L’île de Yonaguni, sentinelle du Japon, en première ligne pour contenir l’expansionnisme chinois

Le Japon renforce ses bases militaires dans les îles du sud-ouest du pays, pivot essentiel pour contrer l’expansion navale de la Chine. Aux confins de l’Archipel, à une centaine de kilomètres à peine de Taïwan, l’oasis enchanteresse de Yonaguni fait figure d’avant-poste de la stratégie défensive de Tokyo.

Juin 21, 2026 - 11:28
L’île de Yonaguni, sentinelle du Japon, en première ligne pour contenir l’expansionnisme chinois
KO SASAKI/NYT-REDUX-REA

Le soleil est brûlant sur Yonaguni, petite île japonaise aux confins occidentaux de l’Archipel, située à quelques encablures de Taïwan. Fumie Kano n’en a cure. Visage rond, peau tannée, cheveux blancs coupés court sous un large chapeau de paille, elle milite au sein de l’association Isoba pour un avenir radieux à Yonaguni. Bravant la chaleur étouffante de ce mois de mai, elle dénonce des « exercices militaires qui ne sont rien d’autre qu’une incitation à la guerre ». Panneaux « No War ! » (« non à la guerre ! ») à la main, les manifestants protestent contre les manœuvres organisées par l’armée nippone du 17 au 22 mai. « Il faut promouvoir une diplomatie de la paix et nous laisser tranquilles », plaide-t-elle.

A quelques centaines de mètres, la base de Yonaguni des forces japonaises d’autodéfense (FJA), l’armée nippone, rappelle l’enjeu de la mobilisation. Mise en service en 2016, elle constitue l’un des avant-postes du renforcement militaire mis en place par Tokyo, dans un contexte de tensions sécuritaires régionales croissantes. Dans le petit port de Kubura, le ronronnement du navire Mikasa perturbe le va-et-vient des petits pêcheurs de marlins. Arrivé de Kyushu, la grande île du sud-ouest, ce bâtiment blanc bordé de bleu – sans lien avec le célèbre cuirassé homonyme de la marine impériale devenu musée – a débarqué camions militaires et blindés. Les exercices de déploiement rapide de capacités antinavires, en coordination avec les forces américaines, mobilisent près de 300 hommes, des moyens civils comme leMikasa, ainsi que des missiles sol-mer Type 88 et des drones de reconnaissance. Avec un objectif : se préparer à toute menace émanant de la Chine, dont la montée en puissance militaire inquiète le Japon.

Cette ligne sécuritaire est martelée au point d’étouffer les appels au dialogue des militants de Yonaguni. Pour Ryuta Ikema, un autre manifestant, les manœuvres perturbent un voisinage déjà sensible avec Taïwan et la Chine. « Chaque fois, cela crée des tensions, insiste-t-il. Sur Yonaguni, la population ne cesse de diminuer, et la situation reste difficile. Nous avons besoin d’établir des relations amicales avec les pays voisins. »

Ce souhait se heurte au diktat implacable de la géographie et aux calculs géopolitiques des puissances régionales. Au cap Irizaki, à la pointe occidentale de l’île, une inscription gravée sur un rocher rappelle d’immuables distances : « Taïwan : 110 kilomètres. Tokyo : 2 112 kilomètres ». En contrebas, une falaise plonge dans la mer traversée par le Kuroshio (« courant noir »), long ruban d’eau chaude et poissonneuse qui remonte vers le nord. Il faudrait sans doute y ajouter une autre mention : « Senkaku : 150 kilomètres ». Les îles Senkaku, petit archipel administré par le Japon depuis 1895, sont revendiquées par la Chine, qui les désigne sous le nom de « Diaoyu », mais aussi par Taïwan, qui les nomme « Diaoyutai ».

