Le Pakistan devient le deuxième pays au monde le plus touché par le terrorisme

Le pays a connu, en 2025, son bilan le plus meurtrier depuis plus d’une décennie avec une augmentation de 34 % des attentats terroristes et une hausse de 74 % des morts liées au terrorisme.

Jan 6, 2026 - 10:24
Jan 6, 2026 - 11:04
Le Pakistan devient le deuxième pays au monde le plus touché par le terrorisme
Après un attentat-suicide dans une mosquée, à Akora Khattak, au Pakistan, le 28 février 2025. REUTERS

L’année 2025 a été une année noire pour le Pakistan. Le pays a connu son bilan le plus meurtrier depuis plus d’une décennie avec une augmentation de 34 % des attentats terroristes et une hausse de 74 % des morts liées au terrorisme, incluant les militants des groupes armés. Le Pakistan est devenu le deuxième pays le plus touché par le terrorisme dans le monde, devant la Syrie et le Mali et derrière le Burkina Faso.

D’après le décompte de l’Institut pakistanais d’études sur les conflits et la sécurité, un centre de réflexion basé à Islamabad, les violences ont fait 3 413 morts (dont 2 138 combattants) contre 1 950 en 2024. Un autre organisme, le South Asia Terrorism Portal, fait état de plus de 1 070 incidents terroristes et de 3 967 morts. Le Pakistan a été pris sur trois fronts : celui des talibans pakistanais, celui des insurgés baloutches, et celui de l’Afghanistan avec lequel les tensions ont viré à des affrontements le long de la frontière.

La recrudescence des violences est principalement due à l’activisme des talibans du groupe Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), créé en 2007, qui opèrent d’Afghanistan et qui ont multiplié les attaques ciblées et les attentats-suicides contre les militaires et les forces de l’ordre pakistanaises. Les capacités opérationnelles de ces terroristes dont le but est de renverser le régime pakistanais et d’instaurer une loi islamique pure et dure ont été démultipliées grâce à la récupération des équipements militaires abandonnés par les Américains lors de leur retrait d’Afghanistan en 2021. Le TTP a mis la main sur des armes sophistiquées. Les experts estiment que ce groupe qui recrute des djihadistes étrangers constitue désormais une menace internationale. En novembre 2025, il a franchi un nouveau pas en revendiquant un attentat-suicide à Islamabad, devant un tribunal.

L’escalade de violence a commencé par le retour des talibans à Kaboul. Dès leur prise du pouvoir, les talibans ont libéré les militants du TTP emprisonnés par le gouvernement d’Ashraf Ghani (2014-2021). Islamabad n’a jamais réussi à convaincre les dirigeants afghans de contrôler le terrorisme transfrontalier. Pour ces derniers, affronter les talibans pakistanais risquerait de pousser des combattants vers des groupes terroristes rivaux, alors que l’organisation Etat islamique et Al-Qaida cherchent à recruter.

Gangrené par la violence

L’insécurité met en échec le maréchal Asim Munir, l’homme le plus puissant du Pakistan, dont les pouvoirs ont été encore renforcés par une réforme constitutionnelle en novembre 2025. A l’automne, le haut gradé a opté pour une stratégie plus offensive, en fermant sa frontière avec l’Afghanistan et en lançant des frappes aériennes sur les camps et les cachettes des talibans pakistanais, en particulier à Kaboul, suscitant la colère des Afghans. De nombreux affrontements se sont ensuivis le long de la ligne Durand marquant la séparation entre les deux voisins. Au moins quatre cycles de négociations entre les délégations talibane et pakistanaise, tenus sous l’égide de la Turquie et du Qatar, n’ont pas restauré un calme durable, malgré la conclusion d’un cessez-le-feu. Les combats se sont poursuivis tout au long du mois de décembre 2025, et les deux pays continuent de s’accuser mutuellement.

Le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a assuré, vendredi 2 janvier, que le Pakistan cherchait à déstabiliser l’Afghanistan en coordination avec les grandes puissances, notamment les Etats-Unis. Les bénéficiaires de ces tensions semblent bien être les talibans pakistanais qui ont absorbé des factions djihadistes locales de la province de Khyber Pakhtunkhwa.

L’année 2026 a démarré sous les plus mauvais auspices. Une attaque à la grenade dans le district de Sibi, au Baloutchistan, a fait, jeudi 1er janvier, un mort et cinq blessés. Et, fin décembre 2025, cinq policiers avaient été tués dans la province de Khyber Pakhtunkhwa.

Comme le rappelle le quotidien Dawn, « la violence n’est plus contenue géographiquement ni limitée à des cibles symboliques » et « les efforts de lutte contre le terrorisme privilégient la force plutôt que la réforme. Les capacités policières, les poursuites judiciaires, la gouvernance locale et l’engagement politique dans les districts touchés par les conflits restent faibles ».

A l’échelle des deux dernières décennies, le terrorisme a fait plus de 85 000 morts. Le Pakistan est véritablement gangrené par la violence, fragilisant un peu plus ce pays de 250 millions d’habitants, en proie à une crise économique structurelle, qui survit grâce aux perfusions du Fonds monétaire international, mais est incapable de mettre en œuvre les réformes fiscales indispensables à la modernisation de l’économie. La croissance a atteint, en 2025, à peine 3 %, alors que le pays voit chaque année 2,5 millions à 3 millions de jeunes entrer sur le marché du travail. Le Pakistan est étouffé par le poids des militaires qui ne cessent de restreindre les libertés et les droits humains. Cette insécurité endémique décourage les investissements étrangers et locaux, et empêche une vraie reprise économique.

[Source: Le Monde]