"Nous craignons un nouveau génocide" au Liban affirme la Turquie, plus de 800 morts et 800 000 déplacés en dix jours
Israël mène une offensive intensive contre le Hezbollah au Liban depuis le 2 mars 2026. Jérusalem frappe des zones jusqu'ici épargnées, en menaçant le pays d'une destruction comparable à celle de Gaza. L'ONU et la communauté internationale multiplient de leur côté les appels à une cessation immédiate des hostilités.
826 personnes dont 106 enfants ont été tués au Liban en moins de deux semaines. Ces chiffres ont été révélés par l'ONG du Conseil norvégien pour les réfugiés (CNR), ce vendredi 13 mars. Cette nouvelle phase meurtrière du conflit entre Israël et le Hezbollah a été déclenchée le 2 mars, après que le mouvement pro-iranien a lancé des missiles sur Israël. Elle venait en représailles aux frappes israélo-américaines contre l'Iran, au cours desquelles le guide suprême Ali Khamenei a été tué.
Une partie des Libanais espéraient que le Hezbollah ne riposterait pas, car son soutien au Hamas avait déjà valu des attaques israéliennes dévastatrices, rappelle l'agence Associated Press. Le ministère libanais de la Santé publique a recensé de son côté 773 morts et 1.933 blessés à la date du 13 mars, a rapporté la chaîne qatarie Al Jazeera.
Plus de 800 000 personnes déplacées
Parmi les victimes figurent des personnels médicaux. 31 soignants, secouristes et infirmiers ont été tués en treize jours. Pour les autorités libanaises, Israël cible délibérément les ambulances en intervention. Une ambulance a été directement frappée dans le sud du pays et un établissement du Comité islamique de la santé à Burj Qalawiya a également été touché, selon l’Agence France Presse. L'armée israélienne, de son côté, affirme que le Hezbollah utilise les ambulances et les infrastructures médicales à des fins militaires, selon l’AFP.
En seulement dix jours, ce sont plus de 800.000 personnes qui ont été déplacées, soit environ une personne sur sept au Liban. Le gouvernement libanais n'a pu reloger qu'environ 120.000 d'entre elles, selon AP News. Le Conseil norvégien pour les réfugiés a alerté sur le fait que le pays approche d'un point de rupture. Les ordres d’évacuation israéliens couvrent désormais 14 % du territoire libanais (1.470 kilomètres carrés), a précisé Al Jazeera.
Le responsable humanitaire Mathieu Luciano, chef de l'Organisation internationale pour les migrations au Liban cité par AP, a résumé l'état de la situation lors d'une conférence de presse: “Les besoins augmentent beaucoup plus vite que notre capacité à y répondre”.
Israël menace le Liban d'une dévastation comparable à Gaza
Les forces israéliennes ont détruit le pont Zrarieh, qui enjambe le fleuve Litani dans le sud du Liban. Selon Tel Aviv, qui n’a pas fourni de preuves, les combattants Hezbollah l'utilisaient pour circuler entre le nord et le sud du pays. C’est la première fois qu'Israël reconnaissait publiquement avoir ciblé des infrastructures civiles depuis le début de l'offensive, selon Al Jazeera.
Le ministre de la Défense israélien, Israël Katz, a averti ce vendredi que le gouvernement libanais ferait face à des “coûts croissants dus aux dommages causés aux infrastructures et à la perte de territoire” tant que le Hezbollah resterait armé, rapportent nos confrères.
Des tracts ont également été largués au-dessus de Beyrouth, avec des références explicites à la guerre menée à Gaza: “À la lumière du succès rencontré à Gaza, le journal de la nouvelle réalité arrive au Liban”, indiquaient-ils, selon Al Jazeera. Environ 81% des infrastructures de la bande de Gaza ont été endommagées ou détruites, ont rapporté les Nations unies.
Les frappes israéliennes ont aussi touché des quartiers de Beyrouth jusqu'ici épargnés par le conflit. Un immeuble résidentiel dans le quartier de Bourj Hammoud a été visé par un drone et les quartiers de Jnah et Nabaa ont aussi été frappés. Un habitant du quartier, Levon Ghazalian, 42 ans, a confié à l'AFP: “C'est la première fois que cela arrive” dans ce secteur. Une autre résidente, Hanadi Hachem, 50 ans, a témoigné, toujours à l’AFP: “Il n'y a plus de sécurité (…). On ne sait jamais d'où viendra la prochaine frappe”.
Selon nos confrères, une frappe israélienne a tué neuf personnes dont cinq enfants, plus au sud, à Arki, près de Sidon. Huit autres personnes ont été tuées dans la région de Fawwar. Dans le secteur de Haret Saïda, un appartement a également été touché, provoquant un incendie. À Beyrouth, deux chambres d'hôtel ont également été bombardées selon AP. Israël a affirmé viser des membres des Gardiens de la révolution iraniens. Une frappe nocturne a, par ailleurs, fait au moins huit morts parmi des déplacés installés en bord de mer dans le quartier de Ramlet el-Bayda.
Appel à cesser les frappes de l'ONU
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres est arrivé à Beyrouth le 13 mars. Pour lui, il faut négocier pour trouver une solution: ”Il n'y a pas de solution militaire, seulement la diplomatie, le dialogue”, a-t-il déclaré. Il a également dit mettre “tout en œuvre pour obtenir une désescalade immédiate et la cessation des hostilités”. Il a, de plus, condamné les atteintes aux Casques bleus, dont un quartier général de la Finul dans le sud du Liban, touché par des tirs israéliens: “Les attaques contre les Casques bleus et leurs positions sont totalement inacceptables et doivent cesser”, a-t-il affirmé.
L'ONU a par ailleurs lancé un appel à une aide humanitaire d'urgence de 308 millions de dollars et a signalé le déplacement de 11.600 femmes enceintes, dont 4.000 devraient accoucher dans les trois prochains mois. 55 hôpitaux et cliniques ont dû fermer leurs portes, selon Al Jazeera.
De son côté, le président français Emmanuel Macron a demandé à Israël d'accepter des “discussions directes” avec l'exécutif libanais et “toutes les composantes” du Liban, en assurant que “tout doit être fait pour empêcher que le Liban ne sombre dans le chaos”. Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a quant à lui prévenu ce vendredi que son mouvement était prêt à “une longue confrontation” avec Israël, évoquant même une “bataille existentielle”.
"Nous craignons que Netanyahou ne s'engage dans un nouveau génocide"
Le ministre libanais de l'Intérieur, Ahmad al-Hajjar, a admis que l'État était submergé: “Quel que soit le nombre de centres d'hébergement ouverts à Beyrouth, ils ne pourront pas accueillir tous les déplacés”, a-t-il affirmé, cité par Al Jazeera.
Une douzaine d’experts indépendants des Nations Unies et spécialistes des droits de l’homme, dont la rapporteuse spéciale Francesca Albanese, a jugé les ordres d’évacuation imposés aux habitants du sud du Liban et du sud de Beyrouth “manifestement illégaux”. Selon eux, le déplacement forcé combiné aux bombardements intensifs “constituerait un nouveau crime de guerre” commis par Israël.
Ces craintes sont partagées jusqu'en Turquie. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan a déclaré redouter que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, avec ses frappes sur le Liban, n'y commette "un nouveau génocide", sous couvert de lutte contre le Hezbollah.
"Nous craignons sincèrement que Netanyahou ne s'engage dans un nouveau génocide sous prétexte de lutter contre le Hezbollah", a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, exhortant la communauté internationale à "prendre des mesures immédiates".
[Source: TV5Monde]