Disparition de Vénus Khoury-Ghata, voix des femmes et "grande figure des lettres francophones"
C'est une grande voix de la poésie francophone qui s'éteint. Vénus Khoury-Ghata, récompensée par un Prix Goncourt de la poésie, est décédée mercredi à 88 ans à Paris. La romancière franco-libanaise a consacré une partie de son oeuvre à porter la parole des femmes.
Elle était une "grande figure des lettres francophones", comme l'écrivent les éditions Mercure de France, dans le communiqué annonçant la disparition de la poète et romancière née au Liban, Vénus Khoury-Ghata. Elle a publié de nombreux romans portant sur l'exil et la condition des femmes, dont Sept pierres pour la femme adultère et Marina Tsvétaïéva, mourir à Elabouga (Mercure de France éditions) .
Vénus Khoury-Ghata est aussi l'autrice d'une trentaine de recueils de poèmes, comme Fables pour un peuple d'argile et Demande à l'obscurité. Son œuvre, traduite en de nombreuses langues, a été couronnée par le Grand Prix de poésie de l'Académie française en 2009 et par le Goncourt de la poésie en 2011 pour Où vont les arbres.
Voix poétique et voix des femmes
"Mort de la poétesse franco-libanaise Vénus Khoury-Ghata, qui disait 'habiter la langue française'", titre Télérama. "Pour la lauréate du Goncourt de poésie 2011, la poésie était autant une affaire de femmes que de flamme", écrit le magazine.
"Vénus Khoury-Ghata, la voix poétique de l'entre-deux rives s'est éteinte", titre le journal L'Orient-Le Jour.
"Elle a grandi entre deux mondes".Extrait L'Orient-le Jour
"Née en 1937, dans une famille maronite de la montagne libanaise, elle a grandi entre deux mondes : un père militaire francophone, interprète auprès du Haut-Commissariat français durant le mandat, et une mère issue de la terre", rappelle le journal.
Elle effectue ses études à l’École supérieure de lettres de Beyrouth. Dans les années 60, elle écrit ses premiers recueils de poésie. En 1971, paraît son premier roman, Les inadaptés (éd. du Rocher). Un an plus tard, elle fuit la guerre qui embrase son pays et rejoint Paris où elle résidera jusqu'à ses derniers jours.
"Son écriture, dense et imagée, porte déjà les thèmes qui ne cesseront de l’habiter : l’arrachement, la solitude et la voix des femmes, figures centrales de ses romans, souvent confrontées à la violence d’un monde dominé par les hommes", écrit d'elle L'Orient-Le Jour.
Les femmes dont elle aura fait rayonner la parole dans l'espace littéraire en tant que membre du Parlement des écrivaines francophones dès 2018, rappelle le journal.
La peur incessante de la solitude
Vénus Khoury-Ghata avait fait l'honneur de participer à plusieurs émissions du magazine MOE sur TV5monde. La dernière fois remonte au mois de février 2021. Elle était venue parler de son roman Ce qui reste des hommes (Acte Sud éditions).

Ce roman raconte l'histoire de deux vieilles amies. L'une d'elle a eu "beaucoup d'hommes dans sa vie". Une femme qui "a peur de la mort qui va s'occuper d'elle. Elle va acheter une concession dans un très beau cimetière parisien. En sortant de l'agence funéraire, l'employé lui dit 'c'est pour deux' et elle cherche dans sa tête qui va-t-elle enterrer parmi tous ses hommes qui sont passés dans sa vie ?", raconte-t-elle.
"La femme à partir d'un certain âge, elle n'a plus accès à l'amour". Vénus Khoury-Ghata, dans MOE
Au cœur de cet ouvrage, écrit durant le confinement pendant la pandémie de Covid à Paris, la solitude. "C'est mon grand problème, la solitude", lance la romancière en riant. "Il faut penser à ces femmes, plus qu'à ces hommes. Les hommes se débrouillent toujours pour avoir quelqu'un avec eux même quand ils sont vieux. La femme à partir d'un certain âge, elle n'a plus accès à l'amour", insiste-t-elle.
L'hommage à une poète "primesautière"
A l'annonce de sa disparition, de nombreuses personnalités s'expriment sur les réseaux sociaux pour rendre hommage à cette grande dame de la poésie francophone. A l'instar du ministre libanais de la culture Ghassan Salame sur X.
"La mort, si présente dans ses textes, l’a aujourd’hui rejointe, presque à pas feutrés, comme un dernier personnage entré dans le poème…", lit-on sur le compte X de la délégation libanaise de l'UNESCO.
"Des dizaines de livres, quatre enfants, trois maris … et je suis seule, avec mes chats." Vénus Khoury-Ghata, dans un entretien à New York
Dans ce post, on peut lire une citation de Nada Chaoul: "Primesautière. C’est le mot qui vient spontanément à l’esprit lorsqu’on pense à cette poète de l’inattendu, à cette magicienne qui manie avec grâce la poétique du paradoxe, du mot qui fuse hors contexte, sans aucun lien avec celui qui le précède, créant le choc émotionnel dans lequel le lecteur, même le plus prosaïque, pourrait reconnaître la poésie".
D'autres se souviennent des moments magiques et bouleversants passés avec elle. "Dans une de mes rencontres, elle m’a confié avec une lucidité désarmante : "Des dizaines de livres, quatre enfants, trois maris … et je suis seule, avec mes chats".
[Source: TV5Monde]