Jean-Luc Mélenchon annonce être candidat à l’élection présidentielle pour la quatrième fois, sur une ligne toujours plus « antisystème »
En dépit de l’émergence de plusieurs figures au sein de La France insoumise et de sa promesse de laisser la place après 2022, le leader populiste a annoncé sa candidature, dimanche, sur TF1.
Le secret a été bien gardé tout au long du weekend même si l’information n’a surpris personne. Jean-Luc Mélenchon a annoncé, dimanche 3 mai, au journal télévisé de 20 heures de TF1, sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Après 2012, 2017 et 2022, le dirigeant de la France insoumise (LFI) va tenter une quatrième fois de conquérir la magistrature suprême, sous la bannière du mouvement qu’il a fondé voilà dix ans. « Je suis candidat. C’est le contexte et l’urgence qui ont fixé la décision insoumise », a déclaré l’homme âgé de 74 ans, engagé en politique depuis le mitan des années 1970, parlementaire sous François Mitterrand et ministre sous Lionel Jospin.
« La discussion ne s’est pas portée sur quel est le meilleur candidat du point de vue de je ne sais quoi, de quelle esthétique – c’était qui est ce qui est le mieux préparé pour faire face à la situation qui arrive », a-t-il ajouté, plaidant l’expérience face aux nouveaux défis : « Nous entrons dans une saison très agitée de l’histoire du monde. Nous sommes menacés d’une guerre généralisée, nous sommes menacés par un changement spectaculaire du climat et puis nous avons une crise économique et sociale qui s’avance vers nous. »
Cette accélération de la campagne de LFI n’était jusqu’alors qu’une rumeur nourrie par les petites pierres récemment posées par Jean-Luc Mélenchon. Elle ne va pas arranger ceux qui espèrent encore l’union de la gauche et l’organisation d’une primaire, notamment Les Ecologistes, les ex- « insoumis » de L’Après et Debout !, le mouvement de François Ruffin. Mardi 5 mai, ces derniers organisent un rassemblement à La Bellevilloise à Paris et l’annonce de la candidature du dirigeant de La France insoumise (LFI) confirme un peu plus la perspective d’une gauche éclatée au premier tour de l’élection présidentielle.
Ce dimanche 3 mai, les quelque 90 membres de l’intergroupe parlementaire « insoumis » – les députés et eurodéputés – et les maires LFI, se sont réunis à huis clos pour décider du nom de Jean-Luc Mélenchon. « Je n’ai pas d’autres noms à vous soumettre », assurait déjà Manuel Bompard mi-avril. Deux autres réunions de ce type se tiendront les 2 et 30 juin prochains, afin d’affiner les suites de la campagne.
Cet intergroupe a eu la charge d’approuver le nom que lui a soumis l’autre organe dirigeant de LFI, « la coordination des espaces » et ses 12 membres, essentiellement des lieutenants et des proches historiques de Jean-Luc Mélenchon. On y retrouve entre autres le coordinateur du mouvement Manuel Bompard, les députés Mathilde Panot, Bastien Lachaud, Paul Vannier, Clémence Guetté, Louis Boyard, Danièle Obono, Antoine Léaument, Aurélie Trouvé, Manon Aubry, Eric Coquerel, Sophia Chikirou, et Jean-Luc Mélenchon lui-même. Les militants et sympathisants seront ensuite invités à plébisciter le nom choisi sur une plateforme.
Candidature verrouillée
Vendredi, du haut de la tribune « insoumise » installée place de la République, à Paris, au lancement du cortège du 1er-Mai, Jean-Luc Mélenchon a sonné le clairon de la campagne. « Nous sommes prêts ! […] Nous sommes aujourd’hui à moins d’un an du deuxième tour de l’élection présidentielle de 2027. Moins d’un an, les petits amis. Et dans moins d’un an, zou ! On y va ! Zou les chaussures de marche ! Zou les stylos pour le porte-à-porte ! », a-t-il lancé, entouré de plusieurs élus de LFI, dont le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko.
