Présidentielle en Colombie: le candidat pro-Trump Abelardo de la Espriella élu, le pays bascule à l'extrême droite
Le politicien d'extrême droite Abelardo de la Espriella a promis dimanche 21 juin une "nouvelle ère" après avoir remporté l'élection présidentielle en Colombie, faisant basculer le paysage politique du pays. Avocat de profession, il est soutenu par les États-Unis de Donald Trump.
Abelardo de la Espriella, homme d'affaires novice en politique, a battu de peu le sénateur de gauche Ivan Cepeda lors du second tour. Les résultats préliminaires le donnent gagnant avec 49,7% des voix, contre 48,7% pour le philosophe et défenseur des droits humains. Le président élu prendra ses fonctions le 7 août, dans un contexte de résurgence de la violence dans ce pays plongé dans un conflit armé interne depuis plus de six décennies.
Derrière un vitrage pare-balles, Abelardo de la Espriella a célébré le début d'une "nouvelle ère" face à des milliers de partisans réunis à Barranquilla (nord). Partisan d'une opposition frontale aux groupes armés liés au narcotrafic, il a juré de poursuivre "sans relâche les bandits, dans le cadre de la Constitution et des lois de la République", et de gouverner pour "tous les Colombiens". "Le Tigre", comme le surnomment ses supporters, promet la sécurité après une campagne marquée par des attentats à la bombe de la guérilla et l'assassinat d'un prétendant à la présidence.
Nouveau virage à l'extrême droite en Amérique latine
Avec Abelardo de la Espriella, la Colombie devient le dernier pays latino-américain en date à virer à droite, après l'Argentine, le Chili ou encore l'Equateur dont les dirigeants, alignés sur Washington, ont rapidement félicité le président élu. Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a vanté sur X une future collaboration "en matière de sécurité" et pour "mettre fin à l'immigration clandestine vers les États-Unis". Le président américain Donald Trump, de son côté, a publié sur sa plateforme Truth Social une photo du millionnaire colombien, accompagnée du message: "Il a gagné, et largement!".
Les partisans de l'excentrique avocat de 47 ans sont descendus dans les rues de plusieurs villes de Colombie pour laisser éclater leur joie, avec sur le dos le maillot jaune de l'équipe nationale de football qu'il avait adopté lors de la campagne.
À Cali, troisième ville du pays, des manifestants mécontents de l'issue du scrutin ont au contraire brûlé des drapeaux américains et affronté la police antiémeute, ont constaté des journalistes de l'AFP. À Bogota également, des protestations ont eu lieu. "Nous n'allons pas soutenir ce gouvernement, il ne me représente pas en tant que jeune", a déclaré à l'AFP Brandon, un étudiant de 19 ans, en promettant "beaucoup d'autres manifestations" à venir.
Ivan Cepeda a assuré qu'il n'accepterait pas la défaite avant le dépouillement final, lequel devrait prendre plusieurs jours. Il entend contester les résultats de 33.000 bureaux de vote. Le sénateur de 63 ans, allié du président sortant Gustavo Petro, était soutenu notamment parmi les classes populaires reconnaissantes pour la réduction de la pauvreté et les salaires plus élevés sous le premier gouvernement de gauche de l'histoire de la Colombie, l'un des pays les plus inégalitaires au monde.
Ascension fulgurante
Abelardo de la Espriella a connu une ascension fulgurante avec un discours virulent contre les guérillas et Gustavo Petro, que la Constitution empêchait de briguer un second mandat. Il incarne une ligne dure face au crime organisé dans un pays qui est le premier producteur de cocaïne au monde. Sa victoire "trace une voie de prospérité et de sécurité pour le pays", a réagi Samuel Gomez, directeur de collège de 39 ans, à Barranquilla (nord).
Ivan Cepeda défendait au contraire la poursuite de la stratégie du gouvernement Petro visant à négocier la paix avec les organisations criminelles (guérillas, paramilitaires, cartels) impliquées dans le narcotrafic, malgré de maigres résultats, et voulait approfondir les réformes sociales. L'un de ses partisans, Santiago Galindo, employé de banque à Bogota, s'est dit "très nerveux" face à ce que pourrait entreprendre Abelardo de la Espriella. Selon les experts, ses promesses d'offensive militaire pourraient plonger le pays dans une nouvelle spirale de violence.
Admirateur du président salvadorien Nayib Bukele et de l'Argentin Javier Milei, l'homme d'affaires promet de faire construire des méga-prisons où les détenus seraient nourris "de pain et d'eau", de bombarder les camps de narcotrafiquants avec le soutien des États-Unis et d'Israël et de réduire de 40% l'appareil d'État. Après une campagne ayant révélé la forte polarisation de l'opinion, le futur président, dépourvu de majorité au Parlement, devra "reconnaître que la moitié du pays n'est pas d'accord" avec lui, estime Giovanna Pinzon, une psychologue de 46 ans.
[Source : TV5Monde]