En Russie, de plus en plus d’adolescents condamnés pour « terrorisme »

Accusés par le FSB d’avoir été recrutés par les services ukrainiens, deux mineurs de 14 ans et 17 ans viennent d’être condamnés à sept ans et quatre ans de prison.

Fév 1, 2026 - 06:04
En Russie, de plus en plus d’adolescents condamnés pour « terrorisme »
Eva Bagrova, 17 ans, accusée d’« apologie du terrorisme ». Photo non datée, diffusée sur les reseaux sociaux. RESEAU SOCIAL VK

Coup sur coup, deux adolescents ont été condamnés, en Russie, à de lourdes peines de prison pour terrorisme. Un garçon de 14 ans, dont le nom n’a pas été rendu public, sera privé de liberté pendant sept ans, accusé d’avoir tenté, en mai 2025, d’incendier un bureau de conscription militaire dans la région de Tver, ville à moins de 200 kilomètres au nord-ouest de Moscou. « Il avait été contacté par un représentant d’une organisation terroriste ukrainienne interdite en Russie par le biais de la messagerie Telegram, puis avait effectué des repérages de sites d’attaque et, en utilisant des instructions en ligne, préparé trois cocktails Molotov », a affirmé le service fédéral de sécurité (FSB, l’un des successeurs du KGB), dans un communiqué publié mercredi 28 janvier.

Verdict du tribunal militaire au terme d’un procès à huis clos, sans informations sur les preuves retenues contre l’adolescent ni sur les pressions exercées : une double condamnation pour « préparation d’acte terroriste » et « participation aux activités d’une organisation terroriste ». Le comité d’enquête assure avoir fondé la culpabilité de l’adolescent sur un ensemble de preuves, notamment les rapports d’expertise médico-légale et d’« autres éléments ».

Cette condamnation fait suite à celle d’Eva Bagrova, 17 ans, accusée d’« apologie du terrorisme » à Saint-Pétersbourg : dans son collège, en décembre 2024, elle aurait accroché des photos de membres du Corps des volontaires russes combattant pour l’Ukraine, accompagné de l’expression : « héros méritants de Russie ». Le 13 octobre 2025, le tribunal militaire l’a condamnée à quatre ans de colonie pénitentiaire pour « justification du terrorisme ». Mais l’information n’a été rendue publique qu’après le verdict en appel, le 22 janvier. Les audiences ont été menées également à huis clos, après des interrogatoires en absence d’avocats ou de membres de sa famille.

Au fil des audiences, un autre chef d’inculpation a été ajouté : « complicité d’activité terroriste ». Eva Bagrova est soupçonnée d’avoir distribué des tracts. L’adolescente l’aurait avoué, mais, a-t-elle précisé pendant le procès, selon les dires de son avocat publiés dans la presse, « sous la pression de l’enquêteur ». Ce dernier l’aurait menacée en lui montrant la photo d’un homme battu et en lui laissant entendre qu’elle pourrait subir le même sort que lui si « l’enquêteur n’aim[ait] pas ce qu’elle dit ».

« Jusqu’à la prison à vie »

« Toute personne acceptant d’aider l’ennemi sera identifiée et poursuivie en justice, et elle encourra des peines pouvant aller jusqu’à la prison à vie », explique le FSB, en guise d’avertissement, dans son communiqué. Dans l’affaire de Tver, les services de sécurité assurent que l’adolescent a reconnu qu’on lui a proposé, contre de l’argent, de « livrer un sac avec une substance incendiaire » à un bureau local de conscription militaire. Sans aucun autre détail, mais avec cette précision : « Les services de renseignement ukrainiens poursuivent activement leurs recherches sur Internet, les réseaux sociaux et les applications de messagerie afin d’identifier les auteurs potentiels d’attentats terroristes et de sabotages visant à nuire à notre pays. » Un message adressé notamment aux plus jeunes qui pourraient être tentés de se rebeller contre le Kremlin et son offensive en Ukraine.

Ces condamnations interviennent deux mois après l’adoption d’une loi baissant l’âge de la responsabilité pénale dans les affaires de « terrorisme » et de « sabotage », passant de 16 ans à 14 ans. Comme l’a indiqué Alexandre Bastrykine, président du comité d’enquête, à la mi-janvier, 159 adolescents ont été poursuivis pour de tels crimes au cours des quatre dernières années. Un chiffre en hausse depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine : 26 poursuites en 2022, 35 en 2023 et 41 en 2024 et 57 depuis janvier 2025.

Ces affaires concernent souvent l’incendie de bureaux d’enregistrement et de recrutement militaires, en échange, selon les services de sécurité, d’une compensation financière de la part des commanditaires. Selon M. Bastrykine, le profil du « jeune saboteur » varie, allant d’adolescents issus de milieux défavorisés à des jeunes issus de familles aisées agissant « sous l’influence de la désinformation ».

Parmi ces jeunes en prison : Arseny Turbin, 14 ans au moment de son arrestation, le 5 septembre 2023, après des vidéos anti-Kremlin et antiguerre postées sur les réseaux sociaux. Plus jeune prisonnier politique de Russie, il a aussi été accusé de vouloir s’engager dans une unité du Corps des volontaires russes combattant pour l’Ukraine. Il a été condamné à cinq ans de prison. Depuis, sa mère a raconté qu’il subit régulièrement des bastonnades dans sa colonie correctionnelle pour mineurs.

[Source: Le Monde]