Présidentielle 2027 : pour battre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, la tentation du candidat unique au sein du bloc central

Au cœur de l’été, des voix centristes, notamment celle de François Bayrou, appellent les macronistes, la droite, mais aussi les sociaux-démocrates à se ranger derrière un seul candidat. Une idée qui reflète les craintes du bloc central en ce début de campagne présidentielle.

Août 12, 2026 - 13:09
Présidentielle 2027 : pour battre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, la tentation du candidat unique au sein du bloc central
Gabriel Attal et François Bayrou lors du meeting politique du parti Renaissance à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 6 avril 2025. TOM NICHOLSON/REUTERS

François Bayrou aime jouer les trouble-fêtes. Dans la torpeur du mois d’août, l’ancien locataire de Matignon a jugé utile de relancer le débat qui empoisonne toute la précampagne présidentielle des prétendants du bloc central (MoDem, Horizons, Renaissance) et de la droite : comment empêcher le duel entre le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) ?

Pour éviter cet affrontement, le président du MoDem réclame donc l’organisation d’une primaire afin de faire émerger une offre alternative aux candidatures élyséennes de Gabriel Attal (Renaissance), Edouard Philippe (Horizons) ou Bruno Retailleau (Les Républicains). « Depuis des mois, on essaie gentiment de nous faire croire qu’il n’y aurait le choix qu’entre les candidats déjà déclarés », peste-t-il auprès du Figaro, dimanche 9 août. Pour l’heure, c’est l’ancien commissaire européen, Thierry Breton, loué pour son expérience des dossiers internationaux, qui a les faveurs du Béarnais. Un choix unilatéral qu’il tente d’imposer, au grand dam des candidats déjà déclarés.

Conscient que la campagne présidentielle aboutira sans doute à une recomposition d’ampleur, le démocrate-chrétien cherche à faire perdurer, à sa manière, l’espace politique dont Emmanuel Macron fut la clé de voûte durant dix ans. Si l’ancien premier ministre a renoncé à une quatrième candidature élyséenne pour 2027, il n’en demeure pas moins résolu à influencer la compétition électorale, caressant l’espoir de rejouer un rôle de premier plan, comme en 2012 et en 2017 quand ses ralliements à François Hollande puis à Emmanuel Macron avaient constitué de véritables tournants de campagne.

Mais le centriste va désormais plus loin que d’autres, notamment que Gabriel Attal, récent partisan d’un vote entre lui et Edouard Philippe en dernier recours. Pour marquer sa différence et faire atterrir l’hypothèse Breton, François Bayrou prône la constitution d’une offre commune aux partis de gouvernement – « du Parti socialiste, dans sa version sociale-démocrate, jusqu’aux gaullistes » –, seule stratégie efficace, selon lui, pour écarter l’éventualité d’un second tour entre le RN et LFI. « Tous ceux qui rejettent les extrêmes doivent accepter d’organiser une compétition entre les candidats potentiels », professe-t-il encore dans les colonnes du Figaro.

Différences « relatives »

La proposition non concertée de l’ancien maire de Pau s’est heurtée à l’indifférence des principaux candidats de la droite et du centre. Mais elle a fait bondir le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, empêtré dans l’organisation de la primaire interne de son parti prévue à l’automne. « Ce que ne comprend pas François Bayrou, c’est que les Français ne veulent pas prolonger son bloc central, réaliser une alternance “entre soi”, mais une alternative ! », a-t-il tempêté sur X. Au lendemain des municipales de mars, le candidat du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, avait, lui aussi, précisé qu’« une candidature unique ne p[ouvait] être que l’aboutissement d’une dynamique, et non pas le produit d’une synthèse molle », persuadé que l’« absence » de son parti à la présidentielle« signerait la mort de LR ».

Cette tentation d’une offre unique pour contrecarrer l’accession au pouvoir du RN ou de LFI révèle les appréhensions d’une grande partie des cadres du bloc central en ce début de campagne présidentielle. La première d’entre elles ? « Le risque maximum, c’est un deuxième tour entre l’extrême droite et l’extrême gauche », considère François Bayrou. Cette prophétie catastrophiste fait écho à la crainte grandissante chez une partie des électeurs de voir cette polarisation entre l’extrême droite et la gauche radicale s’enraciner, avec l’affaissement progressif du bloc central. Frédéric Dabi, directeur de l’institut de sondage IFOP, dresse ainsi un parallèle historique entre cette peur et « la frousse qui sévissait dans les milieux de droite dès que l’on évoquait l’arrivée au pouvoir de la gauche, à la veille de la première vraie alternance sous la Vᵉ République, en 1981 ».