Sa proximité avec Taïwan, dont on aperçoit les reliefs montagneux par temps clair, et avec les Senkaku confère à l’île un rôle stratégique majeur dans la défense japonaise face à l’hégémonie chinoise. Yonaguni est aussi un maillon-clé de la « première chaîne d’îles », cet arc insulaire stratégique qui s’étire de la péninsule russe du Kamtchatka jusqu’aux côtes de la Malaisie, que Washington considère comme un pivot essentiel pour contenir l’expansion navale de Pékin. Située au bout de la chaîne insulaire japonaise Nansei, longue d’environ 1 200 kilomètres, Yonaguni – et ses 1 680 habitants – se retrouve en première ligne de ces tensions.

L’entrée de la base des forces japonaises d’autodéfense sur l’île de Yonaguni, le 14 février 2025.
Des tours de radar installées par les forces japonaises d’autodéfense, sur l’île de Yonaguni, le 14 février 2025.

Oasis enchanteresse de la mer de Chine orientale, l’île possède un passé mystérieux. « Il n’y avait pas d’écriture », rappelle Ryuichi Ikema, frère de Ryuta, ancien fonctionnaire local et historien amateur, qui a repris le petit musée des traditions locales ouvert par sa mère dans la maison familiale à Sonai, un hameau du nord de l’île. La légende raconte que ce confetti de 29 kilomètres carrés a été gouverné à la fin du XVe siècle par San-ai Isoba, une femme puissante, figure tutélaire encore vénérée de nos jours dans les traditions locales. On y parlait autrefois un dialecte : le dunan, ou dunanmunui, aujourd’hui menacé de disparition, que l’on peut écouter sur le « mur des langues » du Musée de l’homme, à Paris.

Yonaguni est mentionnée dans un texte coréen datant de 1477. « Cette année-là, un bateau venu de l’île coréenne de Jeju a fait naufrage, raconte Ryuichi Ikema. Trois marins ont été secourus par des habitants de Yonaguni. Quand ils sont rentrés à Jeju, ils ont relaté leur aventure et mentionné l’île. » Au début du XVIe siècle, elle est intégrée au royaume de Ryukyu, carrefour des échanges entre l’Asie du Sud-Est, la Chine et le clan de Satsuma, puissant fief du sud du Japon. Mais cette position stratégique aiguise les appétits. Longtemps tributaire de la Chine, le petit royaume est annexé en 1872 par le Japon et devient le département d’Okinawa. Pendant la colonisation japonaise de Taïwan, entre 1895 et 1945, Yonaguni se tourne vers cette grande île voisine, avec laquelle elle entretient un commerce florissant. Elle compte alors 12 000 âmes. Ces années fastes restent ancrées dans la mémoire collective, et l’île est aujourd’hui jumelée avec la ville taïwanaise de Hualien.

Après la seconde guerre mondiale, le traité de San Francisco de 1951 rend sa souveraineté au Japon, mais laisse Okinawa sous administration des Etats-Unis, qui y concentrent l’essentiel de leurs bases. Surnommées la « clé de voûte du Pacifique », ces installations sont au cœur du dispositif de sécurité américain en Asie. Pendant la guerre du Vietnam (1955-1975), la base aérienne de Kadena sert de plaque tournante pour les bombardiers Boeing B-52. Okinawa est restituée au Japon en 1972, mais les bases restent.

Lointaine et isolée, Yonaguni a longtemps été ignorée. « On ne voyait pas les Américains, sauf, parfois, quand il y avait des travaux publics », se souvient Ryuichi Ikema. Privés de leurs échanges avec Taïwan, nombre de ses habitants partent pour Tokyo, « notamment pour travailler sur les chantiers des Jeux olympiques de 1964 ».

Engourdie de torpeur tropicale, connue pour son papillon ogomadara et ses spots de plongée, desservie par quelques vols quotidiens et ravitaillée chaque semaine par un cargo venu d’Ishigaki, une des îles les plus proches, à cinq heures de mer, Yonaguni est baptisée « île extrême » ou « île du bout du monde ». Elle n’a ni supermarché ni hôpital. Ses rares restaurants n’ouvrent que sur réservation. Des auberges d’allure modeste accueillent les touristes de passage. Des chevaux sauvages – une race endémique appelée localement « chimanma » – y vaquent en quasi-liberté entre les bosquets de palétuvier qui dominent les falaises. Les eaux alentour regorgent de requins-marteaux. A une centaine de mètres de la côte méridionale affleure une mystérieuse formation rocheuse sous-marine, que certains tiennent pour les ruines d’une civilisation engloutie.

