COP30 : dans les rues de Belem, au Brésil, les manifestants appellent à entendre « les vraies gens avec des vrais problèmes »

Plusieurs milliers de personnes, notamment des représentants des peuples autochtones, ont défilé afin de faire pression sur les négociateurs de la conférence mondiale climat. Ils appellent à sortir des énergies fossiles et à stopper la déforestation

Nov 16, 2025 - 05:46
Nov 16, 2025 - 05:52
COP30 : dans les rues de Belem, au Brésil, les manifestants appellent à entendre « les vraies gens avec des vrais problèmes »
Manifestation pour réclamer la justice climatique et la protection territoriale lors de la COP30, à Belem (Brésil), le 15 novembre 2025 ANDERSON COELHO / REUTERS

Ils avancent au rythme des maracas, tambours et chants traditionnels. Coiffes de plumes et colliers de perles, arcs au dos pour certains, enfants en écharpe pour d’autres : les représentants des peuples autochtones brésiliens se sont mélangés à plusieurs milliers de militants de tous les pays, samedi 15 novembre, lors d’une vaste marche à Belem (Brésil).

Objectif : faire pression sur les négociateurs participant à la conférence mondiale sur le climat (COP30), qui se tient jusqu’au 21 novembre dans cette ville amazonienne, pour qu’ils aboutissent à des résultats concrets dans la lutte contre le réchauffement. Une première depuis trois ans, alors que les manifestations étaient interdites dans les centres-villes de Bakou (Azerbaïdjan), Dubaï (Emirats arabes unis) et Charm el-Cheikh (Egypte), où ont eu lieu les précédentes éditions de cette grand-messe climatique.

« Nous voulons que les gens comprennent que l’Amazonie n’est pas la carte postale que le gouvernement brésilien montre », revendique Nadia Akawa Tupinamba, l’une des représentantes du peuple Tupinamba, dans l’Etat de Bahia, le bas du visage maquillé de peinture rouge. Comme d’autres, elle considère que la COP exclut les peuples, en particulier indigènes, des négociations.

« Impliquer ceux qui souffrent le plus »

Mardi 11 et vendredi 14 novembre, des manifestants ont forcé et bloqué l’entrée du site de la COP. Ils ont obtenu une rencontre avec des responsables brésiliens, dont le président de la conférence André Correa do Lago, pour évoquer leurs revendications, notamment la démarcation de leurs terres.

« Les négociateurs devraient parler des solutions de nos communautés pour la nature », appelle Nadia Akawa Tupinamba. A la place de quoi, « ils négocient notre eau, nos forêts et notre air », ajoute-t-elle. Elle dénonce également les compagnies minières et l’agrobusiness qui « détruisent nos terres, nos forêts, nous empoisonnent, nous menacent ». « Avec le gouvernement brésilien, ils nous poussent vers le précipice », abonde une représentante des Galibi-Marworno, qui vivent dans l’Etat de l’Amapa.

Au-delà des peuples indigènes, de nombreux manifestants insistent sur l’importance de mieux prendre en compte les populations dans le cadre des négociations onusiennes. Leila Maia, une professeure de philosophie de 31 ans, est venue voir passer le long cortège coloré en voisine, avec sa mère et le reste de sa famille.

« Cette journée est le moment le plus important de la COP car elle rassemble de vraies gens avec des vrais problèmes », assure-t-elle. « Cette marche permet d’impliquer ceux qui souffrent le plus du changement climatique, ceux qui n’ont pas les moyens d’avoir la climatisation 24 heures sur 24 ou de se déplacer comme ils le souhaitent, abonde Matheus Bastos do Carmo, un étudiant en génie biologique de 28 ans. Si la population n’est pas incluse dans la conversation, alors la COP est juste une réunion d’affaires, où chacun défend ses propres intérêts. »

La manifestation est aussi l’occasion de faire entendre la voix de représentants des pays les plus vulnérables. Le militant David Michael Terungwa a fait le déplacement depuis le Nigeria. « Dans mon pays, la crise climatique entraîne des inondations, la désertification, une hausse des températures qui entraîne une prolifération des moustiques, rappelle-t-il. Tout cela a des impacts sur la sécurité alimentaire et provoque de l’insécurité. Les dirigeants mondiaux doivent regarder cette vérité et mettre en œuvre leurs engagements, sans attendre la COP100 ou la COP1000 ! Il y en a assez des discours et des promesses. »

Préservation de l’Amazonie, éducation à l’environnement, genre, impacts de la crise climatique sur la santé, dénonciation de l’agriculture industrielle et de l’extractivisme… Les slogans brandis dans le cortège, parti en début de matinée du marché de Sao Bras, dans le centre de Belem, sont nombreux. Un artiste danois, Jens Galschiot, pousse un chariot sur lequel est installée une sculpture représentant Donald Trump juché sur les épaules d’un homme, ployant sous son poids, pour dénoncer les entraves de l’administration américaine à la lutte pour le climat.

Manifestation pour réclamer la justice climatique et la protection territoriale lors de la COP30, à Belem (Brésil), le 15 novembre 2025

Négociations tendues

Des manifestantes vêtues de noir enterrent symboliquement les énergies fossiles. « Une Amazonie sans gaz et sans pétrole », « Plus d’açaï, moins de pétrole »… Le sujet est particulièrement mis en avant par les manifestants.

Venu notamment représenter des groupes de pêcheurs brésiliens, Henrique Kefalas dénonce le projet d’exploration de pétrole au large de l’embouchure de l’Amazone, validé par le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva en octobre. « On ne veut pas de ce pétrole et le projet est lancé sans consulter les populations », dénonce-t-il, rappelant qu’une marée noire avait souillé plus de 2000 km de côtes du nord-est brésilien en 2019. Il balaie l’argument du chef de l’Etat, qui défend les fossiles pour assurer les besoins de développement de son pays : « L’argent du pétrole va dans les poches des hommes d’affaires, des riches, pas du peuple. »

Ces messages envoyés par les manifestants parviendront-ils jusqu’au palais des congrès de l’Amazonie, accessible uniquement aux délégations officielles et aux personnes accréditées ? A l’issue de la première semaine de la COP, et alors que les ministres de l’environnement sont attendus à partir de lundi 17 novembre, de nombreux sujets font toujours l’objet de négociations tendues : financements, manque d’ambitions des Etats par rapport à l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C, adaptation face au changement climatique, mise en place d’une feuille de route pour rendre opérationnelle la sortie des énergies fossiles… « Il faudra encore rapprocher les points de vue si l’on veut aboutir à un accord dans une semaine », résumait vendredi la délégation française.

A la fin de la marche, à quelques centaines de mètres du centre de conférences, les représentants des peuples autochtones dansent en cercle, sous les volutes d’un calumet. « Ils invoquent les esprits des ancêtres et de la nature pour remporter leur combat, celui du respect de leurs terres et de leurs droits », décrypte Fernanda Pinto, professeure à l’université de l’Etat du Tocantins. J’espère que la COP entendra ces gens qui essaient juste de vivre. »

[Source: Le Monde]