Nechirvan Barzani et la diplomatie discrète qui a sauvé les Kurdes syriens du précipice
EDGE news
L'annonce d'un cessez-le-feu et d'un nouvel accord entre le gouvernement intérimaire syrien et les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes marque une pause cruciale dans ce qui glissait rapidement vers un nouveau conflit dévastateur dans le nord de la Syrie. Cet accord, conclu après plusieurs jours d'affrontements croissants et d'intenses pressions diplomatiques, reflète non seulement l'évolution des rapports de force dans la région, mais aussi l'impact décisif de la médiation en coulisses, notamment celle du président Nechirvan Barzani de la région du Kurdistan irakien.
Selon l'article original d'Al-Monitor, intitulé « Les Kurdes et Damas reculent alors que les FDS signent un nouvel accord avec le gouvernement syrien » et publié le 30 janvier 2026 par Amberin Zaman, cet accord est le fruit d'une diplomatie soutenue menée par les États-Unis et d'une intervention directe du président américain Donald Trump. Cependant, l'article précise également que la diplomatie n'a pas fonctionné uniquement par le biais des canaux officiels de l'État. Les efforts parallèles déployés par des acteurs régionaux jouissant d'une grande crédibilité auprès des camps rivaux se sont avérés tout aussi décisifs.
Un accord fragile, une catastrophe évitée
L'accord annoncé à Qamishli établit un cessez-le-feu, une intégration militaire et administrative progressive entre Damas et les FDS, ainsi que le retrait des forces des positions de première ligne. Bien que les détails restent vagues, l'accord accorde des concessions importantes aux Kurdes : la formation d'une division militaire composée de trois brigades des FDS et le maintien d'une brigade distincte à Kobani, bastion kurde symbolique et stratégique qui était assiégé depuis plus d'une semaine.
En contrepartie, les forces du ministère syrien de l'Intérieur entreront dans des villes contrôlées par les Kurdes, telles que Qamishli et al-Hasakah, marquant ainsi la réaffirmation de la souveraineté de Damas après la chute du régime d'Assad en décembre 2024. Pour les Kurdes syriens, qui avaient vu leur contrôle territorial se réduire considérablement sous l'avancée de l'armée syrienne et les changements d'allégeances tribales, cet accord a été accueilli avec soulagement plutôt qu'avec triomphe.
La paix, du moins temporairement, a remplacé la menace imminente d'anéantissement.
La médiation cruciale de Nechirvan Barzani
Au milieu de l'implication très médiatisée de Washington, une personnalité a agi discrètement mais efficacement à travers de multiples lignes de fracture politiques, idéologiques et religieuses : Nechirvan Barzani.
Comme le rapporte Al-Monitor, Barzani a mis à profit sa position unique – il jouit de la confiance des dirigeants kurdes, est respecté à Ankara et dispose d'un réseau important à Washington – pour aider les parties à parvenir à un compromis. Son intervention n'était pas symbolique. Elle était stratégique, ciblée et personnelle.
Barzani a contacté Franklin Graham, l'un des leaders évangéliques les plus influents des États-Unis, qui a à son tour écrit directement au président Trump pour lui demander de prendre des mesures urgentes afin d'empêcher « l'élimination du peuple kurde ». La réponse laconique de Trump – « C'est fait. Donald. » – résume la rapidité avec laquelle la question a évolué une fois que les canaux informels de Barzani ont activé la pression politique et morale américaine.
Tout aussi importante était la relation de Barzani avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, un facteur qui ne peut être surestimé. La farouche opposition d'Ankara à la survie des FDS sous quelque forme que ce soit a longtemps été considérée comme le plus grand obstacle à un accord. La crédibilité de Barzani à Ankara, combinée à la confiance que lui accordent les dirigeants kurdes tels que Mazlum Kobane, a contribué à assouplir les lignes rouges turques à un moment où Ankara aurait pu faire échouer l'accord.
La médiation comme art de gouverner, et non comme spectacle
Ce qui distingue le rôle de Barzani, ce n'est pas une diplomatie bruyante, mais une médiation patiente fondée sur le réalisme régional. Contrairement aux puissances mondiales qui interviennent de manière épisodique, Barzani comprend la longue mémoire des luttes kurdes, les inquiétudes des États voisins et les limites imposées par les alliances changeantes.
L'accord lui-même reflète ce réalisme. Il ne fait aucune mention de la décentralisation, une revendication de longue date des FDS. Damas en ressort clairement renforcée, bénéficiant des réalignements régionaux et du rééquilibrage des priorités de Washington maintenant que la menace de l'État islamique s'est éloignée. Pourtant, les Kurdes ont assuré leur survie institutionnelle suffisante pour éviter leur disparition totale, un résultat qui semblait impossible quelques jours auparavant.
Cet équilibre porte l'empreinte d'un médiateur qui sait que la survie précède parfois la souveraineté.
Un modèle régional de gestion des conflits
Le rôle de Nechirvan Barzani dans cette crise fait écho à une tendance plus large dans la politique régionale kurde : la médiation plutôt que la militarisation, le pragmatisme plutôt que le maximalisme. La région du Kurdistan irakien elle-même est le fruit d'une survie négociée, façonnée par des compromis, l'intégration économique et des relations calibrées avec des voisins puissants.
Si le rapprochement entre Ankara et les Kurdes de Syrie se concrétise, comme le suggère le rapport d'Al-Monitor, ce précédent sera en grande partie dû à l'exemple de Barzani. L'interdépendance économique, la coordination en matière de sécurité et la maîtrise politique, plutôt que le conflit perpétuel, ont transformé les relations entre la Turquie et la région du Kurdistan irakien. Une trajectoire similaire s'ouvre désormais timidement pour le nord-est de la Syrie.
L'accord reste fragile. Les divisions idéologiques entre les dirigeants islamistes syriens et les dirigeants laïques des FDS persistent. Les ambitions kurdes en matière d'autonomie, de féminisme et de gouvernance communautaire risquent d'être diluées. Les débats internes kurdes, en particulier au sein et autour du PKK, vont s'intensifier.
Mais il est important d'éviter une catastrophe.
À un moment où la Syrie était au bord d'une nouvelle guerre, la diplomatie discrète de Nechirvan Barzani a contribué à éloigner la région du précipice. Son rôle nous rappelle que la paix au Moyen-Orient ne se forge souvent pas lors de grands sommets, mais dans le cadre de conversations discrètes, de relations de confiance et de la volonté de dialoguer par-delà les divisions lorsque d'autres en sont incapables.
Dans une région épuisée par la violence, une telle médiation n'est pas une faiblesse. C'est du leadership.