RD Congo: la ville de Goma plongée dans une crise humanitaire, un an après la victoire du M23

Le 26 janvier 2025, la ville de Goma tombait aux mains du groupe armé M23 soutenu par le Rwanda. Selon les Nations unies, au moins 30.000 personnes ont été tuées et des dizaines de femme violées.

Jan 28, 2026 - 14:21

C'était il y a tout juste un an. Après plusieurs jours de violents affrontements, la ville de Goma tombait aux mains de l'AFC-M23 le 26 janvier 2025. Leur offensive éclair a entraîné la chute de la ville et a surpris les habitants: ni les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et leurs supplétifs Wazalendo, environ 15.000 hommes, ni les Casques bleus des Nations unies, ne sont parvenus à les contenir. 

Sur place, ONG, journalistes et habitants, avaient alors constaté la présence importante de soldats rwandais. Un tournant dans le conflit qui agite les Kivus depuis le réveil du M23 en novembre 2021. Une fois installé, le groupe armé démantèle les camps de réfugiés autour de Goma et les déplacés se voient obligés de rentrer chez eux, pour ceux qui le peuvent. 

"Avant la guerre on était bien, on travaillait bien"

Le groupe militaire a également mis en place une administration parallèle, notamment un système de taxes qui paralyse la ville. Le Syndicat des fonctionnaires congolais dénonçait il y a deux semaines, un manque de paiement dans les territoires sous occupation. Chaque mois, ces travailleurs se rendent à la banque avec l'espoir de retirer son dû, mais se heurtent invariablement à des portes closes.

Une situation qui ne touche pas uniquement les employés de la fonction publique. L'aéroport tout comme les banques gérées par Kinshasa ou l'étranger sont fermées. Cet arrêt entraîne la population dans une grande précarité. "Avant la guerre on était bien, on travaillait bien", relate Jacques Winna, un chauffeur de taxi de la région." Moi, j’avais des clients de l’aéroport tous les jours, à la banque aussi, et les fonctionnaires de l’État étaient payés et ça permettait d’avoir du cash dans la ville, mais maintenant que tout est à l’arrêt, on souffre énormément, plus rien n’est comme avant, on est en train de forcer."

"Nous savons que des enfants étaient en possession d'armes"

Les déplacements massifs des populations et les exactions contre les civils ont plongé cette région dans une crise humanitaire sans précèdent. "L'avancée du M23, soutenu par le Rwanda, dans le Sud-Kivu a plongé la région dans une crise sécuritaire et humanitaire complexe, provoquant des déplacements de population", constate Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'Homme.

Dans les Kivus l'objectif du M23 semble clair: s'emparer des minerais critiques et stratégiques dont regorgent le sol congolais. Étain, or ou encore coltan, sont des ressources précieuses qui permettraient au groupe armé de financer leur guerre et peut-être d'aller plus loin. 

"Notre bureau a confirmé des cas d'exécution sommaire d'enfants par le M23 après son entrée dans la ville de Bukavu la semaine dernière. Nous savons également que des enfants étaient en possession d'armes."

Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'Homme

Alors qu'à Washington l'encre de l'accord de paix signé entre Paul Kagame et Félix Tshisekedi n'est pas encore sèche, le 10 décembre le groupe armé soutenu par 5.000 à 7.000 soldats rwandais selon l’ambassadeur américain aux Nations Unies s'est emparé d'Uvira, ville frontalière du Burundi.

À l'heure actuelle, le groupe armé reste maître côté congolais de la frontière avec le Rwanda et d'une partie de la frontière burundaise et les Nations unies craignent un embrassement régional. 

[Source: TV5Monde]