Rayan Cherki, ce diamant brut que Pep Guardiola aimerait polir
Le footballeur lyonnais de 22 ans enchaîne depuis deux mois les prestations de haut niveau sous le maillot des Skyblues, gagnant peu à peu la confiance de l’exigeant coach catalan.
Trente ans après Eric Cantona, un autre footballeur français est en passe de conquérir Manchester. La « Cherkimania » à City n’a pas encore atteint les sommets de la « Cantomania » du milieu des années 1990 à United, mais six mois après son arrivée dans le nord de l’Angleterre, Rayan Cherki enchaîne les performances spectaculaires et, avec elles, suscite l’admiration du public.
La dernière en date, une passe décisive et un but, le 27 décembre sur la pelouse de Nottingham Forest, ont valu à l’ancien Lyonnais les éloges de son coach, Pep Guardiola. Le Catalan, qui a eu sous ses ordres une flopée de joueurs de génie, dont l’octuple Ballon d’or Lionel Messi, le décrit comme « l’un des joueurs les plus talentueux » qu’il ait connu dans sa carrière. Rien de moins. Mais il le met aussi en garde : il n’est « pas toujours nécessaire de faire des choses exceptionnelles ».
Rayan Cherki a une nouvelle occasion de briller, jeudi 1er janvier, dans le cadre de la 19e journée du championnat anglais, face à Sunderland. Un adversaire contre lequel il s’est déjà illustré le 6 décembre avec un centre « en coup du foulard » – un ballon frappé derrière la jambe d’appui – conclu par un but de la tête de Phil Foden, dont les images sont devenues virales.
Un déclic à l’été 2024
Meilleur passeur de Premier League avec le milieu offensif de United Bruno Fernandes (sept passes), le Français peut se targuer d’avoir atteint ce total en moins de rencontres que son homologue portugais – 13 matchs contre 17 –, à cause d’une blessure qui l’a tenu éloigné des terrains pendant un mois. Car depuis le 2 décembre, personne n’a fait mieux que lui dans les cinq grands championnats européens.
Toutes compétitions confondues, la recrue des Skyblues a réussi huit passes décisives et inscrit cinq buts. Loin de la caricature du footballeur doué, mais dénué de pragmatisme et de sens collectif.
Rayan Cherki, 22 ans, fait partie de ces talents précoces et identifiés comme tel depuis leur plus jeune âge. Avec l’Olympique lyonnais (OL), il a toujours été surclassé, effectuant ses débuts professionnels, à 16 ans, en 2019. Ce footballeur ambidextre – une rareté – a, comme d’autres avant lui, connu des années délicates, alternant coups d’éclat et périodes de doute, qui ont pu faire douter de sa capacité à réaliser son plein potentiel.
Le déclic s’est produit à l’été 2024 lorsque son club formateur le met à l’écart, un an avant la fin de son contrat : l’objectif est alors de forcer une vente ou une prolongation, pour ne pas perdre le produit d’un transfert. Le Paris Saint-Germain (PSG) et le Borussia Dortmund sont près de l’engager, mais renoncent. Le joueur finit par être réintégré à l’effectif rhodanien, après une extension de son contrat de deux ans. Conscient que son avenir dans une grande écurie européenne passe par des prestations de haut niveau régulières, il se métamorphose. Il termine meilleur passeur de Ligue 1 et figure même dans l’équipe type de la saison.
« Sentiment ambivalent »
Rayan Cherki est un joueur offensif inclassable. Pas vraiment attaquant, mais plus que milieu de terrain. Avec lui, tout est question d’équilibre entre l’émancipation dont il a besoin sur le terrain et son intégration au travail d’équipe. Avec un naturel désarmant, il a reconnu au micro de Canal+ n’avoir « pas trop écouté les consignes du coach » sur l’action de son but contre Nottingham Forest. « Il avait envie que je reste excentré [sur le terrain] mais j’ai senti qu’il fallait aller dans l’axe », a-t-il développé.
« Depuis le premier jour, j’ai ce truc avec Rayan : parfois je lui crie dessus, parfois j’ai envie de l’embrasser. Il y a toujours ce sentiment ambivalent avec lui », a résumé Pep Guardiola en conférence de presse. Réputé pour son exigence, le Catalan semble être l’entraîneur idéal pour ce footballeur atypique, alternant les louanges et les avertissements, et pondérant les compliments lorsqu’ils se font trop nombreux.
Le 17 décembre, après une qualification en quart de finale de Coupe de la Ligue contre Brentford, Pep Guardiola a dévoilé une partie de sa stratégie de gestion du Lyonnais. « C’est un gars qui joue sans pression, comme s’il jouait dans la rue. Mais je vais le pousser », a-t-il plaisanté, rappelant néanmoins que Manchester City était « très satisfait » des débuts de l’international français.
Signe de cette confiance grandissante, le Français avait vécu, une semaine plus tôt, sa première titularisation en Ligue des champions contre le Real Madrid au stade madrilène Santiago Bernabeu. Sélectionné à quatre reprises avec les Bleus, Rayan Cherki fait tout pour se rendre également incontournable aux yeux de son sélectionneur. S’il continue à ce rythme, Didier Deschamps pourra difficilement s’en passer dans six mois lors de la Coupe du monde aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique.
[Source: Le Monde]