« Grignotage par le ver à soie »

L’île a connu son heure de gloire quand elle a servi de décor à La Clinique du Dr Koto, une série télévisée diffusée sur Fuji Television au début des années 2000. Le lieu de tournage, près d’une plage de sable blond caressée par des eaux turquoise, est aujourd’hui l’un des sites touristiques les plus prisés de Yonaguni.

La fiction ne saurait faire oublier la réalité stratégique. En 2004, le président chinois Hu Jintao (2003-2013) a présenté de « nouvelles missions historiques », dont l’une assignait à la marine un rôle de « protection des mers lointaines », rompant ainsi avec le principe d’une simple « protection de la mère patrie ». Cette inflexion a ouvert la voie à la transformation de la marine chinoise de l’Armée populaire de libération en une force à vocation mondiale, opérant le long de lignes de communication maritimes jugées vitales pour l’économie chinoise.

Depuis, les flottes des théâtres d’opérations Est et Nord ont intensifié leur présence dans les chenaux traversant l’archipel Nansei pour gagner le large dans l’océan Pacifique. Les navires de guerre chinois exploitent à l’envi les vides entre les îles Amami et Yokoate, ainsi que le détroit de Miyako et le passage situé entre Yonaguni et Taïwan. La crainte du Japon est que la Chine y maintienne des sous-marins en permanence.

« En employant une stratégie d’empiétement progressif, dite de “grignotage par le ver à soie”, la marine chinoise normalise sa présence dans et autour des îles Nansei, garantissant ainsi sa liberté de mouvement au-delà de la première chaîne d’îles, expliquait, dans une note, en 2024, Andrew Orchard, chercheur invité au National Institute for Defense Studies japonais. Ce concept d’emprise progressive trouve son origine dans les tactiques de consolidation de l’Etat de Qin pendant la période des Royaumes combattants (481-221 avant J.-C.). » « L’essence même du concept, ajoutait-il, consiste à remporter la victoire par grignotage successif. »

Le port de pêche de Kubura sur l’île de Yonaguni, dans le département d’Okinawa (Japon), le 10 novembre 2023.

Or, l’archipel Nansei constitue, pour le Japon, une barrière naturelle face à la Chine et une chaîne de points d’appui – à laquelle s’ajoute le verrou de Taïwan – le long des voies maritimes vitales à son économie et à son approvisionnement énergétique. En cas de conflit à Taïwan déclenché par Pékin, Tokyo redoute que les hostilités ne s’étendent aux îles Nansei et que la Chine ne cherche à s’emparer des Senkaku, voire à menacer Okinawa. Les autorités chinoises rappellent régulièrement que ces îles n’ont été intégrées que tardivement au Japon moderne, laissant planer le doute sur leur appartenance. En septembre 2024, le quotidien hongkongais Sing Tao Daily, proche de Pékin, évoquait la possibilité de jouer la « carte des Ryukyu », c’est-à-dire de remettre en cause le statut d’Okinawa comme partie intégrante du Japon. Un tel argument viserait à dissuader Tokyo de s’immiscer dans la question taïwanaise.

Face à ce risque, les Etats-Unis et le Japon ont commencé, dès le milieu des années 2010, à renforcer les moyens militaires déployés dans ces îles. Yonaguni fut la première, en 2016, à accueillir une base des FJA. Amami-Oshima et Miyako ont suivi en 2019. La base d’Ishigaki, la principale du nouveau dispositif, avec 570 militaires d’unités spécialisées dans la défense antiaérienne et la lutte contre les menaces maritimes, a été inaugurée en 2023. Le ministère de la défense prévoit d’en construire une sur Mageshima, dans le sud du Japon. Il souhaite également transformer la 15e brigade des FJA terrestres, basée sur l’île principale d’Okinawa, en division : ses effectifs devraient passer de près de 2 000 à plus de 3 000 hommes.

