« Faire du domaine public un lieu d’expression et d’inclusion artistique » : dans la Haute-Vienne, l’ambition de Charles Meillat
Partout en France, à l’approche des élections municipales de mars 2026, « Le Monde » brosse le portrait de passionnés qui font vivre la culture dans des villes moyennes ou des villages. Aujourd’hui, le président du tiers-lieu Manestela, à Saint-Junien, œuvre à imprégner l’espace public de théâtre et de culture.
On l’a parfois pris pour « un Parisien venu faire du théâtre à la campagne ». Charles Meillat en rigole. En dépit de ses douze années à Paris, le comédien et metteur en scène est un enfant du pays. Né en 1987, il a grandi à Saint-Junien (Haute-Vienne). C’est là qu’avec le collectif d’artistes Champ libre, il a fondé le festival du même nom en 2016. Là qu’il a pu faire du théâtre comme il l’entendait : « dans la rue », « sur les places publiques » et « pour des gens qui ne vont pas dans les salles ». Là qu’il a acheté L’Etoile bleue, un ancien patronage catholique, où, enfant, il accompagnait sa mère, « qui y faisait du théâtre amateur », pour en faire un lieu de création artistique. Enfin, là qu’en 2019, il est revenu s’installer avec son épouse architecte. Concrétisant une « envie de nature, d’espace et de réconfort », née dans le Paris postattentats de 2015.
Il n’est pas venu seul. Cinq de ses acolytes rencontrés sur les planches des écoles de théâtre parisiennes l’ont suivi dans la commune de quelque 11 500 habitants. Sans attache territoriale pour leur part. Mais, comme en témoigne Camille Voyenne, son ami depuis le Cours Florent, « Charles aime profondément créer du lien avec les gens ».
Le sens du collectif est dans l’ADN de Charles Meillat. A 20 ans, il rêve de faire du théâtre à Paris, abandonne la faculté de médecine à Limoges et entre au Cours Florent. Souvenir mitigé : « Ça n’était pas ce que j’avais imaginé. On nous préparait à être des acteurs, mais de façon très individuelle. » Lui cherche « l’esprit de troupe ». Il le trouve en intégrant la première promotion du Laboratoire de formation au Théâtre physique, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). « Un moment de bonheur, de créativité », se remémore-t-il, et d’expérience collective pendant plusieurs années.
« Un festival accessible »
Mais Charles Meillat étouffe à Paris, « dans un entre-soi » où « c’est toujours le même public qui va voir les pièces ». Alors, il imagine pour Saint-Junien « un festival accessible, en pleine nature et pluridisciplinaire ». Avec du théâtre, bien sûr, et « des expos, des projections, des ateliers, des concerts… » Environ 500 spectateurs assistent à la première édition ; 5 000 à la dixième, l’été 2025. Une programmation concentrée sur dix jours, toujours « à prix libre », insiste Charles Meillat, afin de « faire tomber les barrières ». Son association reçoit de la mairie, historiquement communiste, une subvention annuelle de 9 000 euros et une aide logistique. « Elle nous soutient depuis le début. »
Certains projets, néanmoins, Charles Meillat les a menés sur ses économies. Comme pour L’Etoile bleue : en 2018, ce lieu emblématique de la vie socioculturelle locale depuis 1903, quasi à l’abandon – seul y subsiste un club de gym – est à vendre. Le projet de Charles Meillat, fidèle à la vocation du site, séduit le diocèse de Limoges, qui le lui cède pour 80 000 euros et finance la réfection des toitures. Le chantier reste colossal. Aidé de bénévoles, le collectif Champ libre se retrousse les manches, rénove salle après salle, et transforme le lieu en résidence pour les artistes.
En 2021, L’Etoile bleue est labellisée « Fabrique culturelle et artistique » par la Région Nouvelle-Aquitaine. Quelque 30 compagnies y sont accueillies à l’année. Ouvert à la population et aux associations, le lieu est aussi fréquenté par 15 000 personnes par an, avec bar, ludothèque, ateliers : « Il y a 27 créneaux d’activités par semaine. »
Charles Meillat pourrait s’arrêter là. Mais cet « acharné de travail », selon ses amis, a l’idée de faire de L’Etoile Bleue un tiers-lieu. Il lui manque de l’espace. A proximité, se trouvent les locaux vides d’une ancienne ganterie coopérative. Le projet fédère la communauté de communes, la municipalité et des acteurs du monde associatif et commerçant. Ainsi naît, en 2024, une nouvelle aventure collective : la Manestela (la main et l’étoile, en occitan), « un lieu de coopération, de rencontres, de travail et de création »… L’été, Manestela programme aussi trois mois d’offre culturelle, sur une des principales places de la ville. Son président, Charles Meillat, y poursuit ainsi son ambition de « faire du domaine public un lieu d’expression et d’inclusion artistique ».
[Source: Le Monde]