Coupe du monde 2026 : face à la France, l’Irak compte sur Aymen Hussein, sa star meurtrie par la guerre

L’attaquant de 30 ans, buteur lors du premier match face à la Norvège et principal danger de l’équipe irakienne pour les Bleus, lundi, a connu plusieurs drames familiaux liés aux conflits dans son pays.

Juin 22, 2026 - 13:49
Coupe du monde 2026 : face à la France, l’Irak compte sur Aymen Hussein, sa star meurtrie par la guerre
Aymen Hussein célèbre son but lors du match de Coupe du monde entre l’Irak et la Norvège à Boston (Massachusetts), le 16 juin 2026. MARTIN MEISSNER / AP PHOTO/MARTIN MEISSNER

A l’aéroport de Chicago (Illinois), ce 6 juin, Aymen Hussein patiente fébrilement, isolé dans une salle à moitié éclairée. Ses coéquipiers de l’équipe d’Irak ont depuis longtemps été autorisés à pénétrer sur le territoire des Etats-Unis, mais pas lui. « J’ai eu peur, sur le coup, de ne pas pouvoir participer à la Coupe du monde. J’étais simplement venu pour jouer, pour réaliser le rêve de tous les Irakiens », confie par message, au Monde, l’attaquant de 30 ans. Après sept heures d’une attente qui lui paraît interminable, il foule finalement le sol américain. Un des photographes de la sélection est, de son côté, refoulé.

Le vice-capitaine des Lions de Mésopotamie sera donc présent, lundi 22 juin, pour affronter l’équipe de France à Philadelphie (Pennsylvanie), six jours après avoir marqué, lors de la défaite face à la Norvège (1-4), le premier but de l’Irak dans un Mondial depuis son unique participation, en 1986. « Ça représente beaucoup, mais la sensation n’est pas aussi bonne quand on perd le match », avait-il déclaré après la rencontre, sans revenir sur l’épisode de Chicago.

Aymen Hussein aurait pourtant pu s’émouvoir de cette avanie infligée par les Etats-Unis, pays envahisseur qui avait, en 2003, renversé le régime de Saddam Hussein, plongé durablement l’Irak dans la guerre et bouleversé indirectement le destin de sa famille. En 2008, à 12 ans, le jeune footballeur avait ainsi perdu son père, assassiné par des membres d’Al-Qaida, qui en avaient fait une cible en raison de son rang d’officier dans l’armée irakienne.

Originaire de Hawija, dans la province de Kirkouk – une région proche du nord de l’Iran, extrêmement instable lors de la guerre –, Aymen Hussein parvient à lancer sa carrière au début des années 2010, dans un pays encore en ruines. Ses performances dans un club de la deuxième division du Kurdistan – non reconnue par la Fédération internationale (FIFA) – lui permettent de rejoindre une formation de l’élite du football irakien, quelques mois avant un nouveau drame.

Un but dans l’histoire

En 2014, son frère, également membre de l’armée, est kidnappé par l’organisation Etat islamique. Le clan Hussein, contraint de quitter son foyer en raison de l’avancée des troupes du califat dans la province de Kirkouk, n’aura plus jamais de nouvelles. « Depuis, je joue au football pour ma famille mais aussi pour tous les Irakiens », glisse la star des Lions de Mésopotamie qui ne souhaite pas davantage s’épancher sur ce sujet.

« Comme d’autres membres de la sélection, le parcours d’Aymen raconte l’histoire du pays des vingt dernières années », affirme Hassanin Mubarak, journaliste auteur de plusieurs ouvrages sur le football irakien. La formation dirigée par l’Australien Graham Arnold compte 12 joueurs dont les parents ont fui la guerre, et qui ont grandi ou sont nés en Europe, souvent en Scandinavie.

De son côté, Aymen Hussein s’est fait un nom dans son pays, en dépit de tout. « Il n’a pas besoin d’être présenté. Ses performances parlent d’elles-mêmes, non seulement en Irak, mais aussi dans toute la région et dans le monde du football arabe », a déclaré Jalal Hassan, gardien de but et capitaine de l’équipe nationale, au média Al-Jazira.

Le 31 mars, le joueur d’Al-Karma (club de la première division irakienne) avait inscrit, lors du succès contre la Bolivie (2-1), le but de la qualification de l’Irak pour la Coupe du monde. « Avant le match, je m’étais dit que je ne pourrais pas retourner au pays si on ne l’emportait pas. Je ne me sentais pas de vivre parmi les nôtres sans avoir pu leur offrir ça », raconte-t-il aujourd’hui. Cette réalisation est entrée dans l’histoire du football irakien, au même titre que le but de la victoire de Younis Mahmoud en finale de la Coupe d’Asie 2007.

« Une bête féroce »

Ce dernier, ex-idole des Lions de Mésopotamie et désormais président de la Fédération irakienne de football, avait adoubé le jeune Aymen Hussein, en août 2015, à la veille de sa première cape contre le Liban : « Il prendra ma place en équipe nationale. » La route n’aura cependant pas été linéaire pour l’attaquant, qui n’avait inscrit que deux buts lors de ses 30 premiers matchs en sélection.

Longtemps à la peine, il avait même subi un désaveu lors du premier match de l’Irak à la Coupe arabe 2021. Entré en cours de jeu contre Oman, Aymen Hussein avait raté l’occasion, sur un penalty, d’égaliser dans le temps additionnel. Son sélectionneur de l’époque, le Monténégrin Zeljko Petrovic, s’était précipité sur la pelouse pour l’empêcher de retenter sa chance, alors que l’arbitre avait donné le tir à retirer.

« Il a été grandement critiqué mais il a su se relever pour prouver sa valeur. C’est une source d’inspiration et il est aujourd’hui un leader sur le terrain et en dehors, que ses coéquipiers prennent en exemple », estime Mustafa Aldashti, journaliste irakien pour le site Football Gallery. Le reporter précise que la France devra se méfier de son jeu de tête, qui lui a permis de marquer contre la Norvège. « Dans la surface de réparation, c’est une bête féroce », soulignait son coéquipier l’arrière gauche Merchas Doski après ce match.

Une bête blessée, dont le parcours avait ému son premier entraîneur à Kirkouk, Amer Al-Mahjoul, cité, en 2016, dans un article du journaliste Hassanin Mubarak sur le site émirati Ahdaaf, spécialisé dans le football : « La vie d’Aymen est marquée par la souffrance, mais il a su résister et nous ravir, ce qui prouve qu’il est un joueur qui aspire à avoir un impact majeur depuis ses débuts dans le football… Aymen répond aux assassins en marquant des buts pour notre équipe nationale. »

[Source : Le Monde]