Iran: 5ème jour de manifestations, six morts dans l'ouest du pays

Des affrontements localisés entre manifestants et forces de l'ordre ont fait six morts ce jeudi 1er janvier dans l'ouest de l'Iran, selon une agence de presse et un gouverneur. Ce sont les premières victimes d'une mobilisation contre la vie chère commencée il y a 5 jours. Parmi les personnes tuées figure un membre du Bassidj, une milice affiliée aux Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique.

Jan 2, 2026 - 10:33
Iran: 5ème jour de manifestations, six morts dans l'ouest du pays
Une vue de Téhéran, la capitale de l'Iran, en décembre, image d'illustration. L'Iran est agité par des manifestations depuis 5 jours. Décembre 2025 © AP Photo/Vahid Salemi

Ce jeudi 1er janvier, des heurts ont été signalés dans des villes moyennes de dizaines de milliers d'habitants. À Lordegan (sud-ouest), deux personnes ont été tuées, a écrit l'agence Fars, semblant désigner des civils.

Parmi les victimes figure un membre d'une milice affiliée aux Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique.
Le mouvement est parti dimanche de la capitale Téhéran, où des commerçants ont fermé boutique pour protester contre l'hyperinflation, la dépréciation de la monnaie et le marasme économique. Il a ensuite gagné des universités et le reste du pays.

Selon l'agence Fars, "des manifestants ont commencé à jeter des pierres sur les bâtiments administratifs, dont le gouvernorat, la mosquée, la mairie et des banques", et la police a fait usage de gaz lacrymogène.

L'agence iranienne a fait état "d'importants dégâts" et de l'arrestation de plusieurs personnes qualifiées de "meneurs". Elle a ensuite annoncé qu'à Azna (ouest), trois personnes avaient été tuées et 17 autres blessées "lors d'affrontements", là aussi dans une référence apparente à des civils. Selon elle, "un groupe d'émeutiers a profité d'un rassemblement de protestation (...) pour attaquer un commissariat de police".

Un volontaire islamiste tué

Plus tôt dans la journée, un membre des forces de l'ordre avait été tué au cours d'affrontements à Kouhdasht (ouest), a indiqué la télévision d'État, citant le gouverneur local. Âgé de 21 ans et membre du Bassidj, "il défendait l'ordre public", selon cet officiel, qui a fait état de "jets de pierres" et de 13 blessés parmi les policiers. Les forces du Bassidj sont des milices de volontaires islamistes, affiliées aux Gardiens de la Révolution.

Le président Massoud Pezeshkian a sonné la mobilisation de son gouvernement: "d'un point de vue islamique (...), si nous ne résolvons pas le problème des moyens de subsistance des gens, nous finirons en enfer", a-t-il déclaré dans un discours retransmis à la télévision, en précisant que ce terme renvoyait à un châtiment religieux.

Un pays à l'arrêt

Le 31 décembre, un bâtiment gouvernemental avait été attaqué dans le sud de l'Iran à Fassa, alors que la quasi-totalité du pays avait été mise en congé, sur décision des autorités, qui ont invoqué le froid et des économies d'énergie. Elles n'ont fait officiellement aucun lien avec les manifestations. L'Iran est au début d'un week-end prolongé qui s'achèvera dimanche .

Le pouvoir a dès le début des protestations tenté de jouer l'apaisement, reconnaissant des "revendications légitimes" liées aux difficultés économiques. Et des médias iraniens parlent cette fois de manifestants alors qu'ils les avaient qualifiés d'émeutiers lors des précédents mouvements. Mais la justice a mis en garde contre toute tentative de déstabiliser le pays.

"Toute tentative" visant à transformer ce mouvement "en un outil d'insécurité, de destruction des biens publics ou de mise en oeuvre de scénarios conçus à l'étranger sera inévitablement suivie d'une réponse (...) ferme", a prévenu le procureur général, Mohammad Movahedi-Azad.

"Moment Tiananmen"

En début de semaine, une vidéo montrant une personne assise au milieu d'une rue de Téhéran face à des policiers à moto était devenue virale sur les réseaux sociaux, certains y voyant le symbole d'un "moment Tiananmen".

La télévision d'État a dénoncé ce jeudi une mise en scène visant à "créer un symbole", et diffusé une vidéo censée être prise depuis un autre angle par la caméra embarquée d'un policier.

Assis en tailleur, le manifestant reste impassible, tête basse, avant de se recouvrir la tête de son blouson alors que derrière lui une foule court pour s'éloigner de nuages de gaz lacrymogène.

7 personnes arrêtées

Dans la soirée du 31 décembre, l'agence de presse Tasnim a fait état de l'arrestation de sept personnes décrites comme affiliées à des "groupes hostiles à la République islamique basés aux États-Unis et l'Europe". 

Tasnim a accusé ces personnes d'avoir pour "mission de transformer en violence les manifestations", sans préciser quand ni où ces interpellations se sont produites.

[Source: TV5Monde]