Guerre au Moyen-Orient : les négociateurs iraniens et américains arrivent en Suisse, Téhéran annonce la fermeture du détroit d’Ormuz

Des délégations de haut niveau doivent prolonger dès dimanche le protocole d’accord signé mercredi, en abordant la question du programme nucléaire, mais l’Iran exige la fin des attaques israéliennes dans le sud du Liban.

Juin 21, 2026 - 07:44
Guerre au Moyen-Orient : les négociateurs iraniens et américains arrivent en Suisse, Téhéran annonce la fermeture du détroit d’Ormuz
Le ministre des affaires étrangères iranien, Seyyed Abbas Araghchi, arrive au Bürgenstock Resort à Obbuergen (Suisse), le 21 juin 2026. URS FLUEELER/KEYSTONE VIA AP

Après un faux départ vendredi, les discussions entre les Etats-Unis et l’Iran doivent s’ouvrir dimanche 21 juin, en Suisse, en vue de mettre fin durablement à la guerre et de compléter le protocole d’accord signé par Washington et Téhéran mercredi 17 juin, en abordant notamment la question complexe du nucléaire. Mais la persistance des combats entre Israël et le Hezbollah dans le sud du Liban continue de faire peser une menace sur la tenue de ces négociations de haut niveau.

Médiateur-clé dans ces fragiles pourparlers, le Pakistan a diligenté en Suisse le premier ministre Shehbaz Sharif et le chef d’état-major de l’armée, le maréchal Asim Munir, qui se sont envolés pour le pays alpin samedi soir.

Les négociateurs de Téhéran, eux, sont arrivés dans la soirée en Suisse, selon le ministère des affaires étrangères suisse. Parmi les membres de la délégation figurent le négociateur en chef Mohammad Bagher Ghalibaf, également président du Parlement, le chef de la diplomatie Abbas Araghchi et le gouverneur de la Banque centrale Abdolnaser Hemmati, a annoncé la télévision d’Etat iranienne.

Côté américain, le vice-président J. D. Vance devait rejoindre dimanche matin l’émissaire Steve Witkoff et le gendre du président Donald Trump, Jared Kushner, pour mener les discussions. Il a déclaré aux journalistes qu’il resterait en Suisse « un jour ou deux », et qu’il était optimiste quant à la possibilité de faire avancer les négociations sur le programme nucléaire iranien et sur un cessez-le-feu dans le sud du Liban. « Le gros problème, c’est que vous allez avoir quelqu’un qui va commencer à tirer et ensuite quelqu’un va répondre, et donc vous avez en quelque sorte ce problème de l’œuf et de la poule où il faut réussir à arrêter les tirs suffisamment longtemps pour que le cessez-le-feu tienne, c’est ce qu’on essaie de faire », a-t-il dit.

Protocole « en danger »

Le protocole d’accord signé mercredi entre les parties prévoit une période de tractations d’une durée de soixante jours en vue de parvenir à un accord final. Les pourparlers sont prévus dans un hôtel de luxe du Bürgenstock, une montagne surplombant le lac de Lucerne, a confirmé samedi le ministère des affaires étrangères helvétique.

Le vice-président américain, J.D. Vance, monde à bord d’Air Force Two pour se rendre à Zurich (Suisse), à la base Andrews dans le Maryland, le 20 juin 2026.

Des discussions « préparatoires » ont commencé dès samedi entre diplomates, selon Berne. Le ministère des affaires étrangères iranien a annoncé la tenue de discussions « techniques » dimanche entre Iraniens et Américains, en présence de représentants du Qatar et du Pakistan, pays médiateurs.

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a néanmoins prévenu samedi les Etats-Unis que le protocole serait « en danger » si ses clauses n’étaient pas appliquées rapidement, une allusion à la situation au Liban, où les affrontements continuent entre Israël et le Hezbollah malgré un nouveau cessez-le-feu officiellement entré en vigueur vendredi.

Le protocole prévoit en effet une fin des hostilités sur l’ensemble des théâtres d’opérations, y compris au Liban, Téhéran ayant insisté sur ce dernier élément. Et en représailles aux attaques israéliennes des derniers jours au Liban, Téhéran a annoncé samedi « fermer » à nouveau le détroit d’Ormuz. L’armée iranienne a également menacé « d’autres mesures » si nécessaire « pour contraindre l’ennemi à respecter ses obligations » contractées dans le protocole d’accord.

Forces américaines « vigilantes »

Donald Trump a de son côté menacé d’appliquer un péage dans le détroit en cas d’échec des discussions avec l’Iran. « Il n’y aura AUCUN PÉAGE dans le détroit d’Ormuz pendant les 60 jours de la période de cessez-le-feu, et il n’y aura AUCUN péage après l’expiration de la période de 60 jours, à moins qu’il ne soit imposé par les Etats-Unis d’Amérique, si un accord n’était pas trouvé, pour les services rendus comme ange gardien des pays du Moyen-Orient et à des fins de remboursement des coûts passés, présents, et futurs », a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social.

L’Iran avait verrouillé au début de la guerre cette voie maritime par laquelle transitaient auparavant quelque 20 % des hydrocarbures mondiaux, provoquant un emballement des cours du pétrole. Téhéran a également évoqué la possible mise en place de « frais » de service maritime pour les navires voulant y transiter.

La réouverture du détroit a constitué l’un des points-clés du protocole d’accord entre l’Iran et les Etats-Unis. Après l’annonce de sa nouvelle fermeture, le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a fait savoir que ses forces demeuraient « vigilantes ». Selon lui, les traversées dans le détroit d’Ormuz se sont poursuivies de manière sûre samedi, avec le passage de 55 navires marchands.

Les négociations suisses et l’avenir du protocole américano-iranien dépendent plus que jamais des affrontements entre Israël et le mouvement pro-iranien Hezbollah, qui ne sont ni l’un ni l’autre signataires de l’accord.

Israël « totalement responsable »

Les opérations israéliennes ont fait au moins 24 morts samedi dans le sud du Liban, où l’armée israélienne a annoncé pour sa part qu’un de ses soldats avait été tué, portant à cinq ses pertes dans le pays depuis la conclusion de l’accord préliminaire irano-américain.

Israël, qui occupe une partie du sud du Liban, a déclaré viser des positions du Hezbollah en représailles à des attaques contre ses troupes. Un responsable militaire israélien a cependant affirmé samedi que l’armée avait reçu l’ordre de la direction politique du pays de cesser les affrontements avec le Hezbollah, tout en continuant à y opérer « de manière défensive ».

De son côté, le Hezbollah a affirmé qu’Israël était « totalement responsable » des violations de la trêve. Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre au Moyen-Orient par des tirs de roquettes sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, tué lors des frappes américano-israéliennes sur Téhéran qui ont déclenché la guerre le 28 février.

[Source : Le Monde]