Procès en appel des assistants du FN : la candidature de Marine Le Pen en 2027 plus que jamais hypothétique après les réquisitions
En bonne croyante, Marine Le Pen ne s’en remettait plus qu’au « miracle » judiciaire. L’implacable réquisitoire prononcé par les avocats généraux, mardi 3 février devant la cour d’appel de Paris, a rappelé la cheffe de file de l’extrême droite au prosaïsme du droit et de la justice. Par les voix de Thierry Ramonatxo et Stéphane Madoz-Blanchet, le ministère public a réclamé une peine de quatre ans de prison dont trois avec sursis, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité contre la députée (Rassemblement national, RN) du Pas-de-Calais, poursuivie pour détournements de fonds publics dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national (FN). Une peine guère plus clémente que celle infligée le 31 mars 2025 par le tribunal correctionnel.
Du procès en première instance, Marine Le Pen a tiré une leçon : à défaut d’éclaircir son horizon judiciaire, à la seule main des juges, des réquisitions peuvent assombrir ses desseins politiques. Sans présumer de l’arrêt qui sera rendu avant l’été, l’immuable sévérité de l’accusation en appel renforce les doutes sur sa capacité à concourir une quatrième fois à l’élection présidentielle, en 2027. A moins que les trois juges, cette fois, prennent à revers la démonstration du parquet général.
Le réquisitoire n’a pas seulement rendu plus sinueux encore le « mince chemin » menant Marine Le Pen vers le scrutin suprême. L’argumentation de plus de cinq heures a fait pièce de la stratégie adoptée par la défense pour préserver les ambitions politiques de la cheffe de file du Rassemblement national (RN). Après une décennie passée à délégitimer les enquêteurs et les magistrats, l’élue a tenté un périlleux pas de deux en appel : reconnaître du bout des lèvres le possible caractère délictueux de faits… qu’elle assure pourtant, pied à pied, ne pas avoir eu l’intention de commettre.
« Une ligne de crête très étroite », ont jugé les avocats généraux, n’y voyant qu’une « remise en cause de façade » et dressant un parallèle ironique avec la célèbre et hasardeuse défense de Richard Virenque, pris pour dopage à la fin des années 1990 : « Nous avons parfois assisté au retour du concept de la commission d’une infraction à l’insu de son plein gré, exhumant l’argument d’un célèbre cycliste. »
Une autre ligne de crête, politique celle-ci, mais pas moins étroite, s’impose désormais au RN. Des mois durant, le parti devra entretenir la double légitimité présidentielle de ses deux têtes d’affiche. La candidature de Jordan Bardella, plébiscitée par les sondages et les sympathisants d’extrême droite, sortira renforcée par cette nouvelle étape judiciaire défavorable à son aînée. Sauf à croire encore en une radicale réduction de peine par la cour d’appel, dont l’arrêt tranchera le casting de l’ex-FN, Marine Le Pen refusant de prolonger le suspense politique au-delà de l’été.
Sérénité surjouée
Son entourage misait donc, ces dernières semaines, sur une réduction de la période d’inéligibilité à deux ans, dernière limite pour qu’elle puisse se présenter en 2027. Ceux qui voyaient d’un bon signe la cordialité des débats depuis le 13 janvier ont compris, mardi, que le respect n’excluait pas la fermeté.
A différente défense, différente communication. Le RN a surjoué la sérénité au sortir des réquisitions. Marine Le Pen a quitté la salle tout sourire au milieu des journalistes, à rebours de ses expressifs gestes d’agacements et de contestation à mesure que les avocats généraux déployaient leurs arguments. Ses proches l’ont accompagnée sans commentaire. A peine moins que son avocat, Rodolphe Bosselut. « Le seul point que je vois aujourd’hui extrêmement positif dans ces réquisitions, c’est qu’il a été dit qu’une ligne de défense n’était plus une criminalisation et un risque de récidive pour le client », s’est contenté le juriste. Un bon « point » pour éviter l’inéligibilité avec exécution provisoire. Mais un « point » insuffisant, en l’état, pour échapper à l’inéligibilité tout court.
Message a été passé dans les rangs de ne pas commenter le procès. Aucun élu n’a même osé publier un simple message de soutien. En novembre 2024, les réquisitions avaient sonné l’assaut des lepénistes contre une justice portant « atteinte à la démocratie ». « C’est ma mort politique qui est réclamée », s’était plainte Marine Le Pen. La violente offensive d’alors a été évoquée, mardi, par les avocats généraux, preuve s’il en était d’un parti déniant à la justice le droit de juger ses pratiques. Les diatribes populistes ont fait long feu.
Ne reste plus que les plaidoiries de défense avant le délibéré, promis d’ici à l’été. Charge aux avocats de Marine Le Pen de trouver la parade pour déblayer un « chemin » sans cesse plus accidenté.
[Source: Le Monde]