Autre conviction du centriste : « Les Français attendent un renouvellement profond, le pays ne choisira pas le gris », interprète l’ancien maire de Pau, qui multiplie les attaques à fleurets mouchetés contre Edouard Philippe, Gabriel Attal et même le premier ministre, Sébastien Lecornu, accusés d’avoir torpillé le macronisme…

Troisième argument : entre les partis de gauche et de droite, « il y a bien des différences, mais même s’ils se présentent comme des ennemis irréductibles, ces différences deviennent aujourd’hui relatives », dans la perspective d’un front anti-RN et LFI où le vote utile bénéficierait autant au candidat de gauche que de droite le mieux placé, pense François Bayrou. Ce dernier voit également que certains macronistes sont tentés de réhabiliter le clivage gauche-droite. Mais la dynamique de l’extrême droite et de la gauche radicale interdit toute certitude. « Le plus grand danger pour le bloc central, c’est de donner à voir aux Français un centre magmatique, informe, avec des différences qui n’en sont pas, mais avec pour seule finalité de surtout éviter Le Pen et Mélenchon », estime Frédéric Dabi.

Recherche de compromis

Après « le dépassement des clivages » porté en 2017 par Emmanuel Macron et ses débauchages à droite et à gauche pour dévitaliser les partis traditionnels, puis le « camp de la République, de la raison et de l’équilibre » théorisé en 2022 par l’ancien secrétaire d’Etat à l’Europe Clément Beaune, François Bayrou défend l’existence d’un « fleuve démocratique », « entre les deux extrêmes, mortels pour la nation ».

Or, dans le contexte de tripolarisation électorale et d’affaiblissement des partis de gouvernement, ce front « ni RN ni LFI » endossé par le bloc central pose à terme la question de la gouvernabilité que les candidats déclarés se gardent bien d’aborder pour le moment. Toutes ces personnalités pourraient-elles se retrouver au pouvoir en gommant leurs différences programmatiques réelles ? « Personne n’aura de majorité absolue, ni à la présidentielle ni aux législatives, anticipe l’ancien député européen écologiste Daniel Cohn-Bendit, dans un entretien au Point lundi 10 août. Il faut donc constituer des forces politiques capables de compromis pour dégager une majorité gouvernementale. »

Des voix s’élèvent pour que les candidats du bloc central se dotent d’une méthode de gouvernement et d’un projet fédérateur avant de spéculer sur un nom et une incarnation, et d’éventuellement choisir entre Edouard Philippe, Gabriel Attal ou même François Hollande s’il se lance. « Quoi qu’on fasse, les valeurs et les lignes politiques des uns et des autres demeurent en définitive, et le fait de nier ces divergences de vue, cela perd les Français », tance l’ex-députée macroniste du Maine-et-Loire, Stella Dupont, qui soutient la candidature de l’ancien premier ministre socialiste, Bernard Cazeneuve.

L’ancien ministre de l’écologie Jean-Louis Borloo, qui cherche également à orienter le débat présidentiel avec ses idées, a esquissé le 26 juillet dans Le JDD son intention de constituer « une équipe de redressement du pays ultra-préparée, composée de femmes et d’hommes aux parcours, aux expériences et aux vies différents, dans tous les domaines », pour rompre avec le présidentialisme et la technocratie.

D’ici à la fin de l’été, une grande partie des présidentiables de droite, centristes et sociaux-démocrates est attendue à Sens (Yonne) du 27 au 29 août pour les universités d’été du Laboratoire de la République, le think tank fondé par l’ancien ministre de l’éducation nationale Jean-Michel Blanquer. « Ce qui se dira à Sens est très préparé et permettra de constituer un vrai projet présidentiel mis à la disposition de celui ou celle qui portera au mieux les couleurs républicaines », glisse ce dernier.

[Source : Le Monde]