Ces aménagements ont suscité des oppositions, notamment à Ishigaki, autour du slogan « Nuchi du takara » (« la vie est un trésor »), qui renvoie au mouvement pacifiste né après la sanglante bataille d’Okinawa de 1945 entre Américains et Japonais, au cours de laquelle un quart de la population locale a péri. Avec la construction des bases, estime Gavan McCormack, professeur émérite à l’université nationale australienne de Canberra, « ses habitants peuvent être certains de figurer sur la liste des cibles de missiles de l’Armée populaire de libération ». Okinawa avait servi de « bouclier » du Japon impérial en 1945 ; ils savent aujourd’hui que, en cas de conflit entre le Japon et la Chine, ils seraient les premiers touchés.

Derrière la mairie de Yonaguni, quelques affiches défraîchies rappellent d’anciens rassemblements hostiles aux installations militaires. En 2015, 632 habitants avaient voté pour l’arrivée des FJA, 445 contre. « Aujourd’hui, le taux de soutien atteint 90 % », assure le maire, Tsuneo Uechi, élu en 2025.

Sur l’île, la question est abordée avec prudence. Personne ne veut donner son nom. Les propos recueillis tendent néanmoins à confirmer l’avis du maire. « Il y a bien du bruit parfois, des hélicoptères ou des avions, mais ce n’est pas si gênant. Et ils sont là pour nous protéger, non ? », dit en souriant la gérante d’un petit izakaya (pub japonais) perché au troisième étage d’un immeuble de béton brut à Sonai. Un sentiment partagé par Kaiya, 19 ans, qui ne donne que son prénom. Né sur Yonaguni, le jeune homme au débit rapide est amoureux de son île et n’a jamais voulu la quitter. « La base des FJA n’est pas un problème, et je ne m’inquiète pas de la Chine », lance cet employé des petites salines du hameau de Hikawa, au sud de l’île, qui extrait du sel en chauffant l’eau de mer dans un vaste bassin en métal. Ce sel réputé est utilisé par les meilleurs restaurants de Tokyo.

Les services d’une garnison

Pour une île à la population déclinante, la présence de 270 soldats et de leurs familles est une aubaine. Ils participent aux festivals locaux et génèrent de l’activité économique, qui profite, entre autres, à Sakimoto et à Donan, les deux producteurs locaux d’awamori, l’alcool traditionnel d’Okinawa. La garnison propose aussi des services aux habitants. « Le médecin militaire organise chaque lundi des consultations. C’est bienvenu, remarque une commerçante. Ici, en cas d’urgence, il faut faire venir un hélicoptère d’Ishigaki. »

Et puis le gouvernement sait faire taire les oppositions en arrosant de subventions les territoires qui acceptent les bases militaires. « Sa politique est simple : il brandit la menace chinoise et n’accorde des aides qu’aux villes favorables aux bases », critique Hiroji Yamashiro, du Centre d’action pour la paix d’Okinawa. Dans ce département, le plus pauvre du Japon, l’enjeu financier pèse lourd, en particulier à Yonaguni, où la vie est plus chère qu’ailleurs en raison de son isolement. « Ce qui vaut 100 yens à Tokyo en vaut 160 ici », rappelle Tsuneo Uechi.

La promesse de subventions devrait aider à faire accepter les évolutions futures de la base. Le ministère de la défense avait initialement déclaré que la garnison de Yonaguni se chargerait uniquement de la surveillance côtière. En décembre 2025, il a annoncé le déploiement, en 2026, d’une unité de guerre électronique capable de perturber les communications et les radars ennemis. Il prévoit d’installer, d’ici à 2031, des missiles sol-air Type-03 de nouvelle génération et de construire un abri souterrain pouvant accueillir plus de 200 personnes. Il prépare aussi les habitants à un éventuel afflux de réfugiés taïwanais.

Tsuneo Uechi, maire de Yonaguni, dans son bureau sur l’île de Yonaguni (Japon), le 10 décembre 2025.

