Les médias, le terrorisme et la responsabilité

Dr. Sirwan Abdulkarim Ali / Commentateur politique

Mar 8, 2026 - 14:35
Les médias, le terrorisme et la responsabilité

Dans le monde actuel, le terrorisme ne se limite plus aux armes, aux explosifs ni aux attentats-suicides. Avec le développement rapide des technologies et la migration d'une grande partie de la vie humaine vers l'espace numérique, une nouvelle forme d'influence est apparue, tout aussi dangereuse que le terrorisme traditionnel. Ce phénomène peut être qualifié de « terrorisme médiatique ».

En Irak, et en particulier dans la région du Kurdistan, cette transformation apparaît clairement lorsque l'on compare l'environnement médiatique actuel à celui des décennies précédentes. Dans les années 1980, alors que l'Irak ne disposait que de deux chaînes de télévision, les grilles de programmes étaient structurées dans un but social. Les programmes étaient soigneusement organisés : il y avait des horaires spécifiques pour les enfants, des programmes culturels, des segments éducatifs, des bulletins d'information quotidiens et des émissions de divertissement qui visaient à équilibrer la diffusion d'informations et les normes sociales et culturelles.

Malgré les limites de cette époque, les professionnels des médias s'efforçaient de remplir une mission culturelle et éducative, en proposant des contenus adaptés à différents groupes d'âge. Aujourd'hui, cependant, la situation a radicalement changé. Il existe des dizaines de chaînes de télévision et de plateformes d'information en ligne, dont la plupart se concentrent presque exclusivement sur l'actualité politique. La plupart de ces contenus sont peu fiables ou inappropriés pour certains groupes d'âge.

Le problème ne réside pas seulement dans la quantité de chaînes, mais aussi dans la nature du discours médiatique dominant. La majorité de la couverture médiatique kurde tourne autour des salaires versés par le gouvernement et des retards de paiement, alors qu'une grande partie de la population ne dépend pas du tout des salaires versés par le gouvernement. En conséquence, la peur, la tension et le stress sont devenus des thèmes récurrents dans l'environnement médiatique kurde.

Certains médias se sont progressivement transformés en plateformes qui génèrent une pression psychologique et une anxiété publique continues, plutôt que de servir de canaux de connaissance et de discussion publique constructive. Cette atmosphère n'affecte pas seulement l'opinion publique, mais a également un impact sur le comportement économique et la stabilité du marché, où des informations exagérées ou trompeuses peuvent déclencher la panique, la spéculation, voire la manipulation économique informelle.

Dans ce contexte, le terme « mouches électroniques » (armées de trolls numériques) est devenu largement utilisé ces dernières années. À première vue, cette expression peut sembler être une étiquette sarcastique pour désigner des comptes en ligne ennuyeux. En réalité, elle décrit des réseaux numériques organisés fonctionnant de manière similaire aux organisations extrémistes.

Ces armées numériques coordonnent des milliers de comptes (souvent faux ou contrôlés) pour répandre des rumeurs, diffamer des individus, inciter à la tension sectaire et amplifier les discours haineux et racistes. Si, par le passé, un terroriste portait une ceinture explosive pour semer la terreur dans les rues, le terroriste numérique d'aujourd'hui est armé d'un clavier, répandant un poison intellectuel, des incitations verbales et des intimidations destinées à faire taire les voix dissidentes.

Les acteurs extrémistes ont compris que les conflits modernes ne se livrent plus uniquement sur les champs de bataille. Ils se livrent également dans l'arène de la sensibilisation et de l'opinion publique. Par conséquent, des investissements importants ont été consentis dans la création de réseaux de propagande en ligne destinés à manipuler l'information, à déformer les faits et à générer un bruit numérique qui sème la confusion au sein des sociétés et affaiblit la confiance dans les institutions.

Cette situation devient encore plus complexe dans le contexte des tensions régionales actuelles, notamment avec le conflit en cours impliquant l'Iran. Ces tensions risquent d'aggraver les divisions au sein de l'Irak, où certains groupes politiques du sud du pays expriment leur soutien à l'Iran, tandis que la région du Kurdistan tente de maintenir une neutralité prudente et stratégique.

Cependant, au Moyen-Orient, la neutralité est souvent interprétée comme une opposition. En d'autres termes, si l'on ne se range pas clairement du côté d'une des parties, cette neutralité peut être perçue comme une opposition à l'une d'elles. Pour la région du Kurdistan, il est extrêmement difficile de maintenir la neutralité dans de telles circonstances et cela nécessite un discours médiatique responsable qui réduise les tensions plutôt que d'amplifier la peur.

Le danger du terrorisme médiatique réside dans le fait qu'il s'infiltre silencieusement dans les esprits. Contrairement aux explosions, il ne provoque pas de destruction physique immédiate, mais il a le pouvoir de fracturer les sociétés de l'intérieur en semant le doute, la haine et la division.

C'est pourquoi la lutte contre le terrorisme à l'ère moderne n'est plus uniquement une responsabilité sécuritaire. Elle est également devenue une responsabilité médiatique, intellectuelle et culturelle. Tout comme les États combattent le terrorisme armé pour protéger des vies, ils doivent également lutter contre le terrorisme médiatique pour protéger la conscience publique. Les médias ne doivent pas se contenter de diffuser des informations ; ils ont une responsabilité éthique et professionnelle qui exige des normes claires capables de protéger les sociétés contre la manipulation et la peur artificielle.

En fin de compte, une conscience éclairée reste la défense la plus puissante contre les campagnes de désinformation et la première ligne de protection pour la stabilité sociale et la paix. Car le terrorisme, quelle que soit l'évolution de ses outils, partage toujours la même essence : la tentative de répandre la peur et d'affaiblir les sociétés, que ce soit par les armes ou par les mots.

[Traduit par EDGE news]