Marilyn Monroe dans « Le Monde », de super-étoile à victime du star-system

La vedette hollywoodienne, figure mythique du cinéma, fait l’objet d’une rétrospective et d’une exposition à la Cinémathèque française, du 8 avril au 26 juillet. Le quotidien du soir mentionne son nom pour la première fois le 26 novembre 1952 pour louer ses qualités d’actrice, dans un film où elle tient un second rôle.

Juin 2, 2026 - 10:35
Marilyn Monroe dans « Le Monde », de super-étoile à victime du star-system
L’actrice Marilyn Monroe. PHOTO12 VIA AFP

Depuis sa mort, le 4 août 1962, à 36 ans, la star américaine, élevée depuis longtemps au rang d’icône, continue de fasciner. A l’occasion du centenaire de sa naissance, une rétrospective et une exposition lui sont consacrées à la Cinémathèque française, à Paris, du 8 avril au 26 juillet.

La parution, le 6 mai, d’un livre de Sébastien Cauchon et Catherine Deneuve, Marilyn chérie (Flammarion), où l’actrice française a choisi et commenté 100 photographies de la comédienne hollywoodienne ; la publication en France d’un autre ouvrage, Conversations avec Marilyn (Seghers), de W. J. Weatherby, contenant l’une de ses dernières interviews, indiquent aussi que son mythe reste un sujet inépuisable.

Qu’a écrit Le Monde à son sujet de son vivant ? Le quotidien du soir appréhende d’emblée le phénomène Marilyn. L’actrice américaine, de son vrai nom Norma Jeane Baker, apparaît pour la première fois dans les colonnes du journal le 26 novembre 1952, à la fin d’une critique de Le démon s’éveille la nuit, de Fritz Lang. L’article est signé par Christine de Rivoyre, appelée à connaître plus tard une brillante carrière de romancière.

Si le film du réalisateur de Metropolis déplaît à la journaliste, la comédienne, qui ne joue alors qu’un second rôle, la séduit au plus haut point : « Marilyn Monroe est ravissante. Il paraît que c’est une des “vamps” les plus prometteuses de Hollywood. (…) Le démon s’éveille la nuit nous prouve qu’elle est capable d’incarner également les jeunes premières boudeuses à la Shelley Winters. Elle n’est pas écrasée par Barbara Stanwyck une seconde : c’est une performance. »

Impressionnante tournée

Lorsqu’elle revient dans les pages du Monde, le 22 juin 1953, dans un compte rendu de Troublez-moi ce soir, de Roy Baker, Marilyn Monroe est déjà presque une vedette. Le film n’éblouit pas le critique de cinéma Jean de Baroncelli, mais son actrice l’enthousiasme : « Le but éminemment commercial de l’ouvrage n’est guère contestable. La meilleure preuve en est qu’il a pour vedette Marilyn Monroe, super-étoile de la télévision américaine. (…) [Elle] a un visage d’archange ; cette beauté masquant les signes ordinaires de la folie ne laisse pas de nous émouvoir. »

L’assertion du journaliste selon laquelle la comédienne serait une « super-étoile de la télévision américaine » est étonnante : cette dernière n’a jamais travaillé pour le petit écran. Mais l’élan de Baroncelli pour cette actrice va se prolonger. Lorsqu’il écrit, le 18 septembre 1953, sur Niagara, d’Henry Hathaway, seule la figure de Marilyn semble l’intéresser, avec une évidente fascination : « On connaît la fulgurante carrière de Marilyn Monroe. Comme sa sœur en beauté Aphrodite, elle est née des ondes. (…) En sa personne semblaient réunis les trésors épars d’un innombrable cortège de pin-up girls. »

Autant que sa carrière au cinéma, Le Monde couvre le phénomène Marilyn Monroe. Henri Pierre, le correspondant du journal à Washington, raconte, le 25 février 1954, l’impressionnante tournée de l’actrice : « L’émotion provoquée par Marilyn Monroe est, il va sans dire, d’un tout autre ordre. Au cours de sa tournée en Corée elle a provoqué des bagarres furieuses entre “marines” venus, après des kilomètres de marche forcée, saluer leur idole. Les images de la télévision nous la représentèrent, frissonnant dans une robe collante et très “sexy”, en plein hiver au milieu de soldats vêtus de chauds costumes. »

« Processus de démolition »

Lorsque la star, deux fois divorcée, se marie avec le dramaturge Arthur Miller, Henri Pierre livre, le 7 juillet 1956, dans un article intitulé « Marilyn Monroe délivrée par les mandarins », une analyse exemplaire : « Marilyn Monroe n’est pas seulement un beau corps, elle est une institution, un mythe, un puissant symbole. Elle fait maintenant partie du patrimoine américain ; on l’appelle “M. M.”, de même qu’on résumait Roosevelt en “F. D. R.”… Mais derrière le personnage public, artificiel, fabriqué par la publicité il y a une jeune femme pleine de complexes, qui manque de confiance en elle au point d’en bégayer et cherche péniblement à redevenir elle-même. »

La dimension tragique de l’actrice est parfaitement perçue par Jean de Baroncelli dans ce qui sera son dernier film, Les Désaxés. Le journaliste signe la critique du long-métrage de John Huston, d’après un scénario d’Arthur Miller, dans un article du 11 avril 1961 : « Miller n’a pas dessiné un caractère romanesque. Il a exploré un cœur bien vivant – celui de sa femme. Il a mis à nu ce personnage mythique qu’était Marilyn Monroe et, en le démythifiant, il en a fait un être de chair, de sang et de nerfs, aussi dangereux que vulnérable. »

Vulnérable est le mot. La mort de l’actrice est annoncée, le 7 août 1962, en une du journal, fait alors inhabituel pour une vedette de cinéma. Le titre de la nécrologie signée par Yvonne Baby, plume historique du Monde, l’inscrit dans la légende : « La mort de Marilyn Monroe. Suicide ou accident ? Une victime du “star system” ».

En effet, le corps de Marilyn, qui repose encore à la morgue de Los Angeles, n’a pas été réclamé que déjà affleure le mystère de son décès. « Sa mort, écrit la journaliste, pourrait illustrer ces mots que Scott Fitzgerald marquait en exergue du Crack-up : “Toute vie est un processus de démolition…” » Le quotidien continuera d’interroger cette vie et cette mort dans ses colonnes, consacrant à la star davantage d’articles post mortem que de son vivant.

[Source : Le Monde]