Le gouvernement japonais justifie ces développements par un contexte sécuritaire qui ne cesse de se dégrader. En 2022, après la visite à Taïwan de Nancy Pelosi, alors présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, la Chine a tiré 11 missiles en guise de représailles. L’un d’eux est tombé à moins de 80 kilomètres au nord-est de Yonaguni, ce que Tokyo n’a pas considéré comme un accident. En septembre 2024, un navire de guerre chinois a, pour la première fois, emprunté le bras de mer séparant Yonaguni de l’île voisine d’Iriomote, distante d’une trentaine de kilomètres seulement. Ce qui signifie qu’il est entré dans les eaux territoriales japonaises.

Alors que le ministre de la défense japonais, Shinjiro Koizumi, était en visite à Yonaguni en novembre 2025, Pékin a accusé Tokyo de vouloir « créer des tensions régionales et provoquer une confrontation militaire ». Quelques jours plus tard, la Chine a envoyé des drones près de l’île, ce à quoi le Japon a répondu en faisant décoller des avions de chasse. Au même moment, les déclarations de la première ministre japonaise ont encore exacerbé les tensions. En affirmant qu’une attaque contre Taïwan « représenterait une menace existentielle pour le Japon », Sanae Takaichi a laissé entendre que l’Archipel envisagerait de s’engager militairement en cas d’offensive ou de blocus chinois contre Taïwan, en appui d’une éventuelle intervention américaine.

Lors d’une rencontre à la Maison Blanche, le 19 mars, Sanae Takaichi et le président américain, Donald Trump, « se sont engagés en faveur de la paix et de la stabilité dans le détroit de Taïwan, éléments indispensables à la sécurité régionale et à la prospérité mondiale ». Reçu moins d’un mois plus tard, le 14 mai, à Pékin, Donald Trump a cependant essuyé une sévère mise en garde de la part de son homologue chinois. La question de Taïwan, a averti Xi Jinping, est « la plus importante dans les relations sino-américaines » et leurs deux pays « se heurteront, voire entreront en conflit », si ce dossier est mal géré.

A Yonaguni, le maire se dit prêt à accepter les nouveaux projets concernant la base des FJA à certaines conditions, notamment un soutien financier, tout en s’inquiétant de ce que cela pourrait entraîner et en rejetant toute présence militaire américaine. S’il refuse de voir son île se transformer en forteresse, il admet qu’un certain niveau de préparation est désormais indispensable. « Il sera trop tard une fois que quelque chose se produira : nous devons nous préparer au pire », reconnaît Tsuneo Uechi.

« Les tensions entre les Etats-Unis, le Japon et la Chine ne sont pas près de s’apaiser, et l’archipel d’Okinawa reste un élément essentiel du dispositif défensif japonais, souligne Marina Fujita Dickson, chercheuse associée au programme Initiative Asie-Pacifique de l’International House of Japan. Sa vulnérabilité impose un renforcement des moyens de défense, japonais comme américains. » « La nouvelle génération semble plus favorable aux bases, ce qui pourrait faire évoluer la perception de la politique de défense à Okinawa », poursuit-elle.

L’adhésion aux décisions gouvernementales n’est toutefois pas complètement acquise. Selon un plan officiel dévoilé en mars, les habitants de Yonaguni seraient évacués à Saga, ville du département du même nom sur la grande île de Kyushu, en cas de crise. Reçu sur « l’île du bout du monde », le 15 mai, le maire de Saga, Hidetaka Sakai, a réagi à ce scénario. Il a dit souhaiter organiser des échanges culturels pour atténuer le choc d’un tel bouleversement du quotidien.

Plus que la base, c’est la perspective d’une évacuation qui fait bondir une population farouchement attachée à son île. « Pas question de bouger d’ici. Comment pourrais-je partir ? Si je vais à Saga, je vais mourir. Tout le monde pense comme ça, ici », tonne la propriétaire d’un petit restaurant dont la spécialité est un plat de nouilles aux feuilles d’un chardon qui pousse à Yonaguni. Et pourtant, elle n’a rien contre les soldats déployés sur l’île ni leurs exercices.

[Source : Le Monde]