amendes financières contre la Fédération sénégalaise de football (FSF) sont également envisagées. 

Des sanctions individuelles toucheraient les joueurs impliqués dans l'incident. "Ce qui est certain, c'est que l'entraîneur peut se retrouver en grosse difficulté pour avoir demandé à ses joueurs de sortir", explique Hervé Penot sur le plateau de TV5MONDE ce mardi.

Le journaliste marocain Saïd Amdaa, de Skwad, appelle à des "sanctions exemplaires" pour éviter de créer un précédent. "Un entraîneur qui prend la décision de demander à ses joueurs de sortir, c'est complètement irresponsable et c'est quasiment du jamais vu dans l'histoire du football", martèle-t-il. 

La sanction la plus radicale serait une défaite sur tapis vert du Sénégal, qui perdrait son titre continental. Cette hypothèse reste cependant peu probable selon les observateurs. "Moi, je veux que le règlement soit appliqué", insiste le journaliste marocain, qui précise que "personne n'est dans l'ambition" de voir le Maroc gagner cette CAN administrativement.

À Dakar, Abdoulaye Thiam, président de l'Association nationale de la presse sportive du Sénégal, se veut rassurant. "Il y aura forcément des sanctions, mais ce ne sera pas des sanctions unilatérales parce qu'il y avait des fautes de part et d'autre", assure-t-il. Le journaliste sénégalais rappelle que Pape Thiaw s'est justifié en affirmant avoir voulu protéger ses joueurs face aux "corps étrangers sur l'air de jeu". La sanction la plus probable selon lui: une suspension de banc pour le sélectionneur et une amende pour la fédération. 

L'Algérie avait déjà écopé d'une sanction financière pour les débordements de ses supporters lors de cette même CAN, rappelle le journaliste Romain Molina. La Fédération sénégalaise pourrait subir le même sort. La question se pose également pour le Maroc, pays organisateur, qui pourrait être sanctionné pour des dysfonctionnements sécuritaires lors de la finale. 

Des images montrent également Achraf Hakimi impliqué dans un incident autour d'une serviette du gardien sénégalais Édouard Mendy, un geste qui pourrait lui aussi faire l’objet de sanctions individuelles. Le Kenya avait été sanctionné lors du dernier Championnat d'Afrique des nations de football (CHAN) pour des manquements liés à l'organisation, souligne Molina.

La CAF monte au créneau

Dès le samedi 17 janvier, la veille de la finale, la CAF avait réagi aux critiques de la Fédération Sénégalaise de Football sur les conditions logistiques. Dans un communiqué, elle assurait avoir veillé à ce que "toutes les équipes bénéficient des mêmes conditions" et rappelait que "la FSF a eu la possibilité de choisir l'hôtel de son équipe avant la finale".

Le lundi 19 janvier, au lendemain de la finale, l'instance a durci le ton. Elle condamne le "comportement inacceptable de certains joueurs et officiels" et dénonce "tout comportement inapproprié pendant les matchs, en particulier ceux visant l'équipe arbitrale ou les organisateurs du match". Elle a annoncé qu'elle soumettrait l'affaire aux instances compétentes pour que des mesures appropriées soient prises.

Ces justifications n'ont pas convaincu le président de la Fédération sénégalaise Abdoulaye Fall. Le dimanche 25 janvier, il a vivement critiqué l'organisation de la CAN au Maroc et directement visé l'influence marocaine sur la CAF. Un Marocain est à "la vice-présidence de la CAF", que "le Maroc contrôle. Qu'on se dise la vérité", a-t-il martelé dans une vidéo publiée sur le site sénégalais Seneweb.

Abdoulaye Fall pointe des défaillances dans l'hébergement, la sécurité et l'arbitrage. L'identité de l'arbitre de la finale ne leur a été communiquée que la veille du match à 22h00, alors qu'ils auraient dû la connaître deux jours avant, selon lui. Il déplore également l'hôtel initialement réservé à Rabat, "en plein centre-ville avec beaucoup de bruit et sans voie d'accès".

Ousmane Sonko appelle à l'apaisement

Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko est en visite officielle à Rabat du 26 au 28 janvier, dans un contexte de tensions persistantes suite à la finale de la CAN. Cette visite avait été programmée dès la fin du mois de décembre 2025, avant les incidents.  Lundi 19 janvier, au lendemain de la finale, Ousmane Sonko avait appelé à l'apaisement en assurant que l'amitié sénégalo-marocaine était "plus forte que les émotions" suscitées par la finale chaotique.

Dans une publication Facebook le mercredi 21 janvier, le Premier ministre rappelait que la visite bilatérale, qui ne s'était plus tenue depuis 2013, avait été programmée fin décembre. Il appelait à "dépassionner cet épisode qui, en aucun cas, ne peut aller au-delà du simple cadre sportif". Devant des membres des gouvernements marocain et sénégalais à Rabat, il a réaffirmé que "les dérapages observés (...) doivent être requalifiés comme des excès émotionnels produits par la ferveur et non comme des facteurs politiques ou culturels".

Les tensions restent vives sur les réseaux sociaux, où les supporters des deux pays s'écharpent depuis le match. Dix-huit supporters sénégalais sont également en détention provisoire au Maroc, poursuivis pour des actes de "hooliganisme".

[Source: TV5Monde]