Cette candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, préparée de longue date, a été verrouillée malgré l’émergence de figures nationales, jeunes et populaires, au sein du mouvement. Contrairement à sa volonté affichée, l’ancien candidat n’a pas été « remplacé », comme il l’appelait de ses mots en septembre 2022 dans un entretien à Reporterre. « Je n’aspire pas à renouveler sans cesse le même rôle », disait-il alors, quelques mois après le premier tour. Le soir de sa défaite, il faisait semblant de vouloir passer la main : « Faites sans moi, mais faites mieux. » Au début de sa précédente campagne, le 6 août 2021, il promettait déjà dans les colonnes du Dauphiné libéré : « Il est évident que c’est ma dernière candidature. C’est même un argument en ma faveur : je suis le seul à ne pas organiser une carrière. »
Dans un premier temps, Jean-Luc Mélenchon a semblé prendre un peu de champ avec son mouvement, refusant même l’investiture aux législatives en 2022 pour mieux chapeauter l’Institut La Boétie, l’organe de formation militante de LFI. Parfois, le mouvement a même pu lui échapper. Il s’est d’abord retrouvé isolé lors de l’affaire Adrien Quatennens, le député du Nord qu’il avait soutenu publiquement et qui a été condamné par la suite à quatre mois de prison avec sursis pour violences conjugales. Quelques mois plus tard, la nouvelle direction, menée par Manuel Bompard, a été source de nouvelles tensions alors que plusieurs figures historiques dont Alexis Corbière, Clémentine Autain, Eric Coquerel et Raquel Garrido en étaient écartés.
« Un boulet pour la gauche »
Au sein de LFI, les noms ne manquaient pourtant pas à l’appel de la succession de Jean-Luc Mélenchon. Outre Manuel Bompard, la députée européenne Rima Hassan est devenue l’une des visages les plus populaires au sein de La France insoumise depuis la campagne des européennes. Plus récemment, le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, cible d’attaques racistes depuis son élection, fait des émules et talonne Jean-Luc Mélenchon dans les études d’opinion.
Avant eux, François Ruffin s’est longtemps installé dans le fauteuil du dauphin où l’avait placé Jean-Luc Mélenchon d’un « François est prêt. En avant ! », dans un message sur Twitter, le 12 avril 2023. Mais les désaccords de fond et les tensions en série entre les deux hommes auront raison du député de la Somme, écarté de la direction de LFI lui aussi. Il claquera la porte du mouvement à l’été 2024, accusant Jean-Luc Mélenchon d’être « un boulet pour la gauche ». Depuis, François Ruffin s’est rapproché du reste de la gauche et plaide pour l’union. A Lyon, le 24 avril, il a rassemblé plus de 2 000 personnes lors d’un meeting à l’air libre. Une performance. De quoi presser Jean-Luc Mélenchon à s’annoncer ?
En réalité, le triple candidat déroule sa partition, alors que les autres appareils de la gauche discutent encore et toujours d’une candidature commune. Sa stratégie de mobilisation de l’électorat abstentionniste, portée depuis 2022, semble porter ses fruits, renforcée par le concept de « Nouvelle France » et la dénonciation du « génocide » à Gaza. Aux européennes de 2024, LFI a récolté plus de 1 million de voix supplémentaires par rapport à 2019. Aux municipales de mars, le mouvement a remporté huit villes et a fait son entrée dans les conseils municipaux de la majorité des agglomérations de plus de 100 000 habitants.
Rejet grandissant dans l’opinion
Revers de la médaille, Jean-Luc Mélenchon voit aussi son plafond de verre s’épaissir depuis quatre ans. Son refus, en premier lieu, de qualifier les actions du Hamas du 7 octobre 2023 de « terroristes », préférant l’appeler « offensive armée de forces palestiniennes », a marqué le début d’un rejet grandissant dans l’opinion. Depuis le début de l’année, il appuie cette stratégie du clivage permanent. Il a apporté son soutien sans faille à la Jeune Garde, le groupuscule antifasciste dont certains membres sont accusés d’être responsables de la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque, le 14 février, à Lyon. Les jours suivant, il déformait volontairement les patronymes juifs de Raphaël Glucksmann et Jeffrey Epstein. « Il est le Jean-Marie Le Pen de notre époque », dénonçait alors le numéro un de Place publique, Raphäel Glucksmann.
Ses attaques contre les médias – il en a exclu récemment plusieurs lors de deux conférences de presse – illustre d’autant plus sa volonté d’apparaître comme un candidat « antisystème ». Dans la dernière enquête électorale menée par Ipsos BVA-CESI Ecole d’ingénieurs pour Le Monde, le Cevipof et la Fondation Jean Jaurès, forte d’un large échantillon de 10 962 personnes inscrites sur les listes électorales, la perspective d’une élection de Jean-Luc Mélenchon est la plus rejetée (81 %), très loin devant celle de Jordan Bardella ou de Marine Le Pen.
[Source : Le Monde]