Arsenal-Atlético de Madrid : à rebours du football spectacle, celui de la guerre d’usure pour une place en finale de Ligue des champions
Après leur match nul à l’aller (1-1), les Gunners et les Colchoneros se retrouvent pour leur demi-finale retour, mardi 5 mai, à Londres. Une affiche à l’opposé de PSG-Bayern, entre deux formations au style de jeu plus restrictif.
L’heure du retour a sonné pour Arsenal et l’Atlético de Madrid. Une semaine après leur match nul (1-1) en demi-finale aller de la Ligue des champions, dans la capitale espagnole, les deux clubs se retrouvent, mardi 5 mai, à l’Emirates Stadium de Londres. En ligne de mire : une place en finale de la prestigieuse compétition européenne de football, que ni les Gunners ni les Colchoneros n’ont jamais remportée.
En dépit de l’enjeu, ces retrouvailles arrivent surtout lestées du contraste avec l’autre affiche du dernier carré de cette édition 2026. La manche aller entre l’Atlético et Arsenal a pris des airs de bras de fer verrouillé. Chaque équipe a eu sa période, mais la qualité technique et l’audace ont parfois fait défaut. Les seules fois où le ballon a fait trembler les filets ont été sur penalty. A l’inverse, l’acte I de la confrontation entre le Paris Saint-Germain (PSG) et le Bayern Munich, le 28 avril, a été hissé par les spectateurs et les médias au rang de rencontre d’anthologie. Un feu d’artifice, conclu par neuf buts.
Au point que même Mikel Arteta, l’entraîneur des Gunners, a reconnu n’avoir jamais vu « pareil spectacle ». Un constat partagé par son homologue des Colchoneros, Diego Simeone. Avec toutefois un bémol de taille : « Quand une partie se termine sur un score de 5-4, tout le monde dit : “Quel beau match !” Moi, je dis : ils ont pris cinq et quatre buts. Donc je ne sais pas si, pour nous les entraîneurs, c’est vraiment un si bon match. »
Installé sur le banc madrilène depuis quinze ans, l’Argentin y a bâti une philosophie de jeu défensive, fondée sur la compacité de son équipe, l’intensité et le bloc bas. La vision de Mikel Arteta est un peu différente. Sous la direction de l’Espagnol, les Gunners cherchent davantage le contrôle du ballon et la maîtrise territoriale. Reste que les deux entraîneurs partagent une même obsession : réduire les espaces, limiter les risques et étouffer leur adversaire.
Quitte, côté londonien, à s’appuyer sur les coups de pied arrêtés pour marquer et à raviver le souvenir du boring Arsenal (« l’ennuyeux Arsenal ») du début des années 1990. « Ça va être hyper quadrillé des deux côtés, hyper défensif, prédit l’ancien Gunner Robert Pirès auprès de l’Agence France-Presse, avant le match retour. Ça peut être dur physiquement et nerveusement. » Une clé pour soulever la « coupe aux grandes oreilles », le 30 mai, à Budapest, à défaut d’emballer les suiveurs ?
« Deux mondes différents »
Pour Mikel Arteta, comparer les deux demi-finales de cette Ligue des champions sans tenir compte du contexte serait injuste. « Quand je regarde le nombre de minutes jouées et la fraîcheur des joueurs [du PSG et du Bayern], je ne suis pas surpris. Pour offrir ces moments de qualité, il faut être en pleine forme », a estimé le technicien. Il souligne également « la différence énorme entre les championnats et la façon dont ils se disputent ».
A ses yeux, les quatre équipes engagées évoluent dans « deux mondes différents ». Arsenal a déjà disputé 58 matchs cette saison, l’Atlético 56, quand le PSG et le Bayern Munich en totalisent tous deux 51. Le club parisien a même pu bénéficier du report de deux rencontres de Ligue 1 lors de sa campagne européenne.
Cette fraîcheur, les Gunners vont peut-être la trouver dans les jambes de Bukayo Saka. Samedi, pour sa première titularisation en plus d’un mois pour cause de blessure, l’ailier anglais a inscrit un but et signé une passe décisive lors de la victoire de son équipe contre Fulham (3-0) en Premier League. Le joueur de 24 ans peut apporter le liant technique qui a manqué à l’attaque londonienne et mettre le numéro 9 suédois Viktor Gyokeres dans les meilleures dispositions face aux filets. « Il revient au moment le plus important de la saison et maintenant il est frais. Il est frais dans la tête et sa détermination est au plus haut », a d’ailleurs apprécié son entraîneur.
Quant aux Colchoneros, à rebours de leur image de collectif « coffre-fort », ils se montrent plus offensifs sur cet exercice 2025-2026. Sur la demi-finale aller, ils ont tiré à dix-huit reprises. Mais avec seulement quatre frappes cadrées et une transversale, il leur faudra montrer plus d’efficacité dans ce secteur pour espérer décrocher le billet pour Budapest. La présence dans le groupe du voyage à Londres de Julian Alvarez, sorti sur blessure, lors de la première manche, est de bon augure : l’attaquant argentin fait office, avec l’ex-international français Antoine Griezmann, de centre de gravité des contre-attaques madrilènes.
Défendre ne pourrait se résumer à observer ou attendre. Couper une ligne de passe, enfermer une relance, forcer l’adversaire à reculer constituent le savoir-faire des deux formations, qui privilégient le contrôle et la sécurité. Un football moins flamboyant que le PSG ou le Bayern, mais pas moins cohérent tactiquement. Surtout, comme le résume Robert Pirès, l’essentiel « est de gagner ». Et l’ancien Bleu, finaliste malheureux de la Ligue des champions avec Arsenal en 2006 contre le FC Barcelone, d’insister : « Les gens vont dire : “Ils ne savent que défendre, que marquer sur coup de pied arrêté.” Pas de problème, mais pourquoi les autres ne le font pas ? »
Furieux après le penalty annulé en faveur d’Arsenal lors de la première manche, au match aller, Mikel Arteta a demandé à ses troupes de transformer l’énergie et la dynamique de leur victoire convaincante contre Fulham en carburant pour enflammer l’Emirates Stadium, mardi soir. Et s’offrir ainsi une chance de jouer le titre. En inscrivant plus de buts que son adversaire ou en encaissant moins, telle reste la question.
[Source : Le Monde]