La guerre en Iran est-elle vraiment terminée? Donald Trump parle "de grands progrès" mais les experts sont sceptiques

Le président américain Donald Trump a annoncé, ce mardi 5 mai, de "grands progrès" dans ses discussions avec l'Iran, tandis que le secrétaire d'État Marco Rubio a confirmé la fin de l'opération offensive "Epic Fury", débutée le 28 février dernier. "Donald Trump défait le lendemain ce qu'il a prévu aujourd'hui", nuance le général Vincent Desportes, interrogé par TV5MONDE.

Mai 7, 2026 - 10:02
La guerre en Iran est-elle vraiment terminée? Donald Trump parle "de grands progrès" mais les experts sont sceptiques
Le soleil se lève derrière des pétroliers ancrés dans le détroit d’Ormuz, au large de l’île de Qeshm, en Iran, le samedi 18 avril 2026. Associated Press Photo/Asghar Besharati

À l'heure où 1.600 navires et près de 20.000 membres d'équipages restent coincés aux abords du détroit d'Ormuz, le président américain a décidé d'interrompre son "Projet Liberté". L'opération temporaire qualifiée de "défensive" par Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense des États-Unis, est censée permettre d'escorter les navires coincés dans le corridor maritime, bloqué partiellement par l'Iran depuis le début du conflit. 

"De grands progrès", "en vue d'un accord complet et définitif avec les dirigeants iraniens", ont été réalisés dans les pourparlers avec l'Iran, a affirmé ce mardi 5 mai au soir le président américain sur Truth Social, au lendemain de l'instauration du "Projet Liberté". Des avancées qui ont justifié la mise en pause des opérations de déblocage du détroit. 

Vers la conclusion d'un accord entre l'Iran et les États-Unis? 

Des responsables américains et des sources proches du dossier ont également affirmé ce mercredi 5 mai au média américain Axios que Washington "estimait" être sur le point de "conclure" un accord avec l'Iran. Des réponses "sur des points clés" doivent être apportées aux États-Unis par Téhéran "dans les prochaines 48 heures", rapportent nos confrères. 

Leurs sources affirment n'avoir "jamais été aussi proches d'un accord depuis le début de la guerre". De son côté, l'Iran a affirmé étudier la proposition américaine pour mettre fin au conflit, a rapporté l'Agence France Presse. 

Un compte X, en lien avec la Marine du Corps des gardiens de la révolution, a affirmé ce mercredi qu'un passage "sûr et stable" serait "garanti" à travers le détroit une fois que les "menaces de l’agresseur [auront été] neutralisées", a rapporté la chaîne américaine Sky News. Une référence probable à l'arrêt temporaire du "Projet Liberté". 

Le signe d'une fin de crise proche? "Nous ne sommes proches de rien", rétorque le général Vincent Desportes, ancien directeur de l'École de guerre française, contacté par TV5MONDE. "Nous sommes dirigés par un être totalement imprévisible qui s'appelle Donald Trump, qui défait le lendemain ce qu'il a prévu aujourd'hui", estime-t-il, en référence à l'instauration puis à la mise en pause quasi immédiate du "Projet Liberté". 

Des discours contradictoires 

Malgré la "fin" des "hostilités qui ont débuté le 28 février 2026", annoncée par le chef de la Maison Blanche devant le Congrès la semaine passée, des heurts ont toujours lieu et les dissensions demeurent entre les belligérants. 

Ce mercredi même, Donald Trump a affirmé que "les bombardements reprendront (...) à un niveau et une intensité supérieurs à ce qu’ils étaient auparavant", si aucun accord n'était conclu, a rapporté la chaîne américaine CNN. "On ne peut pas bombarder davantage que ce qu'ils ont fait. Il n'y a plus de cibles à détruire. Les seules cibles à détruire sont maintenant les cibles de la population. Désormais, les États-Unis sont condamnés à commettre crimes de guerre sur crimes de guerre et faire exactement ce que la Russie fait à l'Ukraine", rebondit le général Vincent Desportes. 

Le chef de l'armée de l'air israélienne, le général Omer Tischler, a également affirmé ce mardi qu'Israël suivait "les développements de près en Iran" et qu'ils étaient "préparés à déployer toute l'armée de l'air vers l'est si nécessaire". 

