Guerre en Ukraine: négociations au ralenti, levée de sanctions... Vladimir Poutine profite-t-il de la guerre au Moyen-Orient?

Malgré la guerre israélo-américaine lancée à l'encontre de l'allié iranien, la Russie ne sortirait pas perdante du conflit actuel agitant le Moyen-Orient. Bien au contraire, le régime de Vladimir Poutine a bénéficié d'un assouplissement des sanctions sur le pétrole russe, décidé cette semaine par les États-Unis. Pendant ce temps, les négociations pour la paix avec l'Ukraine tournent au ralenti.

Mar 14, 2026 - 17:35
Mar 14, 2026 - 17:36
Guerre en Ukraine: négociations au ralenti, levée de sanctions... Vladimir Poutine profite-t-il de la guerre au Moyen-Orient?
Le président russe Vladimir Poutine écoute le gouverneur de la région d'Orenbourg, Evgeny Solntsev, lors de leur rencontre au Kremlin à Moscou, le jeudi 12 mars 2026. Gavriil Grigorov, Sputnik, Kremlin Pool Photo via AP

En autorisant la vente jusqu'au 11 avril prochain du pétrole russe chargé sur des navires, Donald Trump a changé son fusil d'épaule. Confronté à une flambée des prix de la matière première et face à la menace d'un choc pétrolier, le président américain a dû céder. Une décision justifiée par son administration par la nécessité "d'accroître la portée mondiale de l'offre existante à court terme". 

Kirill Dmitriev, émissaire de Vladimir Poutine sur les questions économiques internationales, a de son côté assuré que la levée d'autres sanctions visant la Russie était "inévitable", compte tenu de la volatilité du marché mondial de l'énergie. En effet, la hausse des prix du pétrole depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, a contribué à remplir à nouveau les caisses de la Russie. 

Un "assouplissement" des sanctions qui pourrait rapporter gros à la Russie

Les recettes issues du pétrole et du gaz, qui représentent environ un cinquième des revenus de l’État russe, sont depuis quatre ans fragilisées par les sanctions occidentales. Des difficultés de production liées aux attaques ukrainiennes visant les infrastructures énergétiques les impactent également. Dans ce contexte, la levée des restrictions américaines destinée à augmenter l’offre mondiale et à faire baisser les prix constitue un avantage pour Moscou. 

Condamné par l'Union européenne (UE) et qualifiée de "très préoccupante", la décision américaine est une aubaine pour la Russie. Elle est en revanche plus difficile à accepter pour Volodymyr Zlenskly. En visite ce vendredi à Paris pour la douzième fois depuis l'offensive russe en février 2022, le président ukrainien a affirmé que "la levée des sanctions entraînera (…) un renforcement de la position de la Russie". 

À ses côtés, le président français Emmanuel Macron a lui déclaré que "ce seul assouplissement par les États-Unis pourrait rapporter à la Russie environ 10 milliards de dollars pour la guerre. Cela ne contribue certainement pas à la paix". Selon lui, la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran ne justifiait "en rien" la levée des sanctions contre la Russie.

Des échanges d'informations, mais pas que

Outre le volet économique, Moscou tire aussi son épingle du jeu en jouant un double rôle. Officiellement, les services de renseignements russes n'aident pas Téhéran. Mais selon plusieurs médias américains, le partage d'informations sensibles entre les deux pays est effectif. Au micro de France Inter, le président ukrainien est même allé plus loin. Selon lui, Téhéran et Moscou ne partagent pas que des renseignements.

"L'Iran a transmis des milliers de drones aux Russes avec lesquels ils tuaient les civils ukrainiens et frappaient leurs infrastructures énergétiques. Maintenant, c'est le fait inverse: la Russie transmet des armes", a affirmé le chef d'État. 

Ces fameux drones, ce sont les Shaded. S’ils sont souvent qualifiés d’arme "à bas coût", ils n’en sont pas moins capable d’infliger de sérieux dégâts à l’adversaire, s’il sont tiré avec précision. Capables de parcourir 2.500 km avec une charge de 40 kg, c'est l'arme qui a notamment tué l'adjudant-chef Arnaud Frion, sur une base militaire en Irak. Depuis le début du conflit, Téhéran en aurait lancé près de 3.000. 

Le front ukrainien, le grand oublié 

Parallèlement au conflit au Moyen-Orient, la guerre et les négociations continuent entre Washington et Moscou à propos de l'Ukraine. Une réunion au sommet a eu lieu cette semaine en Floride entre un émissaire russe et la délégation américaine mais sans représentant ukrainien. "Les équipes ont abordé divers sujets et ont convenu de rester en contact", a déclaré M. Witkoff dans un communiqué.

L'Ukraine n'a pas été mentionnée dans la déclaration de l'émissaire américain. Tetyana Ogarkova, analyste ukrainienne, a estimé sur le plateau de TV5MONDE que "le ralentissement des négociations entre Kiev et Moscou était dû au désintéressement de Donald Trump pour cette guerre au profit de ce qui se passe au Moyen-Orient". L'autrice a ajouté que cette nouvelle guerre pouvait aussi être perçu comme une chance par l'Ukraine : "Au moins on a pas l'administration américaine sur le dos, pas de menaces".

Kiev, qui pensait pouvoir tirer profit de la situation, se retrouve finalement isolé. Les accusations de Volodymyr Zelensky à propos de la collaboration militaire entre Moscou et Téhéran, ne semblent pas atteindre l'administration de Donald Trump. Avant la réunion, Steve Witkoff avait affirmé que Moscou avait nié de tels agissements lors de l’appel téléphonique entre Donald Trump et Vladimir Poutine la veille: "Vous savez, nous pouvons les croire sur parole. Mais c’est bien ce qu’ils ont dit", a-t-il ajouté.

[Source: TV5Monde]