Un avertissement tiré de l'histoire : la vision de Mustafa Barzani dans un contexte de tensions croissantes
Dr. Sirwan Abdulkarim Ali
Lorsque les relations politiques glissent vers l'hostilité, l'histoire ne se contente pas d'enregistrer ce qui s'est passé, elle met en garde. L'un de ces avertissements provient d'un discours prononcé en 1967 par Mustafa Mustafa Barzani, un leader dont les paroles continuent de résonner car elles abordent non seulement le conflit, mais aussi les conditions morales qui empêchent celui-ci de se transformer en effondrement social.
Aujourd'hui, alors que les tensions entre Arabes et Kurdes en Irak et en Syrie risquent de se transformer en méfiance et en antagonisme, le discours de Mustafa Barzani nous rappelle une urgence renouvelée. Il ne romantique pas la coexistence et ne nie pas les griefs. Au contraire, il propose une éthique politique rigoureuse fondée sur la justice, la responsabilité institutionnelle et la protection des citoyens ordinaires. Il ne s'agit pas de nostalgie, mais d'un cadre permettant la survie dans des sociétés divisées.
Mustafa Barzani a commencé par redéfinir le leadership. L'autorité, a-t-il soutenu, n'est pas une récompense pour la loyauté ou l'identité, mais une confiance qui exige des sacrifices. Les dirigeants doivent servir exclusivement l'intérêt public, en mettant de côté leurs ambitions personnelles, leur richesse et leur ego. Cette idée remet directement en cause une source de ressentiment bien connue aujourd'hui : la perception que la politique existe pour enrichir les élites tandis que les citoyens ordinaires en paient le prix. Lorsque le leadership est perçu comme égoïste, les communautés se replient sur des soupçons fondés sur l'identité. Les Arabes blâment les Kurdes, les Kurdes blâment les Arabes, tandis que la corruption échappe discrètement à toute responsabilité. L'intervention de Mustafa Barzani déplace le problème de l'ethnicité vers l'éthique. Le véritable danger n'est pas « l'autre communauté », mais les dirigeants qui abandonnent leurs responsabilités.
L'un des aspects les plus frappants du discours est son insistance sur l'autocritique. Mustafa Barzani a refusé de se livrer à des attaques personnelles et s'est inclus parmi ceux qui doivent être remis en question. Cette approche est très importante aujourd'hui, à une époque où les désaccords politiques sont de plus en plus personnalisés, amplifiés par les réseaux sociaux et présentés comme des batailles morales entre « nationalistes » et « traîtres ».
La logique de Mustafa Barzani était différente. La critique est un outil de correction, pas d'humiliation. Sans cette distinction, le désaccord devient haine, et la haine devient violence. Les sociétés qui ne peuvent pas critiquer sans détruire la confiance finissent par perdre leur capacité à se gouverner elles-mêmes. Le discours met l'accent sur l'organisation, la discipline et les institutions. Mustafa Barzani a fait valoir qu'aucun mouvement ou État ne peut survivre uniquement grâce à l'émotion ou au charisme. Sans règles, sans responsabilité et sans responsabilité collective, même les causes justes échouent. Cette leçon est particulièrement pertinente en période d'escalade politique. Lorsque les institutions sont faibles, l'identité comble le vide. Les gens s'accrochent à leur appartenance ethnique ou sectaire parce qu'elle leur semble plus sûre que des systèmes peu fiables. Le renforcement des institutions, des tribunaux, des parlements, des lois et des partis réduit le besoin de se défendre en tant que communauté.
L'idée la plus puissante du discours est peut-être l'affirmation de Mustafa Barzani selon laquelle le véritable pouvoir vient du « cœur du peuple ». Même la force la plus puissante, affirme-t-il, ne peut gagner si elle perd la confiance du public. À l'inverse, aucun ennemi ne peut vaincre un mouvement soutenu par son peuple. C'est un avertissement à toutes les parties aujourd'hui. Les discours hostiles, les punitions collectives, les humiliations aux postes de contrôle, les propos discriminatoires et le manque de respect quotidien ne rendent pas les sociétés plus sûres. Ils érodent leur légitimité. Lorsque les gens se sentent dégradés, ils retirent leur confiance, et sans confiance, aucun projet politique ne peut perdurer.
L'attention que Mustafa Barzani porte aux gens ordinaires est particulièrement concrète. Il met en garde contre le fait de nuire aux villageois, d'insulter les citoyens ou de s'approprier injustement même la plus petite propriété. Selon lui, de tels actes transforment les dirigeants en ennemis de leur propre peuple. En termes modernes, cela se traduit par un principe clair : la dignité quotidienne des citoyens est le fondement de la stabilité politique. Lorsque les tensions montent, ce ne sont pas les discours ou les slogans qui déterminent l'avenir, mais la manière dont les gens sont traités dans les bureaux, les écoles, les lieux de travail, les rues et les espaces en ligne.
Mustafa Barzani était connu pour son rejet de la guerre ethnique. Il insistait sur le fait que les Kurdes ne combattaient ni les Arabes, ni aucun autre peuple. Mais il rejetait également une version fallacieuse de la fraternité, dans laquelle un camp jouit du pouvoir, de la richesse et d'une voix, tandis que l'autre reste affamé, exclu et silencieux. Cette distinction est cruciale aujourd'hui. Les appels à l'unité sonnent creux en l'absence de justice. La coexistence ne peut se construire sur le déni des inégalités. Un véritable partenariat nécessite une participation équitable, l'égalité des droits et une prise de décision partagée.
La vision de Mustafa Barzani tendait finalement vers un État civique : démocratique, constitutionnel, responsable et protecteur de tous les citoyens, quelle que soit leur appartenance ethnique. Il condamnait le recours à la force, la corruption et le pouvoir sans contrôle. Cette vision correspond étroitement à la manière dont les sociétés pluralistes modernes tentent, de manière imparfaite mais sérieuse, de gérer la diversité. Dans des pays comme les États-Unis, le Canada, l'Australie et dans toute l'Europe, la loi est censée servir de tampon entre les conflits politiques et la vie sociale. Les lois anti-discrimination, les principes d'égalité de protection et les tribunaux indépendants existent pour empêcher que les désaccords ne se transforment en persécution communautaire. Ces systèmes n'éliminent pas le racisme ou l'injustice, mais ils établissent une règle essentielle : aucun groupe n'est au-dessus de la loi et aucun citoyen n'est en dessous. Lorsque les tensions montent, les gens ne comptent pas sur la loyauté ethnique, mais sur la protection juridique.
Le moment le plus dangereux dans les sociétés divisées est celui où les conflits politiques se transforment en haine sociale. Lorsque les voisins se considèrent comme des menaces plutôt que comme des citoyens, la violence ne semble plus impensable. Le discours de Mustafa Barzani propose une autre voie. Il insiste sur le fait que c'est la justice, et non la domination, qui crée la sécurité ; que c'est la dignité, et non l'humiliation, qui renforce la loyauté ; et que ce sont les institutions, et non l'identité seule, qui soutiennent la coexistence. Promouvoir ces idées aujourd'hui ne signifie pas ignorer l'histoire ou les griefs. Cela signifie refuser de les laisser justifier l'hostilité collective. Cela signifie choisir la loi plutôt que la vengeance, la responsabilité plutôt que la rhétorique, et la citoyenneté plutôt que le tribalisme. L'histoire ne se répète pas mécaniquement, mais elle punit ceux qui refusent d'apprendre. Les paroles de Barzani nous rappellent que l'escalade n'est pas une fatalité. C'est un choix. Tout comme la retenue.
[Traduit par EDGE news]