Ni fusion, ni retrait, Marseille lancé vers une quadrangulaire pour le second tour des municipales

Benoît Payan, maire sortant divers gauche, a déposé ses listes, dès lundi, refusant un rapprochement avec LFI. Plusieurs centaines de personnes ont manifesté devant sa permanence, lundi soir.

Mar 17, 2026 - 04:16
Ni fusion, ni retrait, Marseille lancé vers une quadrangulaire pour le second tour des municipales
Rassemblement à l’appel du collectif Faisons front commun pour une fusion des listes de gauche, devant le QG de campagne de Benoît Payan, à Marseille, le 16 mars 2026. FRANCE KEYSER/MYOP POUR « LE MONDE »

Le Printemps marseillais avait préparé son coup. « Dès samedi dernier, après notre réunion entre candidats, il était clair que l’on déposerait nos listes ce lundi matin », raconte l’ex-maire écologiste Michèle Rubirola, désormais numéro 2 derrière Benoît Payan. Les scores de la veille, qui ont vu le candidat de l’union de la gauche arriver en tête de justesse, au premier tour, devant le Rassemblement national (RN) Franck Allisio (36,70 % contre 35,02 %), et la divers droite Martine Vassal et le député La France insoumise (LFI) Sébastien Delogu être relégués à plus de 20 points (12,41 % et 11,94 %), n’ont rien changé à la stratégie prévue.

Lundi 16 mars à 11 h 30, le maire de Marseille et une vingtaine de ses colistiers sont arrivés en cortège à la préfecture des Bouches-du-Rhône. Une mise en scène bien rodée pour médiatiser au mieux le dépôt de leurs listes pour le second tour. Des listes inchangées pour la mairie centrale comme pour l’ensemble des huit secteurs de la ville dans lesquels le Printemps marseillais est qualifié. Une stratégie pour couper court à toute pression sur une possible fusion avec les listes LFI, alors qu’à Toulouse, à Lyon ou plus proche encore, à Avignon, cette option prenait corps.

La veille, son score décevant, pas encore digéré, Sébastien Delogu avait proposé à Benoît Payan une « fusion technique » pour constituer ce qu’il appelle un « front antifasciste ». Une idée balayée par le leader du Printemps marseillais. « Je ne parle pas aux appareils politiques. Face au RN, il n’y a ni compromission, ni tambouille, ni arrangement. J’ai une seule ligne, toujours la même, celle de la clarté. Je m’adresse aux Marseillais et je les invite à se rassembler, dès dimanche, derrière le Printemps marseillais », expliquait le maire à son arrivée à la préfecture. « On ne peut pas se permettre un vaudeville pendant deux jours autour d’une possible fusion avec Sébastien Delogu. Si j’étais lui, je tournerais le truc en disant : “Ils sont irresponsables, mais moi, je suis responsable pour deux et je me retire” », glissait encore l’édile.

Rassemblement à l’appel du collectif Faisons front commun pour une fusion des listes de gauche, devant le QG de campagne de Benoît Payan, à Marseille, le 16 mars 2026.

L’espoir d’un retour en arrière

« Irresponsable », c’est bien le qualificatif qu’utilisent les « insoumis » pour décrire la fin de non-recevoir de Benoît Payan. « Il joue avec le feu », regrette Mohamed Bensaada, tête de liste LFI, arrivé troisième dans le 7ᵉ secteur et sincèrement inquiet de voir le RN prendre sa ville. Vingt-quatre heures après le vote, l’option du retrait de Sébastien Delogu ne restait qu’un choix parmi d’autres. Et pas forcément le plus étudié. « D’une manière ou d’une autre, nous serons présents au second tour. On croit encore en la fusion et il reste le maintien », détaillait Hedi Bounouar, son directeur de campagne. Le député LFI et ses principaux colistiers devaient se retrouver dans la soirée pour décider de la suite. Tous font mine de croire à un possible retour en arrière de Benoît Payan d’ici à la fin officielle du dépôt des listes, mardi 17 mars à 18 heures, et au pouvoir de la pression populaire, pour lui faire entendre raison.

Dans l’après-midi, Sébastien Delogu a diffusé sur ces réseaux sociaux une vidéo demandant au peuple marseillais « de se faire entendre pour créer les conditions du rassemblement ». En fin de journée, quelques centaines de manifestants se sont réunies à l’appel du collectif Faisons front commun, qui réclame, depuis plusieurs mois, une fusion des listes de gauche.

Devant l’hôtel de ville, puis face au quartier général du Printemps marseillais, la petite foule a rappelé au maire que sa décision n’était pas du goût de tous les électeurs de gauche, en détournant, avec slogans et pancartes, ses récentes déclarations : « Payan fait du lien, le Printemps, c’est pas le tien », « L’union de la gauche, ce n’est ni tambouille, ni arrangement, c’est la démocratie ». Au milieu du rassemblement, Jakob se dit agacé par les deux camps et désespéré que la gauche ne s’entende pas. « Ce n’était pas la peine que Delogu attaque Payan comme ça pendant la campagne. Et lui, il pourrait se montrer moins arrogant », résume ce quinquagénaire allemand installé à Marseille depuis plusieurs années.

Rassemblement à l’appel du collectif Faisons front commun pour une fusion des listes de gauche, devant le QG de campagne de Benoît Payan, à Marseille, le 16 mars 2026.

Contrariété pour le RN

A droite, c’est par un communiqué de presse que la candidate Martine Vassal a, elle, fait savoir qu’elle maintenait ses listes au second tour. « Nos courants doivent continuer à être représentés », assure la candidate divers droite, dont la campagne a tourné au fiasco. Tout au long de la journée, les colistiers de la présidente de la métropole Aix-Marseille se sont relayés pour justifier la décision. Le conseiller régional Christophe Madrolle y voit « un acte de résistance républicaine face à la montée des extrêmes ». « S’il n’y a pas maintien, une bonne part de nos électeurs du premier tour feront barrage à Payan et renforceront Allisio », assure celui qui se définit comme un « écologiste raisonnable ».

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier (Renaissance), élu deux fois grâce au retrait des listes de gauche en 2015 puis en 2021, y voit, lui aussi, la meilleure solution. « Les électeurs qui nous ont fait confiance ne doivent pas être punis une seconde fois en étant exclus de la majorité métropolitaine », explique-t-il. Un sacrifice qu’il a pourtant demandé aux électeurs de gauche lors des régionales.

Ce maintien ne fait pas les affaires de Franck Allisio. Au lendemain du vote, le candidat RN a tenté une dernière fois de convaincre Martine Vassal de le rejoindre. En vain. « Nous avons tendu la main jusqu’au bout, elle n’a pas eu le courage de la saisir. Elle finira à 5 %, après avoir déçu ses derniers soutiens », lui a prédit l’élu RN qui se voit déjà maire de Marseille.

[Source: Le Monde]