Le périscolaire doit être repensé à l’échelle nationale

La crise qui secoue depuis un an le périscolaire parisien est l’aboutissement d’une évolution au long cours. Face aux contraintes des nouveaux rythmes scolaires, l’éducation nationale a par défaut eu recours au secteur de l’animation tout en ne le contrôlant pas réellement, puisqu’il dépend des collectivités locales.

Avr 28, 2026 - 14:55
Le périscolaire doit être repensé à l’échelle nationale
Rentrée des classes à l’école élémentaire Bonneveine-Zénatti, à Marseille, le 2 septembre 2024. CLÉMENT MAHOUDEAU/AFP

Depuis un an à Paris, le périscolaire est en crise. Tout semble avoir commencé au printemps 2025 dans le 11e arrondissement de la capitale, à l’école Alphonse-Baudin, où un animateur employé par la Ville de Paris a été mis en cause pour des agressions sexuelles. Depuis, des dizaines de plaintes ont été déposées pour des faits similaires, plus anciens ou survenus depuis, dans des écoles parisiennes.

Au-delà de ces signalements d’une extrême gravité, la parole des familles s’est aussi libérée sur des violences éducatives (cris, menaces, défaut de surveillance et d’attention), susceptibles de créer un continuum de malveillance propice aux agressions. La crise de confiance entre les parents d’élèves parisiens et le périscolaire couvait en réalité depuis longtemps : pendant des années, des familles ont alerté sur la faible formation des animateurs, la rotation importante des agents, le dialogue parfois difficile entre eux et le personnel enseignant, et la qualité variable des « TAP », les « temps d’activités périscolaires », issus de la réforme des rythmes de 2013.

En effet, à Paris, la semaine est étalée sur cinq demi-journées de classe : les mardis et vendredis, les écoliers finissent à 15 heures et enchaînent sur les TAP, sous la houlette des animateurs. Dans la majorité des écoles ailleurs en France, le périscolaire ne concerne que les trois temps du matin, de la cantine et du soir, ainsi que le mercredi toute la journée. Paris est l’une des rares villes à avoir conservé la réforme des 4,5 jours.

Formation inadaptée

Dès les premiers jours de son mandat, en 2017, Emmanuel Macron a en effet réintroduit une souplesse que les communes se sont empressées de saisir. Cette réforme coûteuse a par ailleurs suscité une bronca des enseignants, qui faisaient classe sur 4,5 jours au lieu de quatre pour le même salaire. Mais même si elle a été remise en cause, cette mesure aura généré un énorme appel d’air sur les postes d’animateurs, afin de répondre à la demande. Le nombre d’enfants accueillis au périscolaire se stabilise aujourd’hui autour de 2 millions de bénéficiaires, deux fois plus qu’avant la réforme. De l’avis de nombreux observateurs, c’est dans ces recrutements massifs, associés à une trop faible réflexion sur l’articulation entre temps scolaire et périscolaire, que la dégradation de l’offre s’est jouée.

La réforme des rythmes, venue de l’éducation nationale et non des communes, n’a en effet pas été pensée pour améliorer les activités après l’école, mais les apprentissages eux-mêmes. Il s’agissait de coller aux recommandations des chronobiologistes, quasi unanimes sur les bienfaits de l’étalement des cours sur cinq matinées. Mais les employés du secteur de l’animation ne sont pas prioritairement formés à l’intervention dans les écoles : majoritairement issus de l’éducation populaire, ils sont titulaires d’un brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (BAFA) dont l’inspection générale de l’éducation nationale estimait, dans un rapport en 2021, qu’il n’était « pas adapté aux besoins du secteur ». Auxquels s’ajoutent de nombreux intervenants non titulaires, qui ne sont pas toujours diplômés ni expérimentés.

Si la réforme des temps scolaires de 2013 a parachevé l’emprise du secteur de l’animation sur l’accueil périscolaire, celle-ci est aussi le fruit d’une longue mutation. Au départ, comme le rappelle le récent ouvrage collectif Idées reçues sur l’animation jeunesse (dirigé par Yaëlle Amsellem-Mainguy, Hugo Bréant et Emmanuel Porte, Le Cavalier bleu, 160 pages, 21 euros), les « centres de plein air » ou « centres aérés », développés après-guerre, n’accueillent pas les enfants avant et après la classe, mais plutôt durant la journée de congé scolaire hebdomadaire et les vacances. La « garderie » ou « l’étude » est souvent dévolue aux enseignants eux-mêmes. Dans les années 1980, avec le développement de l’emploi féminin, le besoin de garde après la fin des cours augmente. C’est aussi à cette époque que l’école s’ouvre à des pédagogies dites « innovantes » et que l’on commence à tenir compte de l’importance du ludisme dans les apprentissages : recruter des animateurs doit permettre de proposer des temps de loisirs à plus forte valeur ajoutée éducative.

Grandes différences d’offres

On voit donc comment, au fil du temps, le sujet s’est mué en impensé d’un système scolaire qui ne s’est pas montré à la hauteur de ses ambitions : alors même que le périscolaire devait gagner en qualité et dépasser la simple « garderie », la formation et la fidélisation des animateurs censés remplir cette mission n’ont pas, ou très peu, été consolidées. Dans son rapport de 2021 précité, l’inspection générale rappelait que « la rémunération brute mensuelle [d’un animateur] sur un temps partiel de 20 heures est fixée à 820 euros ». « Ce niveau de rémunération, directement lié aux capacités de financement des collectivités, soulève la question de la nature des moyens financiers mobilisés par l’Etat pour la mise en œuvre d’une réelle ambition de continuité éducative », concluait le rapport.

Devant l’immense disparité des offres locales, une solution pour rationaliser le système et assurer une qualité homogène de l’accueil périscolaire serait de proposer un cadrage national des attentes – et des budgets – en faisant travailler plus étroitement l’éducation nationale et les communes. On pourrait, par exemple, encourager les enseignants à s’investir aux côtés des animateurs, moyennant rémunération par l’éducation nationale elle-même. Certes, c’est déjà le cas dans certaines villes, où les enseignants peuvent assurer des heures d’étude. Mais c’est la commune qui les rémunère et cela dépend donc de ses moyens. Une autre option serait de s’appuyer sur d’autres agents de l’éducation nationale pour compléter l’encadrement : les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), notoirement mal rémunérés et souvent contraints au temps partiel, seraient sans doute preneurs. De telles ambitions supposent, toutefois, un dialogue étroit entre les différents acteurs et des moyens supplémentaires.

[Source : Le Monde]