La veille, Téhéran et Washington ont affirmé contrôler le détroit, se contredisant l'un l'autre. D'autre part, l'armée américaine maintient depuis le 13 avril un blocus sur les navires "entrant ou sortant des ports et zones côtières iraniens". Il restera "pleinement en vigueur", a affirmé Donald Trump ce mardi.

"Une situation chaotique"

En face, l'Iran exige que tout navire souhaitant transiter par le détroit le fasse avec son aval. Ce mardi 5 mai, un navire de l'armateur français CMA-CGM, battant pavillon maltais, a été touché par des tirs iraniens. Il y a eu des "blessés parmi les membres d'équipage", a rapporté l'entreprise française auprès de l'Agence France-Presse. 

Ce lundi, un autre navire, cette fois opéré par la Corée du Sud, a subi un incendie après une explosion dans la salle des machines. Le président américain Donald Trump a affirmé qu'elle était due à des tirs iraniens, selon l'agence de presse Reuters. Le même jour était lancé le "Projet Liberté". Séoul, de son côté, a déclaré que la source de l'accident n'était pas encore connue.

Des attaques de missiles et de drones iraniens ont également visé les Émirats arabes unis, alliés des États-Unis ce mardi, selon Abu Dhabi. C'est le deuxième jour consécutif que de tels actes ont été relevés par la monarchie, rapporte le journal américain The New York Times. En tout, 19 drones et missiles ont été interceptés par les Émirats ce mardi. 

Un incendie "majeur" a également été signalé après une attaque de drone dans la zone industrielle pétrolière de Fujaïrah, selon la chaîne américaine CNN, citant les autorités émiraties. Les Émirats arabes unis, ainsi que l'Inde, ont rapporté des blessés suite à cette offensive.

"Nous sommes dans une situation qui est chaotique. Nous voyons bien que le problème, c'est que les États-Unis de Donald Trump n'ont pas de vraie stratégie. Le président américain fait des coups, en espérant que la communication lui permettra d'effacer le fait qu'il n'a pas obtenu ce qui était recherché, c'est la fin du régime iranien", analyse de son côté le général Jérôme Pellistrandi, interrogé par TV5MONDE. 

Le porte-avions Charles-De-Gaulle en route vers la mer Rouge et le Golfe d'Aden 

Dans le même temps, le ministère des Armées français a fait part dans un communiqué du franchissement, ce mercredi 6 mai 2026, du Canal de Suez par le porte-avions français Charles-De-Gaulle et son escorte, "en route vers le sud de la mer Rouge", dans le cadre d'une mission potentielle permettant de garantir la circulation dans le détroit. 

"Nous pouvons offrir à l'Iran de passer à nouveau à travers le détroit d'Ormuz, nous pouvons permettre que ses tankers passent dans le détroit d'Ormuz à une condition, c'est que l'Iran accepte de s'engager dans la négociation sur le fond à laquelle les Américains l'invitent. Ce que nous disons aux Américains, c'est qu'ils doivent lever leur blocus d'Ormuz et empocher la disponibilité de l'Iran pour négocier sur les questions de fond", a affirmé l'Élysée ce mercredi, cité par l'Agence France-Presse.

Le président français Emmanuel Macron avait affirmé en mars ne pas participer "à des opérations visant à ouvrir ou à libérer le détroit d’Ormuz dans le contexte actuel", c'est-à-dire dans un contexte d'affrontements et de guerre ouverte. 

chine

Sur cette photo, diffusée sur la chaîne Telegram du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi (à droite), salue M. Araghchi à Pékin, en Chine, le 6 mai 2026. Chaîne Telegram du ministre iranien des Affaires étrangères via AP

Un autre acteur pourrait bien jouer un rôle dans la résolution du conflit: la Chine. Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, en visite à Pékin ce mercredi, a déclaré sur Xattendre de la Chine un rôle pour établir une "nouvelle architecture régionale après la guerre", à l'issue de la guerre au Moyen-Orient.

"La Chine a un certain poids sur l'Iran mais elle ne peut pas dire à l'Iran: 'Vous arrêtez et vous réouvrez'. L'Iran est trop fier pour faire ça, ce sont les deux plus vieilles civilisations du monde et aucune ne veut céder devant l'autre, évidemment", estime le général Vincent Desportes. Donald Trump doit lui aussi rencontrer le président chinois Xi Jinping à Pékin la semaine prochaine, les 14 et 15 mai.

[Source: TV5Monde]