Le pinceau lumineux de Claude Monet dans un beau livre grand format
Le maître impressionniste déploie sur ses toiles d’éblouissantes symphonies de couleurs. Elles découlent de sa quête de la lumière, fil conducteur du superbe « Monet. Par-delà l’horizon » que lui consacre l’historienne de l’art Marianne Mathieu.
Les couleurs semblent jaillir de la couverture : jaune d’or, bleu lavande, vert d’eau, rose fleur de nénuphar. Nous voilà projetés en pleine nature sur le Chemin à travers les iris (1914-1917), de Claude Monet (1840-1926), dont une magnifique reproduction se déploie sur l’écrin entoilé de l’ouvrage proposé par Hazan dans une édition de luxe. Un livre grand format richement illustré d’œuvres du maître, qui se présentent sur des doubles pages sans bordure, afin d’offrir au lecteur une plongée dans sa peinture. La reliure a été conçue pour permettre d’ouvrir largement le volume, ce qui procure un confort de lecture et de feuilletage particulièrement bienvenu.
Barbe blanche fournie, cheveux coupés ras, Monet s’affiche en ouverture sur une photographie en noir et blanc de Nadar, prise en 1901, alors qu’il a 61 ans. Le regard est un peu flou – l’artiste allait bientôt être atteint d’une double cataracte – et semble illustrer le titre que Marianne Mathieu a donné à son ouvrage : Monet. Par-delà l’horizon. Spécialiste du peintre, l’historienne de l’art est l’ancienne chargée des collections du Musée Marmottan-Monet, à Paris, qui recèle nombre de ses chefs-d’œuvre. Dont Impression, soleil levant (1872), qui a donné son nom au mouvement impressionniste. Membre du Comité Monet, elle a consacré plusieurs ouvrages et expositions à l’artiste, dont, ces dernières années, « Monet - Mitchell », en 2022, à la Fondation Louis-Vuitton, à Paris, ou « Monet en pleine lumière », présentée en 2023 au Grimaldi Forum, à Monaco, qui était centrée sur les toiles réalisées lors des séjours du peintre dans le Sud, point de bascule dans sa création.
Le mouvement du soleil
Peindre la lumière a, en effet, été la grande affaire de l’artiste jardinier qui, sabots aux pieds et chapeau sur la tête, comme on le voit sur une photo de Theodore Robinson, pouvait passer des heures en pleine nature, traînant son lourd chevalet. Il y était à l’affût, au meilleur endroit pour capturer de ses pinceaux les changements opérés par le mouvement du soleil sur les couleurs d’un feuillage, d’une écorce, d’un étang, d’un parterre de fleurs.
L’autrice a choisi d’aborder de manière chronologique le travail du peintre autodidacte, des prémices de l’impressionnisme à son œuvre ultime, la représentation des féeries de son bassin de Giverny (Eure), fort mal accueillies en leur temps par certains, tel le peintre et écrivain Jacques-Emile Blanche dénigrant « ces taches, ces éclaboussures, ces égratignures infligées à la toile ».
Chaque étape est illustrée par des reproductions d’œuvres présentées dans leur intégralité ou en partie afin d’en révéler les détails. Des nymphéas, dont la symphonie de couleurs ne cesse d’éblouir, mais aussi la cathédrale de Rouen, tantôt en harmonie de roses, tantôt en dégradés de violet ou de bleu. Ou ces paysages de la Riviera, son soleil ardent, ses oliviers, citronniers et palmiers, qui permettent au Normand de renouveler sa palette, avec des explosions de jaune d’où jaillissent des traits de vert et de bleu. Ou encore Venise et son palais des Doges qu’il juge d’abord « trop beau pour être peint » avant de saisir ses pinceaux pour en sublimer les formes géométriques et leur reflet sur la lagune… « A travers son exemple, c’est l’image de l’artiste moderne qui se dessine », avance en conclusion Marianne Mathieu. Son ouvrage en est une superbe illustration.
[Source: Le Monde]